SIONISME ANTISIONISME ETC...

Retour à quelques éléments d'un débat récurent .

SIONISME, ANTISIONISME, ETC .
Sollicité par des Amis de Facebook , j’ajoute ici mon grain de sel à une question étrangement récurrente , qui a fait l’objet déjà de plusieurs publications notamment celle de Dominique Vidal, de Marc Steinling ; on n’est apparemment jamais « complet » . Je traiterais ici de dimensions séparées pour la clarté de l’exposé mais il ne m’échappe pas que dans la vraie vie elles s’entrecroisent .
I) Historique .
L’Affaire Dreyfus déclenche chez le Journaliste Viennois Theodor Herzl le sentiment brutal suivant : si une telle vague d’antisémitisme peut se produire dans un pays aussi « éclairé » que la France , c’est que cette lèpre n’est pas l’apanage des pays soumis à des régimes tyranniques et/ou intellectuellement sous-développés comme c’est le cas de nombre de pays à l’Est de l’Europe où les pogroms sanglants sont récurrents . Par suite , germe chez lui l’idée selon laquelle « le peuple juif » n’est pas « assimilable » et doit par conséquent disposer d’ un Etat qui le protège ; il n’y a pas de traduction univoque de sa notion de « Judenstaat » : Etat des Juifs , Etat Juif ….En tout cas , l’idée d’un « Peuple Juif » est constitutive du « sionisme » et au stade du point de départ n’a strictement rien à voir avec la Palestine .
Les réactions provoquées par cette « thèse » sont variables , ne provoquent non seulement aucune adhésion de masse mais même majoritairement l’hostilité, notamment chez les rabbins qui y voient un sacrilège contraire à toute l’exégèse religieuse. Nous nous en tenons ici à l’essentiel . En peu de temps , cependant , nait au sein du « mouvement sioniste » alors réduit à quelques centaines d’individus , un courant laïc , mais déterminé à faire aboutir l’idée d’un « Judenstaat » ; le « sionisme » cherche alors une Terre pour un « Peuple disséminé » . D’entrée de jeu « le sionisme » est colonisateur. La recherche d’une Terre est hésitante ; elle suppose l’appui de Grandes Puissances ; c’est vers la Grande Bretagne que ce groupe qui sera la première direction sioniste se tourne . Le gouvernement de sa Majesté n’a pas grande considération pour cette bande d’hurluberlus et d’autre part la classe dirigeante britannique dans sa majorité est antisémite mais imaginer qu’une importante quantité de Juifs puissent se faire tuer pour l’expansion de l’Empire n’est pas en soi une idée déplaisante ; on propose l’Ouganda . Herzl s’en fait le défenseur . C’est un échec retentissant . Ensuite seulement vient l’idée d’une colonisation de la Palestine ; celle-ci est sous mandat Britannique après la Première Guerre Mondiale ; comme on le voit, du temps , beaucoup de temps s’est écoulé depuis les « débuts » ; la Palestine avec Jérusalem devient une idée attractive : le Mythe du « Peuple Juif » de « retour d’Exil » prend corps ; à ce stade on peut dire que le socle du « sionisme » qui sera celui de toutes ses variantes ultérieures est dans ce principe : « Le Peuple Juif EXILE pendant des siècles retrouve la TERRE ancestrale » .Pour achever ce paragraphe qui n’est pas exhaustif il faut ajouter les conclusions sans appel des travaux de Shlomo Sand : 1) il n’existe PAS de « Peuple Juif » , quelle que puisse être l’acception qu’on donne au concept de « peuple » et 2) il n’y a JAMAIS eu d’ « EXIL » ; les Romains dans leurs conquêtes territoriales n’ « exilaient » PAS les populations conquises . 3) la tradition hébraïque constante exclut absolument le rattachement de la religion juive à une « Terre Physique » . Le rituel « l’An prochain à Jérusalem » n’est rien d’autres qu’une symbolique et le « retour physique », une hérésie.
