SUR UNE TRIBUNE DE IGOR ZAMICHIEI

Quelques réflexions d'après Congrés .

Remarques sur un texte de Igor Zamichiei .
Le 38° Congrès du PCF est derrière nous ; il n’est pas ici question de revenir sur ses tourments ; en revanche , le hasard a fait que , avec l’esprit d’escalier , je découvre une contribution de Igor Zamichiei qui a une importance à mes yeux dépassant de loin la discussion de Congrès . Igor est maintenant responsable national de la Vie du Parti ; ce qu’il dit est donc en fait un programme politique ; c’est à ce titre que je m’en empare ; la petite politique , la polémique imbécile ne m’intéresse pas .
Igor nous explique ses choix . C’est d’eux qu’il va s’agir ici ; la discussion du Congrès est close mais les idées, elles, cheminent sans tenir compte de nos codes . C’est d’elles qu’il s’agit et de rien d’autre .
Je cite :
I)« l'échec de cette expérience renvoie fondamentalement, comme pour les précédentes, à trois défis que nous avons négligés depuis quarante ans :
– le défi de la formulation des grandes transformations révolutionnaires que nous portons
– le défi de la définition de la classe sociale que nous voulons unir, de son intervention durable dans le champ politique et des pouvoirs qu'elle doit conquérir
– et en lien avec ces défis, celui de la transformation de notre parti pour le hisser à la hauteur de la bataille idéologique à mener pour promouvoir notre projet et pour permettre qu'il soit durablement l'outil des travailleurs.euses et des catégories populaires. »
Il serait stupide de prétendre que, dans cet énoncé, rien ne tient . La présentation cependant se heurte déjà à un premier obstacle de taille : en admettant que nous ayions négligé depuis 40 ans les défis identifiés ici , le premier de tous n’est pas indiqué : il est utile de revenir à la lumière de ce que nous savons aujourd’hui sur les 40 années écoulées et discuter de façon tatillonne de certaines formulations de Igor à propos du Front de Gauche , formulations pour le moins expéditives ,« a malgré tout le mérite de pointer le problème qu'a constitué le fait d'avoir trop limité notre rôle au sein du Front de gauche à être « un facilitateur de rencontres de sommet » et de prendre réellement la mesure de la perte d'influence nationale de notre parti, renforcée par l'ensemble de la séquence électorale de 2017. » n’a pas un intérêt immense aujourd’hui .

Par contre , il est impossible de parcourir ce demi-siècle sans avoir pris d’une part toute la mesure de ce qu’a signifié l’effondrement du « systéme soviétique » , dit pour aller vite , et d’autre part , c’est là l’essentiel à mon sens, d’avoir saisi qu’après 20 ans où le capital a semblé reprendre souffle sur le monde , il est dorénavant incapable de proposer un avenir vivable pour l’Humanité et la planète ; c’est de cette bifurcation de l’Âge de l’Homme qu’il est question . Un seul des textes en présence soulignait d’emblée cette question comme centrale . C’est sans importance, mais ce qui ne l’est pas, est de savoir si oui ou non , c’est CETTE bifurcation qui doit alimenter la réflexion du PCF .
J’en profite pour une courte incidente qui fait référence à des discussions éparses avec des camarades qui me font l’honneur de leur amitié : la bifurcation dont il s’agit n’a rien en commun avec une vision catastrophiste et pauvre de l’évolution du capitalisme ; elle ne donne aucune échéance de temps et ne fait mention d’aucune inéluctabilité ; ce systéme n’a aucune chance de s’effondrer sur lui-même comme le firent des systèmes à l’Est de l’Europe où la pensée se figea à un point tel qu’ils s’avérèrent incapables de leur propre transformation ( cet aspect d’ailleurs mériterait des développements ) ; par contre , le capitalisme , qui eut en son temps un rôle puissamment révolutionnaire , commença son histoire en s’appuyant , de façon très diversifiée sur des formes de démocratie . Nous n’en sommes plus là . On parle aujourd’hui d’ « illibéralisme » et d’époque « post démocratique » . Je ne crois pas avoir vu la moindre étude à cet égard dans la discussion de Congrès ni d’ailleurs dans nos publications . En tout cas , le diagnostic relatif à la bifurcation dont j’ai parlé plus haut est essentiel pour plusieurs raisons :
1) Il est PREDICTIF ( le propos d’ Igor est DESCRIPTIF) : s’il n’y a pas à envisager d’effondrement global , des effondrements partiels catastrophiques sont à prévoir et se produisent déjà sous nos yeux , mêlant intimement , de façon inextricable , enjeux humains et environnementaux . Pour ne prendre qu’un exemple trivial, le véhicule électrique comme substitut au véhicule à moteur de combustion est susceptible de détruire des pays entiers .
