RETOUR SUR CONFLIT DU PROCHE ET MOYEN ORIENT (I)

A Nouveau sur Conflit du Proche et Moyen Orient (I)

A Nouveau sur Conflit du Proche et Moyen Orient (I)
Les mois d’ été peuvent être studieux …. Après quelques tentatives de commenter un ouvrage remarquable d’un historien nord-américain , juif , sioniste et progressiste ( a History of the Israeli Palestinian conflict ; Mark Tessler ) , tentative que je dus interrompre contre ma volonté , l’envol de celle qui fut le soleil de ma vie , me laisse un peu de temps et je découvris récemment un autre ouvrage traitant de la même question , celui-ci ( Le Mur de Fer ) de Avi Shlaim , historien israélien , juif , sioniste et progressiste ; chaque ouvrage comporte plus de 500 pages denses et tous deux sont d’une documentation sans défaut ; le second qui constitue une édition revue et complétée de sa première mouture est si possible encore plus fascinant que le premier ; il s’achève en 2014 alors que le premier se clôt en 2005 ; c’est déjà dire son intérêt .
Le monde actuel fait face à des dangers sans équivalent ; indépendamment de la question climatique , deux Etats sont aujourd’hui en recherche permanente d’aventures militaires qui peuvent dégénérer à tout moment : Les Etats Unis d’Amérique et Israël . Nul ne peut prédire où nous en serons dans la décennie et une catastrophe majeure n’est pas exclue ; dans ce cadre, la question de la Palestine joue un rôle essentiel ; revenir sur l’historique à la lumière de documents israéliens déclassifiés a un sens . Je dois dire immédiatement que l’ouvrage m’a conduit à une sérieuse révision de mes propres conceptions , on verra pourquoi, mais c’est l’aspect le moins important ; le continent « Histoire » est à jamais marqué des profondes vues des initiateurs de la pensée marxienne . Dans cette acception , l’Histoire ne relève pas d’abord du comportement , des volontés , des actes commis par tel ou tel individu aussi important qu’il puisse être . C’est largement vrai de ce qui va nous occuper avec un bémol sérieux . Dans l’ouvrage commenté ici , on lit à visage découvert les aspects les plus détaillés de la politique israélienne depuis son origine, et la surprise provient du fait patent que quelques individus le plus souvent d’une absolue médiocrité intellectuelle et d’un penchant manifeste pour les grands crimes impunis , ont pris les décisions qui se poursuivent aujourd’hui certes dans un contexte encore pire s’il est possible : la glissade vers l’Etat Sauvage est maintenant rapide ( de quelque nom qu’on l’affuble , dont on ne discutera pas ici la pertinence éventuelle) ; les principaux dirigeants d’Israël furent d’une rare médiocrité intellectuelle , à une ou deux exceptions près lesquelles d’ailleurs ne purent influer sur le cours des choses, mais ils ne purent être suspects de se rouler dans la fange d’affaires véreuses comme c’est devenu la règle aujourd’hui ; la connaissance de cet historique documenté met un terme définitif à la fable selon laquelle Israël serait une « démocratie » , la seule de surcroît au Proche Orient . C’est un truisme aujourd’hui, mais la légende ne tient pas dés la création de l’Etat d’Israël . On objectera que , en gros , c’est le cas de tous les Etats dits occidentaux même si certains traits nuancent l’accusation ; même réduite , il reste des traces importantes de démocratie à peu prés dans tous les Etats occidentaux ; les partis politiques y jouent un certain rôle ; les axes de leur politique ne sont pas complétement indépendants de l’opinion publique , on ne peut pas y faire tout et n’importe quoi . C’était aussi vrai dans une certaine mesure des Etats Unis avant Trump ; mais ce ne fut JAMAIS le cas en Israël , comme on le verra . Il n’existe pas à ma connaissance de terme approprié pour décrire une telle situation. Combien de temps celle-ci, qui dépasse toute limite concevable peut-elle durer ? Il n’existe pas de réponse à cette question ; on peut s’en tirer avec l’idée qu’il appartient au peuple israélien de s’en débrouiller mais chacun reconnaîtra que c’est une clause de style .
Tout ceci écrit en Préambule est-il de nature à changer fondamentalement l’idée que tout progressiste doit faire sienne relativement à l’existence d’Israël ? Malgré les révélations en question , ce n’est pas la conclusion que je tire ; il n’existe qu’une façon de sortir du chaos et de l’épouvante actuelle .Autant commencer par « les fins » à savoir cette citation ; l’auteur de ces Notes n’a plus de larmes mais elles lui vinrent aux yeux à la lecture .
«Au nom du peuple Palestinien , nous voulons nous adresser directement au peuple israélien , avec qui nous avons eu un échange prolongé de souffrance ; partageons l’espérance au contraire . Nous voulons vivre aux côtés l’un de l’autre , sur le territoire et la promesse de l’avenir . Le partage , cependant requiert deux partenaires qui veulent partager sur la base de l’égalité . Mutualité et réciprocité doivent se substituer à la domination et l’hostilité pour une véritable réconciliation et coexistence aux termes de la loi internationale .Votre sécurité et la nôtre sont mutuellement dépendantes comme sont entrelacés les peurs et les cauchemars de nos enfants « ( Conférence de Madrid 30/10 /1991) L’auteur de cette Déclaration était Abdel Shafi , chef de la délégation Palestinienne ; il faisait face à Yitzhak Shamir , l’homme du Gang Stern et connu à l’instar des Bourbons français comme l’homme qui « n’avait rien compris et rien appris » .