II) Politique
L’ONU après la Seconde Guerre Mondiale décide d’un plan de partage de la Palestine historique , de la fin du Mandat Britannique , de la création de DEUX ETATS(1948) ; Un Etat à majorité juive , un Etat à majorité arabe . Les termes de cette Résolution de l’ONU prêtent à interprétation ( il est question de « jewish state ») ; mais il est impossible aujourd’hui de savoir avec exactitude ce que signifiait cette expression dans la pensée des rédacteurs ; en tout cas , d’une part ladite création liait les DEUX Etats à des clauses strictes que la direction sioniste de l’époque ( le Yishuv) s’engageait à respecter par la Déclaration d’Indépendance ( voir à ce sujet un papier récent très détaillé de Charles Enderlin) – et notamment l’égalité des droits de tout(e) citoyen(ne ) des nouveaux états créés , l’absence de toute discrimination etc…. - ; d’autre part , et indépendamment des méandres de la Guerre qui suit l’adoption du plan de partage , l’Etat d’Israël n’est PAS un état confessionaliste ; Jérusalem n’en EST PAS la capitale ; l’Etat d’Israël , jusqu’à nos jours , est un Etat à MAJORITE JUIVE ( au sens religieux du terme ) . La réalité de 70 ans coupe court à toute tentative d’interprétation a postériori : « jewish state » ne peut se comprendre que comme Etat à MAJORITE constitué de citoyens(nes ) de confession Juive . On achève ce point en soulignant que , de façon expresse et explicite , la DECLARATION D’INDEPENDANCE qui souscrit OBLIGATOIREMENT aux exigences des Résolutions de l’ONU , TIENT LIEU DE CONSTITUTION en attendant la proclamation d’une Constitution définitive . Le plan de partage est adopté à une large majorité , la Grande Bretagne s’abstenant ( ce point mérite commentaire qui n’a pas sa place ici) ; les Etats arabes refusent ce plan et une Guerre , la première au Proche – Orient après le second conflit mondial éclate . Elle n’a aucun rapport avec la question de l’Etat de Palestine . A cette époque le Mouvement d’Indépendance et de Libération Palestinien est dans les limbes et aucun Etat arabe impliqué dans le conflit n’en fait mention même à la marge .
III) IDEOLOGIE ; SIONISME, ANTISIONISME
On l’a vu plus haut , le « sionisme » a un socle ; mais il y a loin du socle aux variantes innombrables dont cette représentation se fait le chantre . Le « sionisme » ,si on entend par là un corpus constitué, n’existe pas et n’est susceptible d’aucune définition univoque . La « variante » fascisante de Jabotinsky qui AUJOURD’HUI est en gros majoritaire dans les sphères gouvernementales israéliennes est considérée de longues années comme un corps étranger au « sionisme » . Le socle dont nous avons parlé explique seul la perméabilité qui a permis à un courant xénophobe , raciste, intégriste et fascisant de s’emparer du pouvoir . Dès lors que « Le Peuple Juif est rentré dans sa « patrie » , tous les Juifs en sont membres et nul ne peut en être exclu .
Mais on fera observer que ce phénomène , pour d’autres raisons, n’est pas propre à Israël ….
A ce stade et s’il s’agit de repousser avec vigueur le fameux socle, il pourrait sembler que « antisionisme » est une expression licite . Les choses , hélas, sont plus complexes .
a) C’est un fait historique que dans les années 70 et suivantes , la plupart des Etats de ce qu’on appela « le bloc soviétique » adopta de façon différenciée mais globale une rhétorique « antisioniste », qui en fait, n’était rien d’autre qu’un antisémitisme d’Etat . Les activités clandestines du Mossad , les activités de Guerre Froide menées par Les Etats Unis n’étaient certes pas des inventions mais ne justifiaient à aucun titre une évolution politique aussi désastreuse . Elle ne pouvait que conduire d’une part à faire le lit de la propagande israélienne en faisant de toute citoyen(ne) juif( ve) de ces pays un agent à la solde d’un état étranger et d’autre part à ranimer toutes sortes de mythes ancestraux dans des pays où l’antisémitisme avait sévi en d’autres époques . On ne peut aucunement , même après la disparition de l’URSS considérer cet aspect comme mineur dans les consciences et les représentations . La terminologie « antisionisme » était de ce fait déjà grevée .
b) Plus sérieux si on ose dire est le fait que pour certains porte enseignes de cette terminologie il y a dans « antisionisme » non pas le rejet absolu du socle sioniste mais le refus pur et simple de considérer Israël comme un Etat LEGITIME AUX TERMES DES RESOLUTIONS DE L’ONU , dont par ailleurs, souvent les mêmes réclament l’application pour tout ce qui concerne les Droits Fondamentaux du Peuple Palestinien. Cette « délégitimation » est rarement explicite mais elle eut cours dans nombre de déclarations de responsables palestiniens et arabes .
