A PROPOS D'UN POST DE JEAN LE DUFF

Il est peu de dire que je ne partage pas l’ »analyse » présentée par Jean le Duff mais ce n’est pas la polémique qui m’inspire ici .

A Propos d’un post de Jean-Le Duff

Il est peu de dire que je ne partage pas l’ »analyse » présentée par Jean le Duff mais ce n’est pas la polémique qui m’inspire ici . Il pousse au contraire à aller plus loin que je ne l’ai fait – sans même parler du fait que ma propre analyse est évidemment très incompléte pour ne pas dire pire- . On s’étonnera que ces morceaux de réflexion se passent sur Facebook mais pourquoi pas après tout ? Il n’y a là que d’utile si cela stimule la réflexion fût- elle de mise en pièces de ce qui s’annonceci dessous   .Qui peut prétendre à l’exhaustivité ? A partir de la fin des années 80 les éléments à prendre en considération se complexifiérent de façon redoutable . On ne va pas en tenter l’exploration . Quelques jalons tout au plus qui sont des parcelles de souvenirs additionnés de remarques personnelles .

Comme prélude , une sorte de flashback relatif à la situation chilienne où la comparaison entre notre propre représentation à l’époque et la réalité constituait déjà un  fossé . Le Gouvernement Allende – pour aller vite- n’eut à aucun moment une majorité parlementaire . Allende fut élu à une majorité relative très étroite . Le PCC sortait de la clandestinité , une clandestinité de plusieurs années . Il n’y avait rien de commun entre ces données et la situation de la France en dépit des imageries qui circulérent à l’époque et qui frappérent par leur déconnexion les esprits au moment du Coup d’Etat fasciste de A Pinochet . Celui-ci d’ailleurs bien qu’inspiré de TRES LONGUE DATE par les organes de la sécurité d’Etat des Etats Unis ne réussit en fait que en prenant en compte profondément la réalité sociale et politique chilienne , l’impréparation évidente du gouvernement légal à gouverner dans un océan déchaîné et en particulier l’offensive du capital sur l’économie chilienne qui fut le début de la chute . Tout indique contrairement aux idées complotistes que les complots tramés à la Maison Blanche – et ils existérent- échouaient ou étaient voués à l’échec ….Il n’est pas question pour l’auteur de ces Notes de prétendre même une esquisse de début d’analyse sérieuse .En tout cas , le coup d’Etat prit la gauche française par surprise et en particulier le PCF pour qui à ce moment , le temps des Révolutions avait commencé.

On pourrait aussi évoquer la Révolution des œillets au Portugal , beaucoup plus proche de la France mais en fait très éloigné par quantité d’aspects : son évolution dans laquelle à la stupéfaction générale un Mario Soares inconnu jusque là imprima un cours totalement opposé à la trajectoire initiale est aussi à considérer. Au Chili comme au Portugal , le Parti communiste sortait d’une clandestinité qui le mit en porte -à -faux vis-à-vis de la société ,  dès lors que sa mission libératrice du fascisme se trouva accomplie et alors même qu’il en était le principal moteur .  

Devrait impérativement figurer dans ces Notes la tentative avortée d’euro communisme et les raisons de son échec. On ne peut certainement pas dire que la période pré 1981 fut pour le PCF celle de la stérilité politique ….On a cependant déjà parcouru quelques aspects indiquant en quoi la MISE EN ŒUVRE d’objectifs stratégiques fondamentalement justes fut entravée et finalement se cristallisèrent pour donner à la stratégie Mitterrandienne libre cours .

Il est temps de revenir au PCF . Après 1981, le choc était si immense que le corps militant en fut désarçonné un long moment . S’ajoute à cela une donnée non négligeable pour la suite . la Direction du PCF sortit de l’épreuve divisée .Et ce n’était rien de le dire. Des figures majeures de cette même direction passèrent alors avec armes et bagages du côté Mitterrandien.  C’était une preuve manifeste du degré atteint par la séduction d’une certaine façon de « fare politica » …. Mais il ne me vient pas à l’esprit d’épiloguer à ce sujet ni de chercher l’esprit de « trahison » bien trop répandu à mon goût .Mon propos est différent .Il est sur que durant  les deux années nous séparant des affiches que personne à ma connaissance ne commenta, affiches du PS indiquant une route sinueuse avec un fort virage à droite pour clore l’itinéraire , le PCF fut dans l’incapacité de prendre la moindre initiative Son départ du gouvernement se fit dans la plus totale indifférence .

  1989 mit un terme définitif à toute une période historique .Je n’ai pas l’intention ni les facultés intellectuelles pour en parler . Il eût été grand temps pour le PCF de changer de fond en comble mais comme on l’a dit , beaucoup d’éléments rendirent ces changements impossibles et alors qu’un anticommunisme d’une violence inégalée s’était déchaîné après 1981- aussitôt après soulignons le – le PCF fut aphone  .

