Libres propos à propos d'une intervention de André Chassaigne

Ceci est une version légèrement augmentée d'un post sur mon Mur de Facebook

Libres propos à propos d'une intervention  de André Chassaigne  relative au Congrès du PCF .
André Chassaigne dont la combattivité est celle qu’on connaît et dont l’expérience politique n’est pas en discussion trouve le moyen d’écrire :
« Un constat : nous construisons ce Congrès dans la continuité de choix politiques et stratégiques marqués du sceau de l’échec. Si mon appréciation est ainsi sévère c’est au regard de ce qu’ont produit ces choix : - Un effacement sans précédent de notre force politique. - Un effacement militant des communistes eux-même, qui ne savent plus quelle est la ligne de conduite de notre Parti et de sa direction nationale. En perte de confiance, ils s’impliquent très peu dans la préparation de ce Congrès. - Un effacement durable des valeurs et combats de la gauche, stérilisant toute construction d’une alternative sociale et politique antilibérale cohérente et respectueuse des forces. »
Ceci d’entrée de jeu. Ce n’est pas rien. Un Congrès du PCF est usuellement en principe un moment politique fort où chaque Communiste est censé compter pour un.e . C’est ce qui m’autorise à discuter profondément le point de vue d’André.
1) Continuité de choix politiques et stratégiques marquées du sceau de l’échec ? 22 thèses au moins disent ce que pour nous aujourd’hui représente le capitalisme et les suivantes indiquent ce que signifie pour le PCF le communisme du XXI° siècle. On ne fera pas le procés à André de ne pas avoir lu. Il serait bon toutefois avant de lancer un aussi terrible verdict de prendre en considération ce qu’il y a de profondément nouveau dans ces thèses ; je ne prétends d’ailleurs pas en avoir tout REELLEMENT assimilé.
Le PCF dès sa naissance a combattu le capitalisme ; mais ce que le texte dit ne l’a jamais été avec cette force auparavant ; si je résume en prenant le risque d’une terrible réduction, d’abord , ce systéme a fait son temps ; ce n’est pas vrai seulement de notre pays mais de l’Europe et du monde . Qui peut penser que cette idée soit le bien commun AUJOURD’HUI de l’ensemble du corps militant ?? Je pense profondément qu’après étude individuelle et collective, ces 22 thèses feront accord très large. Ne faisons pas comme si c’était sur ce diagnostic qu’il y a débat. Le texte d’ailleurs ne se contente pas dans CES 22 thèses de ce constat qui chez nos compatriotes et en particulier à gauche est très loin d’être partagé. Il introduit une idée totalement nouvelle et essentielle : l’Humanité peut s’autodétruire aujourd’hui avec d’autres moyens que la Bombe Nucléaire même si le surarmement nucléaire planétaire est un danger de plus en plus redoutable.
Pouvions nous écrire cela il y a seulement 5 années ? La discussion sur l’effet anthropique du réchauffement climatique n’était qu’à ses débuts ; ce n’est plus aujourd’hui un sujet de débat ; ce qui fait débat est la question de savoir comment on fait face à ce défi qui dès à présent produit de nouveaux effets dévastateurs où les inégalités sociales deviennent renforcées comme jamais, dans notre pays comme sur la planète. Si cela n’est pas une nouveauté, qu’est ce qui est une nouveauté ? Il y a cependant loin entre ce constat et la méthode pour faire un bien commun des moyens à mettre en œuvre pour y faire face car tout s’entremêle ; le PCF ne dissocie plus. Si ce n’est pas une nouveauté, qu’est ce qui est une nouveauté ?
Il est impossible de rattacher nos décisions politiques passées à la période historique où l’Humanité est entrée en faisant abstraction de cette dimension qui n’existait pas ou à la marge ; impossible aussi de rattacher nos décisions politiques antérieures au moment actuel où le dépassement du capitalisme est devenu la question des questions. Comment fait André pour n’en point parler est pour moi un mystère.
2) On s’accordera je pense pour dire que ce n’est pas là la pierre d’achoppement de ce Congrès ; mais c’est trop vite dit ; car ensuite TOUT commence ; le PCF ne fait pas que constater et analyser ; il veut transformer ; si le corps militant n’est pas imprégné de ce qui est nouveau dans la pensée du PCF, il est à craindre en effet que nous ouvrions la voie à de nouveaux échecs. Tout ce qui précède suppose d’ailleurs un additif qui n’est pas mince : non seulement le capitalisme a fait son temps , non seulement une nouvelle conception du communisme doit être vue comme centrale dans notre intervention ce qui , on l’avouera , est une « nouveauté » laquelle est déjà en discussion plus ou moins avancée sur toute la planète y compris aux Etats Unis mais la crise de ce systéme , la crise civilisationnelle avec laquelle elle s’entrecroise crée des contradictions de tout ordre , d’une violence comparable aux effets déjà mesurables du réchauffement climatique , mais qui imposent à NOTRE réflexion des dimensions dialectiques dont Karl Marx , Friedrich Engels , VI Lénine n’ont fait que poser des jalons et dont ils ne pouvaient à leur époque aucunement suspecter le degré d’entrelacement . Le collectif communiste peut s’en rapprocher sans l’épuiser et a fortiori aucun individu n’est capable à lui seul d’en rendre compte ; chaque phrase que nous écrivons devrait en être pénétrée et c’est une tâche quasi impossible. On ne peut en aucun cas se retrancher derrière « contradictions principales et secondaires ». L’auteur de ces lignes est le dernier à songer seulement à en tenter ne serait-ce qu’une esquisse ; mais d’immenses potentiels d’émancipation de l’humanité accompagnés comme double de dangers tout aussi immenses de régressions terribles accompagnent dorénavant chaque trait du mouvement de notre société comme de l’humanité dans son ensemble. Si ce n’est pas nouveau, qu’est ce qui est nouveau ?

