PRESIDENTIELLE : ET SI ON PARLAIT SERIEUSEMENT ?

Le débat préparatoire au Congrès du PCF étant lancé , personne ne trouvera à redire à une contribution qui vise à participer à une réflexion collective et à rien d’autre .

PRESIDENTIELLE : ET SI ON PARLAIT SERIEUSEMENT ?

Le débat préparatoire au Congrès du PCF étant lancé , personne ne trouvera à redire à une contribution qui vise à participer à une réflexion collective et à rien d’autre .

Le 38° Congrès du PCF parle de «chercher à créer les conditions…. » ; cette formulation n’est pas l’équivalent d’une décision . Au-delà de cette remarque liminaire bien des questions sont à examiner pour mesurer ensemble les données d’une séquence politique aux contours pour le moment encore mouvants et dans lesquelles doit s’inscrire l’activité du PCF .

Il n’est pas pensable de le faire sur la base d’une vision défaitiste et pour le moins injuste vis-à-vis du corps militant et singulièrement des équipes qui ont emporté des victoires éclatantes dans trois grandes Villes au moins, en étant moi-même injuste vis-à-vis des Municipalités tenues ou reconquises par le PCF ; le résultat brut est contrasté et ne se prête aucunement à un bilan comptable ; faire cela n’est pas faire de la politique ; à Marseille , il est stupéfiant de minimiser un résultat où ce sont les efforts du PCF et de ses équipes qui ont joué et joueront un rôle central dans la suite , avec des élu(e)s assumant des responsabilités  politiques de premier plan ; Marseille , seconde ville de France va changer et sa population enfin connaître des choix impensables depuis des décennies ; il en est de même  à Strasbourg où il faut n’en rien connaître pour traiter le résultat avec mépris ; et ce même résultat dû à une démarche offensive , audacieuse , tournée vers les milieux populaires s’engrène sur celles qui ont trouvé place  dans des communes encore plus ouvrières et populaires voisines ; spectaculaire est l’entrée de conseillers municipaux communistes au cœur même de ce qui était considéré il y a peu  comme la chasse gardée d’un courant socialiste – centriste au fort parfum clérical et européiste ; quant à Paris , méprisons donc le fait que , dans une bataille très ouverte aux enjeux politiques immenses , la panthère sarkozyste y ait été battue et la place du PCF , de ses élus(es) confirmée ! . Il faudrait citer l’événement de Montreuil et de bien d’autres encore, on l’a dit.  

Même à Cannes , où le Maire sortant LR sans complexe a réuni 88% des votes au premier tour, il est parfaitement impensable de dire que ce résultat , certes loin de nos espérances , pourrait être dû à un « programme a minima » ; tous les efforts d’un rassemblement le plus large affiché à gauche et écologiste ont été déployés ; à partir d’un début de travail hautement collectif et citoyen ; il n’est pas indifférent qu’avec un accord unanime de tous les participants de la Liste « Cannes à vous »,  ce soit un communiste connu et reconnu qui ait porté la campagne et je ne dirais rien des forces qui malgré nos appels ont refusé cette campagne commune , sans autre bénéfice pour elles qu’une honteuse offre de service au Maire sortant sitôt le scrutin clos .     

Tout cela ne dissimule pas le taux record de l’abstention et ce qu’elle signifie de décrochage de « la chose publique » par les couches sociales les plus en difficulté .

Le positionnement du PCF dans la séquence présidentielle -législative qui s’annonce ne peut être que conquérant , offensif et créant partout l’espoir nécessaire du changement ; on ne voit pas qu’il puisse en aller ainsi si nous commençons par ignorer superbement ce qui , dans des conditions extraordinairement complexes a été atteint .

Conditions extraordinairement complexes qui se maintiennent à la veille de la séquence devant nous .

Les forces du capital : elles comprennent la Droite politique plus que jamais enfermée dans ses choix meurtriers , sociaux , économiques, sociétaux , culturels et politiques ; elles comprennent les forces qui se reconnaissent dans la politique actuelle  dont l’assise populaire reste stable mais vacillante et très minoritaire , elles comprennent évidemment le RN dont on ne peut sous- estimer le danger mais pas non plus en faire un épouvantail :le scrutin précédent l’écarte temporairement des « grandes espérances » ; elles comprennent une part des forces social démocrates et écologistes comme supplétifs de pis- aller ; aucune de ces forces n’a le vent en poupe ; ce ne sont pas les tentatives misérables à la Joffrin qui y changeront quoi que ce soit.