En 1994 les changements étaient devenus inévitables , changements de toute nature . Comme toujours , quand les changements sont inévitables, ils se font mal .

Au Congrès qui décida du passage de témoin de G Marchais à Robert Hue j’étais présent , le premier auquel il m’ait été donné d’assister .L’apparition de Robert Hue produisit chez moi une impression détestable . Qu’est ce que c’était que ce personnage sautillant courant de caméra en caméra ….. J’eus le front de m’en enquérir auprès d’un camarade de jeunesse très au fait des choses et sa réponse me glaça «  Qui es tu pour parler ainsi , tu sais qui c’est ??? » . Revenu au bercail , la suite parut confirmer cette violente admonestation. On ne parcourt pas mieux cet épisode que Claude Mazauric qui décrivit la première période Hue comme «  direction à la va comme je te pousse » . Néanmoins cette phase marquée par « La Mutation » était de nature à inspirer très largement le corps militant et prétendre que tout en était à jeter est pour moi une ineptie. Mais les choses ne s’arrêtèrent pas là . Si la fameuse « mutation » devait impliquer la quasi mise en sommeil du parti lui-même , de l’abandon quasi complet du fonctionnement de ses instances c’était une autre affaire . Et évidemment la période du gouvernement de la Gauche plurielle eût demandé , exigé  de toutes autres dispositions politiques que celles qui furent prises si tant est qu’on puisse parler ainsi d’un immobilisme recherché . Je peux convoquer à cet égard des souvenirs relatifs au secteur où je travaillais mais ce serait m’éloigner  de mon sujet.

Il devint patent que « la mutation » se résumait à faire du PCF une sorte d’appendice social du PS . Et comme on le sait , cette « orientation » provoqua un rejet du corps militant . C’était si frappant que Marie George Buffet qui reprit la direction du PCF en mains dut se prononcer pour LA CONTINUATION DU PCF . Décision méritoire alors que dans toute l’Union européenne , les partis communistes d’effondraient les uns après les autres en tenant compte de certains ressacs qui ne changèrent pas le cours des choses .Il est évident que cette période heurtée , d’une extrême violence politique devait laisser des traces profondes sur le corps militant désemparé , ne sachant plus à qui et comment faire confiance .

Les années qui précèdérent avaient saigné le PCF . Il sortait très affaibli mais encore vaillant . CONTINUER LE PCF n’était pas une sinécure et s’y atteler supposait d’ABORD ET AVANT TOUT , des initiatives politiques marquantes avant de reconstituer un appareil de pensée stratégique et politique digne de ce nom . C’est à quoi s’employa Marie George Buffet . Non sans difficultés internes , la période Hue laissant toutes sortes de traces . A quoi il ne faut pas manquer d’ajouter l’imprégnation singuliére du « fare politica «  mitterrandien. Et avant de pousser plus loin , il faut dire que si le paysage politique avait changé du tout au tout , qu’au plan mondial aussi , plus rien ne subsistait des anciennes « grilles de lecture » , le VEAU D’OR , lui , était toujours debout et plus puissant que jamais , miné par une crise annoncée de longue date par le PCF – et à l’époque moqué pour l’avoir montré – mais plus puissant et arrogant que jamais semblant avoir reconquis tout l’espace pour son chaos dont il faisait un mode d’existence . Le legs mitterrandien n’était pas seulement constitué de l’affaissement du PCF mais bien plus gravement de l’effondrement des idées de gauche auquel on peut dire sans hésitation qu’il en fut un auteur de tout premier plan . Après des heures de gloire immérité , le PS sortait de la période en bouillie . Une fois de plus Shakespeare : «  La prière qui ne vient pas du cœur ne monte pas au ciel » .

Cette situation , appréhendée partiellement par la direction du PCF et notamment Marie George Buffet  donna d’abord une éclatante embellie avec un vote puissamment majoritaire contre le Traité de Maastricht . Ceci donna des idées pour la suite et ce fut l’épisode des Collectifs Antilibéraux .

Et à cet égard il faut mentionner la contribution remarquable de Jean François Gau , dirigeant communiste  de tout premier ordre et bien trop ignoré . De lui provinrent des idées nouvelles et en particulier celle des « Assemblées citoyennes «  qui malheureusement ne virent jamais le jour , en tout cas telles qu’il les avaient pensées mais les grandes idées prennent leur temps avant de s’imposer comme des évidences .Comme il faut mentionner l’idée lancée par Marie George Buffet de « révolutionner la gauche » formule qui eût nécessité des développements mais tourna court.