3) Entre l’analyse qui se doit d’être aussi affûtée que possible et tenir la route pour des années et la stratégie qui devrait en découler il y a un lien : tout commence avec cela ; ce lien n’est pas de ceux que l’on trouve en mathématiques entre hypothèses et conclusions. Il est absurde de vouloir que certains aient « raison » et d’autres « tort » ; voir ci-dessus 2) ; en revanche, oui il existe des stratégies différentes pour affronter une situation de longue durée complétement inédite historiquement ; il est absurde de vouloir juger de l’une à partir des prémisses d’une autre. Mais il est sûr, autre nouveauté, que le projet de base commune, même perfectible , permet une clarification des enjeux comme jamais auparavant et suivant qu’on comprend même insuffisamment la portée et les dimensions de la crise dont j’ai parlé ci-dessus , ou qu’on en fait l’impasse intellectuelle , les conséquences sont profondément différentes . Or de cette crise, on ne trouve pas trace ou marginalement – il n’est pas le seul- dans le jugement sans appel d’André.

4) Après la condamnation sans appel, que propose André ? Avant d’y venir, une remarque préliminaire . Même Karl Marx évoque dans l’un au moins de ses écrits l’ « anticapitalisme » comme pierre de touche d’un mouvement révolutionnaire ;il n’est pas douteux que l’ »anticapitalisme » puisse conduire à un engagement plus avancé ; mais cela n’a rien d’automatique ; comme chacun.e sait , on peut en rester à l’exécration impuissante à changer quoi que ce soit . Et on voit aujourd’hui que même des forces politiques qui ont fait route partiellement avec nous hésitent même à reprendre cette terminologie datée ; parfois et rarement pour de bonnes raisons et souvent de fort mauvaises ; en fait le probléme de ces forces n’est PAS la construction d’une logique alternative à celle du capital ; ne parlons même pas « du dépassement » de ce systéme qui ne fait partie ni de près ni de loin de leur patrimoine politique. Beaucoup se réfugient derrière le refus du « libéralisme » ; c’est plus commode et moins marqué et évidemment moins opératoire : dans une certaine mesure, certes, la vague libérale soutient la logique du capital mais c’est se leurrer que de croire que le capitalisme s’y réduit. Le texte préparatoire sur cet aspect est d’une absolue limpidité et le PCF est l’unique formation politique à le faire. Peut-on envisager le capitalisme SANS libéralisme ? Cela semble une quadrature du cercle mais il est des forces politiques et sociales littéralement obsédées par cette idée. Quiconque a suivi le Congrès de la CFDT a pu le voir en vraie grandeur. Là aussi le texte préparatoire est limpide : le probléme posé au capital dans ce moment historique est qu’il n’a plus rien à proposer d’acceptable. C’est là encore ce qui fonde la démarche débouchant sur une stratégie.
J’en viens au propos d’André : je le cite « Le cœur de notre Congrès, de sa préparation à son aboutissement doit être la mise en mouvement des communistes, au plus près des gens, en dégageant des campagnes d’action contre un capitalisme triomphant et un pouvoir libéral assumé.

Pour que notre force soit dès demain en capacité de faire progresser d’autres idées dans les consciences, et d’autre choix dans les élections, il faut commencer par mener ce travail de fond et de terrain à travers des campagnes à la fois conduites dans la durée et incarnées dans le Parti. Je pense notamment à la bataille de fond contre les couts et les gâchis sans précédent du capital, ciblant l’énormité des sommes qui partent dans l’évasion fiscale et l’engraissement des financiers.

Çà aurait dû être, ce doit être, le cœur de notre bataille idéologique pour que le plus grand nombre comprenne que le sursaut social et écologique dont l’humanité a besoin, ne peut passer que par un combat déterminé contre le système capitaliste. »

 

