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Billet de blog 16 oct. 2021

CONTE DE LA PLEINE LUNE

On discute ici de quelques questions liées à "ne pas se raconter d'histoires "

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REFLEXIONS DE LA PLEINE LUNE

Je pars de deux considérants :

  • Même si l’heure n’est pas à ce type d’enquête, elles sont suffisamment répétitives pour qu’on y attache une certaine importance : l’influence politique POTENTIELLE du PCF ( pas des « idées communistes ») est régulièrement évaluée à 20% . Il n’est pas utile de préciser qu’ici le mot important est : »POTENTIELLE » . Une pierre suspendue par une corde à un pont ne possède qu’une énergie POTENTIELLE.
  • Le socle des idées de gauche en France , comme l’indiquait notamment un récent N° de l’HD est et demeure très largement majoritaire . Son contenu est certes divers mais ses axes ne varient pas . Par « largement majoritaire » j’entends de l’ordre de 70% .

On est prié de ne pas confondre ces deux données qui sont au fondement des petites considérations qui suivent .

D’une part , ici et seulement ici , je laisserais de côté temporairement ce qui m’apparaît comme notre « plafond de verre » c’est-à-dire la représentation du « communisme » . Essentiel à notre réflexion, il demande néanmoins trop de développements. On voudra bien ne pas en tirer la conclusion qu’il s’agit ici de jeter la chose ; on ne voit pas d’ailleurs par quoi la remplacer. Par parenthèse, le « cousinage » appuyé du « communisme » chinois est une aberration . La Chine a une histoire complexe et son peuple cherche dans les tourments une voie qui lui permette de donner un sens « au bonheur » . Les tentatives successives , de Sun Yat Sen qui rechercha sans jamais l’obtenir un appui occidental pour une République à l’américaine , en passant par la condescendance soviétique, devenue intolérable, puis les extravagances tragiques de Mao Zedong , la Chine connut une forme de « NEP SANS SOVIETS »( appellation due à l’auteur qui n’est pas en mesure de dire si elle est encore valable) ….Les tendances actuelles constituent pour l’avenir de redoutables dangers mais cela n’implique pas de devoir hurler avec les loups ….La Chine est dirigée par un Parti qui continue de se nommer communiste mais aucun exposant vigneron n’oserait proposer au public de la fête de l’Humanité une bouteille de mauvais  vinaigre étiquetée « Bordeaux cru classé » ….Aucun cousinage ne devrait être permis même du bout des lèvres .

Revenons à nos « moutons ». Le capitalisme est en crise dans le monde entier tout en étant en mesure d’affermir son emprise dans les pires contradictions. Cette même crise frappe la France de plein fouet et se prolonge aujourd’hui jusque dans des institutions qui craquent de toute part. Les forces du capital , en France , se battent avec une énergie décuplée contre toute idée d’alternative de gauche . Elles n’ont rien dans leurs tiroirs d’autre que la fuite en avant à la Macron mâtinée des excréments zemmouriens. C’est une des raisons de son acharnement, l’autre étant la capacité du peuple français à INVENTER POLITIQUEMENT même si cette créativité transformatrice n’est ni constante dans le temps , ni linéaire en fonction des attaques qu’il subit .

Ne pas partir dans notre réflexion de la CRISE du capitalisme aujourd’hui ne peut déboucher sur aucune stratégie politique telle qu’on peut l’attendre d’un parti comme le PCF , unique en son genre , en Europe et sans doute dans le monde .

Ladite crise est l’explication ( pas la seule peut-être mais en tout cas centrale »)  d’une Gauche atone qui se trouve dans le Triangle des Bermudes mais qui en est percutée de toutes parts .

Si cette remarque a un sens, quel peut être le pouvoir politique de la formule « ne pas se raconter d’histoires » ?

