FONCTION PUBLIQUE : DERRIERE LE MASSACRE PROGRAMME

Piqûre de rappel sur la fonction Publique : pourquoi c'est la guerre .

FONCTION PUBLIQUE : DERRIERE LE MASSACRE PROGRAMME
Cela fait des années que la Fonction Publique et son statut sont cloués au pilori . On a commencé à agir après des fleuves de propos incendiaires venus de toute la droite politique et souvent en y cédant d’une partie de la gauche ; le statut des Cheminots , s’y apparentant , a été la première cible . Les prétextes sont connus : modernisation versus archaïsme , privilèges insupportables, compétitivité et surement la liste en est-elle incomplète . Ce qui se prépare est le coup décisif et il faut aller au-delà des prétextes même si pour une partie de l’opinion d’aujourd’hui , ces prétextes , cent fois repris sous diverses formes , marquent les esprits .
1) Qu’est ce qui caractérise le statut de la Fonction Publique en France ?
Deux dimensions intimement liées :
- Le Concours . Aussi criticable qu’on puisse en repérer certaines formes , il n’existe pas de recrutement plus démocratique en son principe. Ce n’est pas simplement un principe « républicain » aussi important qu’il soit . Le Concours de recrutement n’est pas l’ « égalité des chances » mais l’ « égalité en droits » . C’est la réalisation d’un principe constitutionnel fondamental qui , avec Maurice Thorez et ensuite Anicet le Pors , a fait de la Fonction Publique un exemple pour toute la République .
- L’Accès par Concours à la Fonction Publique garantit l’indépendance des agents de la Fonction Publique ; ceux-ci et celles-ci deviennent de par leur statut les garants de l’incorruptibilité de la Fonction Publique . Ils et elles ne peuvent être soumis à aucune pression d’où qu’elle vienne dans l’exercice de leur fonction .
On peut citer encore d’autres aspects mais à mes yeux , ce sont les aspects fondamentaux et l’attaque violente qui se prépare veut liquider purement et simplement ces deux principes. Il ne s’agit pas de « préserver des acquis » ; il n’existe pas d’ « acquis » en matière sociale ou / et politique .
2) Le statut de la Fonction Publique donne accès à ce qu’on nomme « une carrière » . Cette « carrière » suppose des degrés , lesquels sont eux aussi soumis à évaluation stricte et là aussi par ce qu’on appelle « Concours INTERNE » ; le statut est d’une cohérence totale avec ses principes fondateurs ; on ne brigue pas un poste de la Fonction Publique pour s’enrichir. On le brigue pour SERVIR mais pas pour être ASSERVI .
3) Il paraît que nous sommes en période préparatoire aux élections européennes ; portons succinctement un regard sur le reste du monde : la notion anglo-saxonne de « civil servant » est conforme à sa traduction littérale et il n’y aurait rien de plus à dire ; la SERVITUDE est contenue noir sur blanc . Est-ce à dire qu’il n’y ait qu’en France que les Agents du Service Public soient en quelque sorte prémunis devant des pressions notamment liées aux politiques publiques ? Evidemment non ; il y a d’abord les grands ensembles et d’autre part les individus , tous faillibles , statut ou pas ; mais la spécificité française est précisément d’avoir rompu une fois pour toutes avec les résidus d’Ancien Régime . Un professeur aux Etats Unis ou en Grande Bretagne ( Brexit ou pas ne change rien ) enseigne-t-il moins bien que ses homologues français ? Prototype de question faussée dès l’origine : aucun pays autre que la France n’a donné à l’Education Nationale une mission explicite seule compatible avec le statut . Cette mission est mise à mal et tourmentée mais on ne comprend rien aux coups qu’on lui porte si cette mission ne faisait pas partie de l’inconscient collectif et c’est cet inconscient qu’il s’agit d’éradiquer . Le Royaume Uni n’envisage pas le systéme éducatif comme un moyen essentiel d’élévation universelle du niveau culturel de la nation ; il n’y a pas de « nation » au Royaume Uni . Mutatis mutandis , on peut souligner des aspects voisins en Allemagne . La Hochschule n’est pas « pour tout le monde » ; les objectifs nationaux – désormais insupportables , relatifs à l’accès au baccalauréat n’existent qu’en France . Tout ce qui précède ne dit rien des aspects relatifs aux enseignements technologiques mais ce n’est pas le sujet . Quiconque connaît un peu le systéme éducatif nord américain sait qu’il n’a rien en commun avec le systéme français et si tout n’y est pas à jeter , on parle ici de principes fondamentaux et pas de tel ou tel aspect éventuellement reproductible .Ne disons rien de la Police ; les choses sautent aux yeux et on voit aussi à quelles absurdités conduisent les tentatives de limiter l’indépendance des Fonctionnaires de Police . Et il n’est personne de sérieux pour oser une comparaison entre l’éthique de la Police française – y compris sous l’Occupation ( en dépit et malgré ..) – et celle de l’Amérique du Nord. Je n’évoque pas les pays scandinaves ; je ne dirais rien de ce que je ne connais pas suffisamment . Je note simplement que les enjeux de classe n’y sont pas ce qu’ils sont en France dans une Révolution inachevée si tant est qu’on me permette cette expression sans doute discutable .
En tout cas , ces aspects fondamentaux sont très largement ignorés ; la piqûre de rappel me semblait indispensable même si l’art du rédacteur pour les souligner est par trop limité .
C’est la guerre .

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