LA CHARTE DE "FRANCE INSOUMISE" ET LE PCF

Quelques menus sujets de discussion.

 

LA CHARTE DE « FRANCE INSOUMISE » ET LE PCF

 

Sur le Blog de Jean-Luc Mélenchon on lit beaucoup de commentaires relatifs à cette Charte et au refus catégorique du PCF de la signer ; certains présentent cette Charte comme une « mesure de rétorsion » vis-à-vis de l’attitude prétendument dominatrice du PCF lors de la séquence électorale de 2012. D’autres en minimisent le contenu en faisant comme si la question du financement était la plus importante, à savoir que cette Charte précise qu’un reversement aurait lieu aux organisations, groupes ou autres ( ici le PCF )qui accepteraient la Charte  .

 

En réponse à quelques menues inquiétudes relatives à la présence de candidatures de FI face à des candidatures sortantes du PCF on lit que, soit c’est sans importance vu le petit nombre qu’ils représentent , soit « c’est une question de cohérence politique ».

 

On ne va pas dans ce billet commenter ces commentaires.

 

La Charte dit notamment :

 

a)«  Celles et ceux qui accepteront cette investiture s'engagent à : soutenir Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle ; faire campagne sur le même programme national : « L’avenir en commun » ; se rattacher à l'étiquette politique « La France insoumise » lors du dépôt de candidature afin de participer à la totalisation des voix au niveau national »

 

b) « respecter la discipline de vote du groupe lorsqu’une décision collective a été prise conformément au programme l'Avenir en commun »

 

 

 

Nous reviendrons in fine sur le § relatif au financement.

 

Les deux extraits qui précèdent et sont apparemment cachés à ceux et celles, qui soutenant FI, s’inquiètent néanmoins, sont suffisants pour expliquer à toute personne de bonne foi pourquoi le PCF ne peut souscrire de tels engagements.

 

On peut penser ce qu’on veut du programme – ou plutôt des idées directrices de «La France en Commun » qui est le document du PCF présenté de longue date mais le PCF a son programme politique et ne peut l’aliéner à d’autres ; par son vote ( le vote du PCF ) il soutient la candidature de Jean-Luc Mélenchon  au premier tour de la Présidentielle ; et il se bat sous ses couleurs , il faut s’y faire .

 

 Entre le programme national de France Insoumise et « France en commun » il y a des convergences et des différences ; élaboré en commun entre le PG et le PCF, le programme « l’Humain d’Abord » a servi en 2012 et rien n’excluait d’envisager sa réactualisation en commun entre le PCF et Jean Luc Mélenchon ; on peut parfaitement concevoir que ce dernier veuille présenter son propre programme politique, fait à sa main. Dans ce cas, on DOIT comprendre que le PCF ne considère pas comme allant de soi de s’y ranger.  Si une présentation commune n’est pas envisageable c’est exclusivement dû à la volonté de Jean-Luc Mélenchon de faire cavalier seul sans l’ombre d’une concertation préalable. Personne ne peut comprendre que les deux documents étant « proches », il serait impossible de les fusionner. Mais justement ils sont « proches » sur certains aspects et éloignés sur d’autres. Et Jean Luc Mélenchon le sait mieux que personne.

 

Le Paragraphe a ) cité de la Charte de France insoumise est donc inacceptable pour le PCF dans tout ce qui suit le soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

 

Le Paragraphe b) de la Charte ne l’est pas davantage ; les raisons en sont différentes ; les député(e)s et sénateurs (-trices) membres du groupe CRC FG à  l’Assemblée et au Sénat , en tout cas celles et ceux dont l’investiture est donnée par le PCF sont INVESTIS par celui-ci mais n’en reçoivent pas d’ordre quel qu’il soit . Une fois élus (es), ils et elles reçoivent leur mandat de leurs électrices et électeurs. C’est à elles et eux qu’ils et elles rendent des comptes. Compte tenu du lien étroit entre d’une part le PCF, ses élu(es) et les concitoyennes et concitoyens qui leur font confiance, la marge existe mais ne conduit en général pas à des écarts insupportables sur les questions essentielles. Le travail parlementaire est distinct de celui d’un parti politique quel qu’il soit. L’une des grandes forces du PCF est d’une part de prendre ses décisions en toute indépendance et d’autre part d’investir des candidates et candidats dans le MEME esprit ; les élus(es) investi(e)s par le PCF ne reçoivent pas d’ordre d’où qu’il vienne ; a fortiori ils et elles ne sauraient en recevoir sur la base d’un programme qui s’imposerait à eux alors même qu’ils n’auraient pas participé à son élaboration.