Des commentaires s’imposent ici ; la « discussion » relative aux décisions de l’ONU de 1948 est légitime et a un intérêt pour Colloques ; elle n’en a aucun dans la pratique . La flèche du temps existe et il est impossible de reconstituer les conditions dans lesquelles cette décision historique fut prise . Les méandres de la pensée politique des dirigeants successifs du Mouvement National palestinien sont , eux aussi , pour cette contribution, sans aucun intérêt . L’OLP reconnut Israël lors du processus d’Oslo ; Israël en tant qu’Etat aux termes des résolutions de l’ONU , il va de soi .
c) Reste dans ce court parcours à examiner l’avenir .Les circonstances n’ont pas joué en faveur de la réalisation proche des Droits Fondamentaux du Peuple Palestinien . L’évolution gravissime de la politique israélienne , celle de la politique nord – américaine , celle de nombre de pays arabes , peuvent donner le sentiment que tout est à reprendre . L’auteur considère pour sa part qu’il n’a aucun titre pour décider en lieu et place des populations concernées si la « solution à deux Etats » doit être implémentée ou si doit lui laisser la place l’idée d’un seul Etat binational ( démocratique et laïc etc…) . Sa préférence va à toute solution implémentable permettant à la fois d’éradiquer les sources d’un conflit absurde , porteur de risques au plan mondial , et réalisant à la fois les Droits Fondamentaux du Peuple palestinien et ceux du peuple israélien dans la diversité de ses composantes .
Conclusions sommaires :
Nous sommes en France ; il devrait être interdit d’être les « conseillers » dans une situation de cette nature ; l’histoire récente de notre pays devrait conduire à la plus grande modestie . Ce qui précède devrait suffire à ne pas user de l’expression « antisionisme » sans que cela implique la moindre complaisance vis-à-vis de la politique israélienne et a fortiori ne pas conduire à un procès inadmissible pour « sionisme » inavoué .
Mais au-delà des arguments rationnels il en est un autre qui surpasse de loin tous ceux qu’on peut rassembler de cette nature . Notre pays , de façon essentielle mais aussi l’Union Européenne peuvent et doivent agir pour faire cesser les exactions israéliennes actuelles et revenir aux conditions de l’ONU ; on n’en prend pas le chemin et c’est peu dire ; l’examen des raisons ne fait pas pour des motifs évidents de brièveté partie de cette Note ; il résulte de ce constat que seul un mouvement d’opinion puissant , très majoritaire peut conduire à faire bouger les lignes . La suspension de l’Accord de coopération entre l’Union Européenne et l’Etat d’Israël devrait être à l’ordre du jour comme la reconnaissance sans détour par la France de l’Etat de Palestine . Tout ce qui nuit à un tel mouvement d’opinion ne peut que retarder , freiner des évolutions inéluctables . La terminologie « Antisionisme » est de celles qui constituent un obstacle au rassemblement le plus large sans lequel le conflit perdurera .
Il va sans dire , pour conclure , que tout l’exposé qui précède ruine sans appel toute tentative d’étendre le concept d’antisémitisme à celui d’ « antisionisme » . Mais le dernier terme est trop grevé de signifiants variés pour permettre que la masse de nos concitoyens(nes ) s’impliquent dans le mouvement d’opinion indispensable .
Note finale : la littérature consultée est beaucoup trop vaste pour être mentionnée ici . Beaucoup d’aspects plus ou moins importants ne sont pas mentionnés par choix explicite de l’auteur ; celui-ci n’appelle pas à l’indulgence mais considère que, en dépit du schématisme , ce qu’il écrit est conforme au déroulé historique et ne prête pas à un rejet de revers de main . 

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