L’histoire n’a pas réponse à tout sans doute mais il serait utile de n’en pas jeter sans autre forme de procès ce qu’elle raconte . Maurice Thorez lançant le Front Populaire envers et contre les consignes explicites de l’IC ( avant que celle -ci ne l’adopte un an plus tard) se « racontait-il des histoires » ? Et où en était la SFIO à cette même époque ? La menace en Europe , à cette époque , c’était le fascisme , et le Front Populaire ne fut pas qu’une réponse politique mais une extraordinaire invention en même temps qu’intuition résultant d’une écoute vraie de ce qui pouvait s’exprimer au sein des couches populaires . Il ne s’agit naturellement pas de reproduire : copier n’est jamais la solution d’un parti qui a les prétentions du PCF. Ne pas copier est une chose , mépriser une toute autre . «  Le Pain , la Terre, la Liberté » était-il donc une façon de nommer le  dépassement du  capitalisme ? Il n’est personne pour le prétendre. Il convient de noter que ces trois symboles conduisirent à « abolir l’état des choses existantes » sur de vraies nervures et pour un temps sans doute trop court . Le capitalisme de cette époque était lui aussi en crise profonde mais elle n’avait pour autant pas atteint le degré irrespirable, SYSTEMIQUE ,  d’aujourd’hui .On le vit aux Etats Unis d’Amérique avec le New Deal , réponse partielle à l’ombre portée de l’URSS et essentiellement aux «  raisins de la colère » . La question du capitalisme comme systéme n’était pas posée et le Front Populaire se fracassa comme on le sait sur l’évaluation de la portée de la Guerre Civile en Espagne .

Celle d’aujourd’hui pose des questions d’ampleur totalement inédite . Elle les pose à toutes les forces de progrès .Ne pas prendre acte du fait qu’elles sont diverses et qu’elles sont vouées à le demeurer pour une longue période est précisément « se raconter des histoires » .

Si c’est le cas, où se tourner pour transformer le potentiel en énergie dynamique ? On l’a dit, deuxième présupposé, un socle d’idées de gauche puissamment majoritaire existe dans notre pays et ici et là dans l’Union Européenne sous des formes variées ( à examiner beaucoup plus profondément ) . Ce socle, qui n’est PAS révolutionnaire en lui -même , donne des cauchemars à tous les soutiens du capital pour d’excellentes raisons. Mais si c’est le cas, quel besoin avons-nous de chercher un programme constituant un socle de contrat de Législature ? Faisons la moue , ces raisins sont trop verts . J’entends ici et là qu’on se récrie : cela ne suffira pas !

N’avons-nous pas écrit et répété que ni les rythmes ni même les contenus ne pouvaient être le fruit de notre seule décision ? Autre chose est d’en tirer toutes les conséquences. On peut disserter à l’infini sur des « expériences de gauche » et tomber d’accord sur le fait qu’elles échouèrent au final même si à certains égards, le passage ne fut pas vain .Mais sur les causes profondes de l’échec final , il n’y a pas accord . Or , ce sont ces causes qu’il convient d’interroger.  Une partie substantielle des forces POLITIQUES de gauche et écologistes n’entend pas développer ni s’appuyer sur un mouvement populaire conscient et inventif. C’est là une donnée. Cette donnée ne changera pas à vue humaine. « Ne pas se raconter des histoires » consiste justement à d’une part, ne pas perdre une demi seconde à les critiquer- la discussion , le débat, pas le pugilat -   et d’autre part , à rechercher par tous moyens et à tout moment ce qui développe l’initiative populaire . Clamer «  cela dépend de vous » n’est rien que de l’incantation. Etre obsédé de la question de savoir comment l’initiative populaire peut et doit devenir la quintessence du changement n’est pas une démarche banale .

C’est au feu de la discussion politique à des centaines de milliers de voix, voire des millions , que s’aiguise l’initiative , que grandit ou peut grandir la nécessité d’aller « plus loin » et non pas de nos « présupposés «  aussi légitimes soient-ils – et le sont-ils toujours ? Et qui peut un instant penser qu’un tel processus puisse se mettre en place partout en même temps et a fortiori en le déclarant mezzo voce ou même fortement depuis la Place du Colonel Fabien ? Encore est-il pour autant nécessaire que l’impulsion en soit donnée nationalement.

Et pour qu’une telle irruption- éruption se » produise , par tache d’huile , ne faut-il pas offrir une perspective politique qui donne » envie d’avoir envie » ? Quelle peut-elle être au point où nous en sommes et « sans nous raconter d’histoires » ?