2) Si n’est pas centrale la question de la bifurcation , alors ne subsiste possiblement que des réponses défensives , en France comme sur la planète . Elles n’ont rien de méprisable ; elles n’ont aucunement la portée civilisationnelle requise pour engager le mouvement puissant nécessaire à sortir de ce systéme dès que possible ; on glosera sur « sortir de ce systéme »… ; la question de la bifurcation pose un objectif POLITIQUE servant de boussole à l’immense majorité de la société . Aucune force politique , en France , ou dans le monde , n’a à ce jour su poser ce diagnostic et en tirer les conséquences : c’était ce que le PCF pouvait faire et n’a pas réussi .Aucune force politique , ni en Amérique Latine , ni en aucun autre lieu du monde .
3) Faire de la question de la bifurcation une question politique centrale est justement le moyen et sans doute l’unique moyen de créditer la possibilité de rassemblements populaires puissamment majoritaires sans lesquels rien n’est pensable.
4) Une bifurcation vers quoi ? Sur ce point après les exposés et les travaux de Lucien Sève on peut être court ; le monde connaît à des degrés divers les moyens de résoudre de façon complète et définitive des problèmes dont l’humanité entière souffre en errant et l’errance même est une souffrance ; on peut éradiquer les guerres , on peut en finir avec les famines , la misère dans toutes ses dimensions , les épidémies , etc. etc… C’était impensable voici encore un demi-siècle ; il en résulte que « de chacun suivant ses capacités , à chacun selon ses besoins » est devenu une formule ayant une toute autre portée qu’un slogan utopiste ; il est logique d’appeler « communisme » ce nouvel âge de l’homme ; et il n’importe aucunement de savoir si d’autres lui donneront un autre nom .
Bifurcation ? Comment peut on prétendre nommer autrement la nécessité de répondre aux défis écologiques menaçant l’avenir de l’espèce humaine ? Bien sur , on peut « prétendre » répondre à la fois à « la fin du monde » et « aux fins de mois » ; cette « prétention » se ridiculise à peine produite . Il n’existe aucune vision prospective pensable hors de cette bifurcation : ce n’est pas à dire que des centaines d’experts et de « think tanks » ne se penchent pas sur la question ; leur point commun à tous est de chercher à « concilier » ; c’est profondément français mais comme dit l’autre « Le Tigre et l’œuf rate » . Même les misérables rapiéçages des « filets de sécurité » sont de trop dans cette démarche comme on vient de le voir avec une fausse augmentation du SMIC de plus rejetée aux calendes . Il existe une raison majeure pour laquelle hors de la pensée de la bifurcation , on ne peut pas imaginer de possible sauf ces rapiéçages qui ne permettent aucun monde vivable ; si la question du capitalisme et de son emprise n’est pas posée , toute réflexion, tout imaginaire s’y heurte sans pouvoir s’en échapper . S’engager sur une autre voie , à l’échelle planétaire , en prenant en compte soigneusement la complexité du monde , permet seule d’envisager une autre façon de produire, d’autres productions , d’autre modes de consommation , d’autres échanges , d’autres coopérations…. ;sauver Venise n’est pas imaginable hors de cette bifurcation ; la Mission Borloo a la « prétention » d’électrifier l’Afrique mais à condition d’y renforcer les lois d’airain du capital (1* ; le progrès éventuel auquel pourrait conduire une Mission dont on n’a pas encore évalué les suites , sera couvert immédiatement par les conséquences desdites lois ; on entend du côté de chez Macron et plus nettement encore du côté de la droite politique la petite musique de « l’argent mal dépensé » . Il ne fait aucun doute que le temps vient où on nous revendra la sauce du Club de Rome sur l’impossibilité de la croissance infinie dans un monde fini ; la seule croissance infinie pensable du côté de cette partie de l’échiquier c’est la croissance indéfinie de la spéculation financière et des profits phénoménaux qu’elle engendre . Cette « pensée » du « monde fini » fait l’impasse sur l’infini génie humain et on en voit la trace dans les budgets de la recherche publique , les « réformes » qui se succèdent par vagues folles dans ce domaine comme celui de l’Enseignement supérieur , pour ne prendre que cet exemple( le « génie humain » ne se réduit pas , on devrait l’imaginer, au génie scientifique mais l’inclut ) ; le développement scientifique est percuté de plein fouet par le capital et les conséquences à terme sont redoutables ; jamais l’humanité n’a connu de période où le niveau des solutions exigibles et pensables  s’est à ce degré heurté aux contraintes du capitalisme . Pour en finir avec ce paragraphe , Jean Jouzel , respecté et respectable climatologue s’écrie que les accords de la Cop 21 ne sont pas respectés et qu’au contraire les signaux vont dans le mauvais sens ; il a raison ; jamais il ne posera un diagnostic sur ce constat , le seul possible : le capitalisme est incompatible avec la transition écologique . Il ne le posera pas , pas par lâcheté , mais parce qu’il ne le pense pas . La mondialisation capitaliste et elle seule explique et jette la lumière sur l’échec de la Cop 24.