Prologue : L’Auteur commence par parcourir rapidement les débuts du mouvement sioniste ; ce qui le distingue des ouvrages du même type est l’importance donnée au courant « Sioniste Révisionniste » de Zeev Jabotinsky . C’est la conception même de celui qui donna naissance à l’Irgoun ,d’abord puis au « Gang Stern » , sur lesquels nous reviendrons, qui donne son titre à l’ouvrage sous examen ici . Nous avons souligné que son auteur était sioniste et progressiste ; bien que son parcours de 65 ans d’histoire israélienne soit généralement sans défaut , ma première critique est précisément d’accorder une importance démesurée au courant en question . En quelque sorte , c’est le rapport à ce courant qui sert d’instrument de mesure de la politique israélienne ; tout n’est pas fantaisie dans cette analyse mais l’Auteur s’y complait et donne du personnage une idée trop « sympathique » .Les thèses « du sionisme » , quelles que soient ses variétés allotropiques, peuvent se résumer ainsi : « le peuple juif exilé de sa Terre historique a le droit imprescriptible d’y revenir , par quelque moyen que ce soit » ; ces moyens divisèrent « le sionisme » mais pas l’objectif ;que tout soit faux dans ces Prémisses n’intéresse pas l’Auteur de l’ouvrage et même , à l’instar de son Collègue Mark Tessler, il y adhère très largement . Et si on part de telles prémisses , il n’est pas surprenant de contempler le désastre auquel elles ont conduit et conduisent ; partir de prémisses fausses de part en part et aboutir à un désastre devrait conduire usuellement à les remettre en cause ; ce n’est pas à l’évidence son intention ; il n’en est même pas à considérer que si les thèses de Jabotinsky se révèlent à l’usage inapplicables et conduisent aux contorsions de toute nature , c’est à l’évidence qu’elles sont viciées fondamentalement . Cela ne l’empêche nullement d’être à la recherche désespérée d’une alternative.
Ce qui suit , sans doute , pour des esprits éclairés , n’apportera rien qu’ils ne sachent, avec plus ou moins de détails ou d’exactitude . Aussi est-il utile d’en préciser l’objectif . L’auteur de ces Notes est français et communiste ; le fait qu’il se reconnaisse comme juif est ici parfaitement secondaire . Il a conscience au soir de sa vie de l’insondable méconnaissance rencontrée par lui dans les milieux progressistes les plus divers ; or cette méconnaissance nuit à l’expression d’un fort courant progressiste parmi nos compatriotes ; elle suffit pour les aspects déclaratifs et certains moments de solidarité mais elle est inopérante face à la machine de guerre idéologique de la propagande israélienne . C’est même pire : cette méconnaissance lui ouvre une autoroute .
Or , la France n’est pas n’importe quel Etat . Dés l’affaire Dreyfus , le débat à gauche entre J Guesde et J Jaurès fut tranché en faveur du second ; les positions défendues après l’avènement de De Gaulle sur l’arène internationale ont des conséquences et elles constituent des obligations qu’aucune évolution politique de ce pays ne put jusqu’à ce jour balayer . Ces positions durent tout au mouvement progressiste , anticolonialiste au sein duquel s’illustra le PCF et qui imposa au gouvernement français des positionnements que peut-être, il n’eût pas pris autrement ; elles sont aujourd’hui trop peu portées et de ce fait, courent un risque considérable . La France joue encore dans le monde et particulièrement au sein de l’UE- quoiqu’on pense de la chose et de sa crise latente- un rôle singulier et sa voix porte ; encore faut-il qu’elle soit portée et pas susurrée ; l’objectif de ces Notes est simplement d’y contribuer .
Il n’est pas possible de conserver même implicitement certains mythes ; c’est pourquoi l’ouvrage examiné ici est fondamental à mes yeux ; avoir en tête des arguments étayés , de surcroît par un israélien qui demeure sioniste en adhérent à l’ idée d’un « peuple juif exilé retournant à sa Terre d’origine » est des millions de fois plus important et efficace que dix proclamations pénétrées de bons ou moins bons « sentiments » .

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