         Ce qui est attendu du PCF n’est ni ses propositions ( qu’il doit     avoir évidemment )  ni la proclamation de sa volonté de sortir de la logique du capitalisme , ce que tout le monde sait , et qui de plus ne lui est pas reproché, ce qu’on en attend , c’est le signe indiscutable , permanent , répercuté à l’infini , de sa volonté d’œuvrer au changement politique , changement de gauche , de contribuer à COMMENCER à « faire la preuve du Pudding » . 

Ce n’est pas faute de l’avoir écrit dans nos textes . Ne pas nous raconter d’histoires sur les butoirs éventuels est indispensable tout autant que regarder les nôtres en face . Pour des raisons compréhensibles mais pas pour autant légitimes , mille fois commencée cette démarche de longue portée  a été abandonnée en cours de route, souvent à peine initiée   : trop âpre , trop difficile , l’enfer c’est les autres , etc….

Et pour commencer, tant qu’il en est encore temps , mais plus pour longtemps , faisons ce qu’il faut pour éviter que les législatives ne se traduisent par un désastre à gauche , désastre qui ne nous épargnera pas de surcroit .Quelle crédibilité accorder à nos dénonciations, aux luttes nombreuses auxquelles nous participons  si cela n’est pas la tâche politique du moment ?  Et que peuvent signifier ces discours savants sur la formule » le mouvement réel qui abolit l’état actuel » si précisément ce que nous faisons n’a aucune portée sur le mouvement réel ?

Est-ce faisable ?  Contempler la chose et supputer sur son impossible réalisation  est le plus sur moyen de ne pas y prêter son concours et d’attendre des jours meilleurs qui seront en fait bien pires . Ce qui fut possible hier , prenant à contrecourant toutes les Cassandre, l’est aujourd’hui .

MAIS , dira t’on ….Vous voyez bien que de partenaires éventuels de cette démarche , il n’y a pas . On a répondu par avance. Notre seule boussole est la fertilisation du mouvement populaire , pas d’abord  la recherche de partenaires politiques même si avec ceux-ci les contrats politiques constituent un passage obligé . Même le « meilleur » contrat possédera toujours plusieurs lectures , l’expérience a parlé . Notre rôle n’est pas la « mise en garde » toujours sans portée, il consiste à faire en sorte que ce soit toujours l’initiative populaire qui prime , au gouvernement comme hors du gouvernement .

Un tel principe , on l’a dit , ne peut prendre forme qu’en multipliant les initiatives et à commencer par les circonscriptions , et notamment celles où nous sommes rééligibles sans que cela aille de soi . Avant tout , il ne s’agit pas de « faire l’union AUTOUR DU PCF ». Si notre parti devient perçu comme catalyseur productif et respectueux des sensibilités politiques , son attractivité ne peut manquer de grandir et c’est l’antipode de « l’effacement ». Partout où nous avons des élus , en particulier ceux des collectivités territoriales , pourraient être institués des collectifs citoyens .Donner l’écho nécessaire aux entreprises à succès contribuerait à faire lever le besoin partout . De quel « succès » parlons- nous ?  Celui qui inscrit dans la durée le débat serein , approfondi , qui commence à donner une vision d’instances nouvelles de discussions et de décisions collectives .Ce ne sont pas les forces qui manquent pour l’organisation mais la volonté politique de la confrontation civilisée , celle qui crée un nouveau rapport à la politique . A supposer que cette perspective se concrétise , quelle garantie pouvons nous avoir qu’un pacte de Législature traversant , celui où il y a irrigation dans l’ensemble des directions possibles ne soit pas au final , une fois encore , vouée à sombrer ? Cette garantie n’existe pas . Cette obsédante question n’a pas de solution autre que dans la permanence des collectifs citoyens appelés à s’enrichir constamment de forces nouvelles et mis en mesure d’affermir la volonté politique d’un gouvernement qu’ils auront contribué puissamment à installer .

Le sujet n’est pas clos avec ces considérations mais peut-être contribuentt-elles à donner quelqu’éclairage à une démarche politique sans laquelle ,à mon sens , il n’y a ni place ni avenir pour le PCF.    

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