Le cœur …. Nous dit André est le dégagement de campagnes CONTRE UN CAPITALISME TRIOMPHANT ET UN POUVOIR LIBERAL ASSUME » ; il y a de quoi être profondément sceptique sur cette thèse dont je veux souligner qu’à un Congrès du PCF , elle est parfaitement licite , mais …. Très en deçà des nécessités et très en deçà du texte préparatoire ; là encore personne ne doute de la nécessité d’engager des campagnes politiques fondamentales et de le faire sur la durée. Et que ce soit là un correctif d’une certaine envergure par rapport à ce que nous avons fait n’est pas un sujet de discussion. André précise sa pensée en citant notamment _ je n’imagine pas qu’il songe à en faire la question unique – « la bataille de fond CONTRE LES COÛTS et les GÂCHIS…. » . Il me semble avoir entendu Pierre Laurent à ce sujet dans UNE AUTRE OPTIQUE toutefois. Mais ce n’est pas mon objection principale : beaucoup de nos compatriotes VOIENT ces gâchis ; beaucoup de nos compatriotes VOIENT ces « Coûts » gigantesques et rien que les déclaration ahurissantes de Macron sur les aides sociales font frémir d’indignation des couches très larges dans notre société ; mais VOIR est une chose, en vomir les effets est une chose ; COMPRENDRE comment on en sort, une toute autre. C’est sur la construction de l’alternative que tout se joue et on ne trouve pas grande nourriture dans le texte d’André à ce sujet. Faire du coût du capital une campagne sur la durée est utile et nécessaire ; mais ce n’est pas là – dussé-je être brûlé en effigie- , la question centrale du Congrès .
5) André enfonce le clou « ce doit être, le cœur de notre bataille idéologique pour que le plus grand nombre comprenne que le sursaut social et écologique dont l’humanité a besoin, ne peut passer que par un combat déterminé contre le système capitaliste. « . « Le » Cœur ? Vraiment ? Mais il n’est pas besoin d’être très savant pour mesurer que notre affaire comporte DES cœurs ; on le voit dans la bataille du Rail, dans celle de l’Hôpital public , dans la question des Ehpad, du Logement social , je ne vais pas me lancer dans une liste et j’y insiste , CHACUNE de ces batailles est à cœurs multiples, pour ne rien dire de la question des Migrants ou de l’Union Européenne . La problématique d’André est fausse. Cependant, il n’est pas interdit de lire cette même problématique comme un rappel d’une conception du rassemblement AUTOUR du PCF et des solutions qu’il préconise ; il est rarissime que la Saison 2 soit meilleure que la Saison 1 ; ce positionnement ne fait pas du PCF un contributeur respecté mais une force dirigeante par définition. Le texte préparatoire propose une toute autre démarche. Elle n’est pas inspirée des propos développés en 4) mais elle est imprégnée de part en part de l’idée de « cœurs multiples » au demeurant MOBILES dans le temps et l’espace. Elle ne débouche pas sur un mauvais « remake » de quelque chose que nous n’avons jamais fait. On peut, à bon droit, s’interroger sur les raisons qui font qu’un militant aussi pugnace et remarquable que