II) Je cite à nouveau «. Comme on le voit en Europe, contrairement au discours dominant, les premiers portent des mesures populistes et autoritaires qui n'ont rien à envier à celles des seconds, qui n'hésitent pas quant à eux à recourir à des recettes néolibérales classiques. Et dans cette alliance, ce sont les forces d'extrême droite qui ont le vent en poupe. Si elles continuent de renforcer leur position de pouvoir, mesurons le désastre possible pour l'humanité.
Les alertes de nombreux universitaires, notamment d'historiens, se multiplient ces derniers mois pour affirmer que rien ne peut automatiquement nous prémunir d'un retour du fascisme. »
Dans le droit fil du propos initial , là, nous avons un diagnostic . Il a le mérite de la cohérence ; la flèche de l’arc vise t-elle la cible pour autant ? on peut se poser la question ; d’une part , il est évident que pointent à l’Est des réminiscences s’appuyant sur des racines bien connues ; c’est vrai aussi , d’une autre manière , en Amérique Latine ; mais cela ne répond pas à la question qui n’est pas une queue de poire : le fascisme , renouvelé ou pas est-il la réponse actuelle du capital à sa crise ? Si c’est le cas, il est légitime d’en induire un type de réponse ; si ce n’est pas le cas c’est une toute autre affaire . On ne cherchera pas dans ce qui suit une réponse universelle ; la complexité du monde l’exclut . Par contre , l’ « illibéralisme » , les idées du « post -démocratisme » , l’idée selon laquelle « la démocratie est devenue une entrave à la liberté » constituent selon moi une sphère idéologique et politique d’une autre ampleur que la menace du fascisme . Les régressions qu’elles impliquent ne sont pas moins dangereuses , elles sont d’une autre nature . Sans doute l’enveloppe d’une réponse fascisante peut se présenter sous diverses formes et ce n’est pas une nouveauté ; le fascisme mussolinien n’est pas le nazisme lequel n’est pas non plus le franquisme et encore moins la forme importée dans les bottes de l’occupant du pétainisme . Mais on comprend bien que ce n’est pas là que gît le lièvre . L’histoire nous a déjà joué un tour à sa façon avec le gaullisme et seul un vigoureux coup de reins fit sortir le PCF d’une analyse qui n’en avait que le nom. La réponse du capitalisme à sa crise , au moins dans certains pays développés consiste à prendre du fascisme tout ce qui n’en est pas immédiatement insupportable. Cela le rend moins facilement identifiable et donc beaucoup plus insidieux idéologiquement. ( le pays où la chose est la plus visible est Israël ) . De plus , la chose se heurte à des questions nouvelles de taille pour la classe dirigeante . Une fois lavé des aspects les plus insupportables ,savoir une dictature féroce et sanguinaire , demeure l’obstacle démocratique . Il y a là -pour la classe dirigeante comme pour le capital plus globalement- une quadrature du cercle : le fascisme s’affranchit partout où il s’installa, de toute forme de démocratie ; le capital approuva , voire y contribua directement . Ce saut qualitatif est proprement impensable sous nos latitudes ( ce qui ne signifie pas qu’il  ne puisse occasionnellement s’en servir de façon ou d’autre ) . Quel que soit le vague de l’exigence de RIC , nos sociétés ne peuvent plus se contenter de continuer à appeler à voter tous les 5 ans ; l’exigence du pouvoir de décider monte partout , là encore de façon très variable en intensité , en détermination , en lucidité, mais elle est irrépressible . Or « la démocratie constitue un obstacle à la liberté » …. Sans nous étendre longuement , si ce diagnostic est exact , grosso modo , alors se présente une toute autre alternative que celle de faire face à une menace fasciste rénovée ou non. Ce n’est pas une petite question et encore moins une polémique imbécile d’après Congrès .