Les Collectifs antilibéraux n’étaient qu’une faible tentative par rapport à la conception des Assemblées citoyennes .Jean François Gau  intervint à de nombreuses reprises pour mettre en garde contre l’idée de les constituer en « organisation » . Il est peu de dire que ces mises en garde ne furent pas entendues . En tout cas ces Collectifs qui , initialement pouvaient prétendre installer un élément dynamique nouveau sombrérent rapidement d’une part par leur manque absolu sauf exceptions d’attractivité populaire et d’autre part par la vigueur du courant anticommuniste qui s’y installa . Cela conduisit à présenter – probablement contre son gré mais pas à l’insu de son plein gré – Marie George Buffet à la Présidence de la République . Celles et ceux qui ont vécu ce moment doivent se souvenir d’une campagne extraordinairement enthousiaste qui se solda par un échec cuisant dont Marie George Buffet ne se releva pas alors qu’elle n’y était pour rien . Elle en tira des conclusions erronées .

En tout cas , après  cet épisode , le PCF reprit en quelque sorte le chemin d’initiatives de type nouveau et chercha à donner une suite aux Collectifs Antilibéraux en dépit de leurs limites . En dépit des ruines où l’avait laissé l’épisode Mitterrandien, le PS se montrait incapable de tirer la moindre leçon et continua sur une lancée dévastatrice tout en s’illusionnant sur son rôle à gauche .Cet aveuglement conduisit à des départs notables de ses rangs dont Jean Luc Mélenchon . Le projet de celui-ci était très peu assuré à l’origine et les militant(es)s qui le soutinrent très minoritaires au départ : il rencontra néanmoins des sympathies immédiates d’une part de la Direction du PCF qui crut en faire un allié bona fide par contraste avec François Mitterrand . Ceci donna lieu d’une part au Front de Gauche qui au départ en tout cas n’était PAS conçu pour devenir un bélier anti-PS , et ensuite à la première candidature de Jean-Luc Mélenchon . la mémoire militante étant courte il convient de rappeler avec quel enthousiasme cette campagne fut animée par le corps militant communiste . Ceci eut son acmé au Meeting de Marseille. Après quoi , Jean-Luc Mélenchon décida de prendre une direction toute autre que celle de départ . Gonfler la gauche d’un courant fort anticapitaliste – quelle que soit l’ambigüité de la formule , était une chose qui pouvait servir un rassemblement de gauche puissamment majoritaire mais transformer ce courant en machine de guerre anti PS était conduire à sa défaite . Cela ne manqua pas de se produire . Jean Luc Mélenchon persista et signa .

Entre temps , pour diverses raisons qui ne furent pas explicitées mais qu’on peut deviner, Pierre Laurent succéda à Marie George Buffet . IL prit très au sérieux l’idée de « révolutionner toute la gauche » et pas un mois ne se passa sans initiatives en ce sens. Mais c’était sans compter sur la désastreuse présidence de François Hollande conduisant à faire considérer le PS comme l’ennemi à abattre ce qui évidemment ne pouvait que nourrir le projet politique de Jean-Luc Mélenchon dorénavant explicite .La première campagne , celle du Front de Gauche avait eu des conséquences inattendues . Dans l’opinion de gauche qui avait dans la plus grande difficulté commencé à se détacher du PS , mais qui en conservait des attaches fondamentales telles que l’anticommunisme , Jean-Luc Mélenchon était apparu comme une sorte de divine surprise , une surprise de surcroît validée par le PCF et donc évidemment peu suspecte . Beaucoup , à gauche , y compris chez des proches du PCF , pensaient de bonne foi qu’il était communiste ou peu s’en fallait . Lorsqu’arriva la période de préparation de l’élection présidentielle l’état des esprits à gauche créditait massivement Jean-Luc Mélenchon comme porteur d’une véritable issue de gauche et de surcroît une issue à laquelle le PCF pourrait pleinement participer. Malgré une situation qui se complexifia démesurément et un état des esprits que la direction du PCF ne pouvait ignorer ,celle-ci ne  désarma pas . Jusqu’au dernier moment elle pensa possible un processus qui mettrait TOUTE la gauche en état de marche , condition absolue de la victoire . Ni Jean Luc Mélenchon , pour d’évidentes raisons , ni même Benoît Hamon ne voulurent y songer sérieusement . Côté PS , le pitoyable hors jeu de F Hollande devenu honni très majoritairement , la boussole indiqua qu’il se trouvait dans le triangle des Bermudes . Ainsi fut prise la décision d’ »un soutien constructif ET critique » à la candidature de Jean Luc Mélenchon qui pour la direction du PCF , en tout cas pour ce que j’en sais , ne franchirait pas le premier tour ,personne ne pouvant même songer à s’affranchir de  la loi de la gravitation universelle

Il apparait en tout cas dans ce parcours bien trop rapide,  qu’il est parfaitement absurde ,faux , illégitime et calomnieux de parler d’effacement du PCF .  

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