l’est André puisse se positionner de cette façon ; on ne fait pas les scores qu’il réalise en toute occasion par ce type de considération ;on est donc tenté de penser qu’il y a au moins deux explications : la première est que la pratique militante de André est contraire à sa « théorie » . La seconde est qu’il tire d’une expérience singulière des conclusions générales qui n’ont pas la portée qu’il imagine. Les deux explications sont compatibles. Une étude attentive de la situation concrète qu’il connaît par cœur le montrerait assez aisément. Au demeurant ce n’est pas l’essentiel du propos. Où se trouve dans le réquisitoire d’André l’idée d’une CO-CONSTRUCTION où chacun. e est partie prenante des décisions ? C’est l’idée la plus neuve du texte préparatoire ; ce n’est pas dire que nos Congrès antérieurs ne l’aient pas évoquée ; elle n’a pour autant JAMAIS été implémentée ou au mieux marginalement. Le texte préparatoire ouvre la voie à des rassemblements et à UN rassemblement populaire d’une puissance inégalée PARCE QUE PARTAGEE. Qui peut imaginer que ce n’est pas cela à quoi nous devons contribuer ? J’entends que d’aucuns et hélas André semble du nombre si on le lit attentivement, sont tentés de penser qu’il y a là quelque danger de « dilution » , d’ »effacement » du PCF . Chose étrange en vérité : toute l’histoire du PCF montre que c’est la quintessence des moments où à la fois il a été reconnu et apprécié ET des moments où des avancées considérables ont trouvé leur place dans l’histoire contemporaine de notre pays. Ce n’est pas PARCE QUE sa philosophie politique se référait au rôle dirigeant de la classe ouvrière ( et dans son esprit de l’avant-garde dont il se voyait la figure ) et à la stratégie de la dictature du prolétariat que ces moments d’exception se produisirent ; c’est sa pratique politique à des moments cruciaux , pratique contredisant largement sa théorie supposée qui contribua à l’élan et c’est en cherchant à faire coïncider a postériori une pratique politique puisant à toutes les sources de la pensée démocratique avec une théorie erronée qu’il perdit le crédit qu’il avait si chèrement conquis .
Ce point, je n’en doute pas, sera interprété de travers ; je ne vais pas allonger ; le rôle de la classe ouvrière ne se décrète pas(et encore bien moins celui du PCF) mais il est visible autrement que dans la pensée des grands auteurs ; il n’est pas un seul des mouvements sociaux actuels qui n’en fassent pas la démonstration . Il est visible lorsqu’il est conquérant et notre pays s’en porte invariablement beaucoup mieux et il l’est dans les phases de repli ou de RECHERCHE – c’est la phase actuelle- et la société toute entière s’en ressent….mais c’est toujours elle qui en définitive décide .
Le texte préparatoire s’inscrit totalement dans une nouvelle et inédite phase historique : c’est LA contribution majeure du PCF ; c’est là ce que les forces les plus avancées dans notre société peuvent légitimement attendre de lui .

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