«Pour mettre en échec la violence néolibérale actuelle, et ce danger fasciste, nous devons faire grandir un projet alternatif crédible, concevoir une nouvelle stratégie politique et de nouvelles pratiques de notre organisation.
Concernant le projet, nous devons élaborer un projet communiste du XXIe siècle, en prise avec les défis du siècle. »
écrit Igor qui réécrit à sa façon certains aspects du texte qu’il a rejeté auparavant ; il n’est pas question de tout rejeter de ce qu’il écrit même si de sa part il y a quelque contorsion ; ce qui manque absolument mais c’est cohérent avec ce qui précède, c’est l’absence ou peu s’en faut de toute réflexion sur l’enjeu que constitue le développement démocratique ; ce n’est pas que le PCF n’y ait pas consacré la moindre réflexion . Il n’a fait cependant au mieux que l’ébaucher . Igor encadre cette réflexion d’une telle façon qu’au lieu de permettre un développement sans précédent de l’intervention des citoyenn.es , de libérer en quelque sorte l’initiative populaire, il la bride dans des formules qui en font un carcan . La preuve vient d’en être donnée d’une part par ce mouvement baroque des Gilets Jaunes dont le PCF à son dernier CN se limite à souligner à l’encre rouge certaines exigences fondamentales qu’au demeurant nous portions depuis longtemps mais n’a pas un seul mot pour cette question mineure en somme qu’est le « pouvoir de décider » ; mais d’un autre côté , celui de l’adversaire , il s’en faut que cette question ne soit pas une obsession ; aussi tente-t-il un contrefeu destiné , non seulement à donner le change mais aussi à trouver l’oxygène pour repartir à l’assaut ; j’en profite pour saluer au passage l’initiative spectaculaire de Maires communistes , lesquels n’ont pas attendu pour ouvrir les lieux propices à des formes nouvelles de cahiers de doléances et il est évident que le lancement de cette fumisterie encadrée d’un GRAND DEBAT NATIONAL correspond de la part du pouvoir à un sens aigu de la nécessité pour lui de reprendre la main . Cette entreprise est croupion ; mais devons-nous le laisser faire et ne pas nous en emparer à notre manière partout ? Nouvelle question de taille dont le dernier CN ne parle pas.
Igor évoque certes la question de nouveaux pouvoir d’intervention des travailleurs , des critères de gestion nouveaux mais non seulement il ne les décline pas – on ne saurait lui reprocher de faire bref même si sur un tel sujet il y aurait eu matière à broder – mais ne réalise pas que dans nombre d’entreprises aujourd’hui les salariés.es sont précisément aux prises avec des questions fondamentales , que leur intervention s’y déploie même si c’est insuffisant , qu’il leur arrive de trouver eux-mêmes des solutions alternatives mais que tout cela se heurte à une conscience aigüe d’un contexte présenté et admis comme indépassable . La question de la mondialisation , de sa nature et de ses enjeux affleure partout . On retrouve ici la question de la bifurcation évoquée plus haut .
III) De là Igor passe à la question des européennes : « Dans le contexte de montée identitaire, cette élection sera un enjeu clé. Nous ne pouvons pas laisser le parlement européen aux forces d'extrême droite et à l'inverse nous devons renforcer la place en son sein des forces de gauche, singulièrement des forces communistes comme le PCF, qui portent l'ambition de rompre avec l'UE du capital et visent une autre construction européenne, autour d'objectifs sociaux, écologiques et démocratiques.