 

Aucune de ces considérations n’est mineure quoi qu’en disent certains commissaires politiques de France Insoumise. On n’épiloguera pas ici sur la raison des commentaires qui visent à faire de la signature de cette Charte un acte banal. Que des communistes aient décidé malgré tout de s’y soumettre est leur affaire. Ils et elles n’engagent pas le PCF.

 

Reste la question du financement ; elle ne se situe en rien que le même plan mais elle a son importance ; voici ce que dit la Charte : «se rattacher à l'association de financement « La France insoumise » lors du dépôt de candidature, ce qui inclut la possibilité d'accords de reversement entre cette association de financement et les candidats ou le groupement politique particulier qu’ils désigneront pour la première comme pour la seconde fraction du financement public »  

 

Le texte parle donc de la « possibilité d’accords de reversement » ….. La formulation laisse rêveur et nous n’ajouterons aucun commentaire.

 

On fait grand cas sur le Blog de Jean-Luc Mélenchon de la différence entre le vote de la Conférence nationale du PCF et celui du PCF. La « base » contre les « dirigeants » , vieille affaire. On a déjà dit ici ce qui détermine les communistes ; que celles et ceux qui spéculent, continuent à spéculer ; le PCF a une stratégie et s’y tient. Cette stratégie recueille la quasi-unanimité du PCF ; la décision relative à la présidentielle a fait débat et la seule chose à retenir de ce débat normal est qu’il y avait lieu de débattre et que la décision n’allait pas de soi justement en tenant compte de ladite stratégie.

 

Au terme de ce court billet, un détail, une paille, juste un problème minuscule ; avec ces façons, y a-t-il la moindre chance de parvenir à ce qu’une alternative de gauche franchisse le premier tour de l’élection présidentielle ? Rien dans le blog de Jean-Luc Mélenchon ne semble s’intéresser à cette menue inquiétude.

 

Pour les législatives la Charte est encore plus claire et fait de l’éventualité d’une majorité parlementaire acquise à la France Insoumise  une sorte de « projection raisonnable » qui découlerait de l’élection présidentielle ; discuter cet aspect me semble être de la perte de temps ; il ne peut y avoir de politique de gauche autrement que par un pacte gouvernemental rassemblant diverses forces à gauche et chez les écologistes ( je dis « Pacte » faute de mieux ) ; comme ce menu problème n’est pas évoqué chez Jean-Luc Mélenchon au moins pour le moment , c’est nécessairement qu’il y a chez lui un déni de réalité ou peut-être un objectif politique éloigné d’une telle configuration .

 

C’est là un « jeu » dangereux ; nos compatriotes veulent bien une politique de gauche et dans leur majorité attendent des choix qui tranchent avec ceux du quinquennat qui s’achève dans la honte et le désastre mais …ils veulent que ça marche ; ne pas prendre en considération cet élément ne peut que conduire à des déboires ; mais qui en fera les frais et pour combien de temps ?

 

Le PCF ne « joue » pas un remake d’un film de Lelouch ; s’il est hors de question de changer les choix faits pour la présidentielle (on se demande bien d’ailleurs pour aller où ? ) , il n’est pas plus question de rester indifférent au résultat de la Primaire socialiste. Si Valls en sort battu, ce que je souhaite, (on se demande comment certains soutiens de Jean Luc Mélenchon envisagent    avec faveur l’hypothèse inverse) , cela prouvera que cela bouge à gauche dans le bon sens ; alors s’ouvrirait une fenêtre de tir avec un possible à ce stade bien incertain mais qui oserait en bouder l’éventualité  ?

 

En tout état de cause le PCF est engagé pleinement dans une campagne autonome de soutien à Jean Luc Mélenchon ; le PCF a tout intérêt à ce que son score soit le plus élevé possible mais cela ne dépend pas que de lui ; de plus , il ne sera pas de ceux qui ferment les portes à tout accord à gauche pour une politique de gauche ; un tel accord serait de nature à prévenir les scénarii catastrophe entre un duel FN-Fillon ou un duel Macron- Fillon . 

 

Quant aux Législatives il n’est concevable par personne de sensé que des formations engagées sur le même candidat à la présidentielle s’opposent aux Législatives. Si la « France insoumise »    entend gagner des député(e)s et des sénateurs (trices ) ce qui est parfaitement légitime , espérer le faire en faisant tomber des sortants issus du PCF est un exercice vain et qui ne peut que nuire à des objectifs présumés communs. 

 

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