Cela implique de s'appuyer sur les nombreuses luttes en cours pour faire grandir des propositions alternatives crédibles dans des domaines clés comme la production et le travail, le développement des services publics, l'utilisation de l'argent, en lien avec l'enjeu écologique, ou encore l'égalité femme-homme au cœur de plusieurs mouvements puissants en Europe. C'est à partir de ces questions que nous pourrons initier une dynamique de rassemblement dans la société. »
Il ajoute : « Dans l'état actuel de la situation politique et de la gauche française, c'est en développant une campagne ambitieuse conduite par notre chef de file Ian Brossat, qui interpelle toute la gauche sur un projet européen de progrès social, que nous pourrons le mieux créer les conditions du rassemblement le plus large. » A cet égard mon commentaire sera bref : tout le monde a vu l’entame de campagne spectaculaire de Ian Brossat . Une entame est une entame . Dès après les fêtes , le brouillard politique s’installera . S’appuyer sur les nombreuses luttes en cours etc… est sans aucun doute un incontournable ; d’où viendrait sans cela la moindre dynamique populaire ? Toutefois , cela est très loin de faire le compte sur deux aspects essentiels : d’abord , la question des pouvoirs du Parlement Européen est centrale ; elle est posée à répétition par Francis Wurtz ; on ne s’en tire pas en proposant de donner à notre liste un nombre de député.es qui compte . Si nos compatriotes doutent de l’utilité de ce vote pour eux-mêmes, aucune exhortation n’y parviendra . Ian l’a d’ailleurs senti et on ne peut que l’encourager à insister lourdement ; mais en outre ce qui manque , c’est l’imaginaire , le « récit » comme on dit aujourd’hui ; pour Macron on a la même question à l’envers ; tous les conseillers bien en cour ont senti la faille : impossible de mobiliser et de susciter l’adhésion sur l’existant et a fortiori sur le chiffre du déficit ; et pendant qu’on annonce à son de trompe le « Grand Débat Public » confié à une orfèvre , on se tourmente sur la question de savoir comment dépasser la problématique : nous ou le chaos , laquelle fait eau de toutes parts ; je laisse de côté pour le moment la façon dont le capital en France compte se tirer d’affaire ; le PCF doit faire face à une question majeure : ou bien l’horizon d’une Europe différente peut être rendue palpable , donner à rêver , donner à espérer , ou bien nos exhortations seront impuissantes ; et pire nous nourrirons le scepticisme à notre corps défendant . Donner à voir ce qui peut être fait dès à présent – le chantier a été ouvert sur le plan économique par Francis Wurtz – au plan culturel ,scientifique technologique, des coopérations de toute espèce , d’une réponse à l’Europe forteresse qui passe par l’idée que le monde de demain est MIGRANT ( une migration débarrassée de la fuite devant la misére , la guerre etc..) , est cardinal . La transition énergétique et écologique en est un aspect qui ne saurait réduire le champ de ce qu’il est nécessaire de produire comme univers de pensée . Il faut nous sortir de l’idée que la refondation de l’Union Européenne est une sorte de pis -aller dont nous porterions le volet social ; nous avons à combattre frontalement l’idée d’un monde par essence dangereux , du réarmement indispensable mais avant tout nous devons remplir l’imaginaire de nos compatriotes d’un futur tangible , possible comme jamais auparavant . Si nous-mêmes n’y croyons pas , nous ne convaincrons personne ; si nous-mêmes , nous avons des hésitations devant ce combat pour l’avenir , si ce qui domine dans notre discours c’est l’idée de l’opposition résolue , combattive , mais impuissante et au fond que dans cette Europe là , nous n’avons pas grand-chose à en faire, qui voulons -nous impliquer et entrainer ? J’entend des déclarations qui expliquent à juste titre que les communistes n’ont jamais varié et que leurs préventions fondamentales étaient légitimes , que de ce fait on peut faire confiance à nos élu.es éventuels.lles pour ne pas trahir leurs engagements ; ce rappel est utile mais il ne répond en rien à la question qui nous est posée .
Une réorientation vigoureuse de l’entame de campagne est indispensable .
Igor passe ensuite à la question de notre stratégie ; ce qui précède est déjà fort long et de cette question je ne dirais mot pour le moment ; mes contradicteurs éventuels comprendront qu’il m’en reste sous le pied . La « conversation » ne fait que commencer .

*1)Un auto-satisfecit contesté puisque certains membres de l’AREI démentent le lien entre l’initiative et le projet porté par l’ex-ministre français. « Jean-Louis Borloo n’a jamais été impliqué dans l’AREI, il n’a jamais travaillé dessus, ni de près ni de loin. Nous avons bien eu des conversations avec lui, mais son initiative était différente.», a confié à Jeune Afrique, Youba Sokona, le responsable de l’unité d’étude des projets de l’AREI.

 

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