Pour ce qui concerne le PCF , existent dans le contexte d’une crise politique , sociale , sociétale , culturelle et environnementale sans aucun précédent historique , des possibles ; ce sont eux auxquels il faut consacrer toute notre capacité de réflexion avant toute décision.

Pour les examiner, je dis d’emblée que l’idée d’un faible pourcentage dû à une candidature communiste n’est pas mon point de départ ; si la chose devait se montrer politiquement impérative , il n’y aurait pas à tergiverser.

Mais considérer les possibles, demande de les explorer en détail ; le capitalisme n’a pas , en France , la faveur populaire ; c’est maintenant une constante depuis des années ; les forces du capital peuvent se satisfaire d’une large abstention populaire , mais même pour elles cette situation pose un probléme vital ; sans adhésion même minimale au sein de nos compatriotes , la crise multidimensionnelle ne peut que s’approfondir  créant une instabilité permanente intenable à terme ; la leçon du « coup Chirac » a porté ; on ne joue pas aux dés avec le peuple français . Mais créer de l’adhésion populaire est une gageure : on ne s’en tire pas avec le changement de style et ni les forces de la Macronie ni plus généralement celles pour lesquelles les règles du capital priment sur tout , n’ont quoi que ce soit en magasin .

De grandes réformes sociales recueillent depuis des mois avec constance la faveur largement majoritaire . On ne les énumère pas ce qui serait réducteur . En leur sein on retrouve l’écho direct de ce que porte de longue date le PCF , mais d’autres , individus et forces sociales et politiques s’en saisissent ; s’ajoute à cela une donnée que je persiste à considérer comme essentielle et dont on ne trouve pour le moment pas trace : dans les conditions d’aujourd’hui , aucune réforme de gauche ne peut éviter de s‘en prendre à la logique du capital . Ceci met le corps militant du PCF particulièrement à l’aise et pas du tout « à contre- courant » ; encore faut-il déployer une activité politique conforme à cette situation . Ladite activité exclut par avance toute attitude hégémonique ; pour créer la dynamique populaire sans laquelle rien n’est possible tout ce qui ressemble de prés ou de loin à l’idée du parti guide nous isole . Pour créer la dynamique populaire , il faut être entendu, créer de la sympathie   ; notre présence au cœur des luttes sociales est indispensable , c’est un marqueur du PCF mais ce n’est pas cette activité qui peut par elle-même conduire à la dynamique dont j’ai parlé précédemment .

Le détachement de larges secteurs de l’opinion populaire est un fait repéré par beaucoup d’entre nous ; y répondre c’est d’abord démultiplier ce qui a été initié dans les collectivités où cette question a été le centre même de notre stratégie . Convions à cet exercice toutes les forces disponibles , bien sur à gauche et écologistes, mais aussi et sans hiérarchie , des forces sociales , associatives , citoyennes , syndicales ….

On ne discuterait là pas seulement «  programme » même si c’en est par nécessité une part importante ; il n’est personne à gauche aujourd’hui qui ne sache que sans creuset populaire, il n’est pas de changement possible ; une telle mise en mouvement serait déterminante pour la suite et en particulier la pierre d’achoppement à savoir «  Qui ?  » au final ; pourquoi exclure a priori que dans un tel volcan politique mis en éruption ce soit l’idée qu’un- ou une  communiste soit le- la  candidat(e) le – la mieux à même de tirer   toute la campagne ? Nous n’y sommes pas,   mais en tout cas une telle conception est antipodale d’un décret pris dans des arcanes éloignées de la décision populaire ; si «travailler à créer les conditions de … » a ce sens , il ne peut faire de doute que le corps militant du PCF s’y engage avec enthousiasme . Pour diverses raisons qu’il n’est pas utile de développer ici , tel n’est pas le scénario le plus probable mais son intérêt est ailleurs ; dans tous les cas , cette effervescence dont le PCF serait un contributeur marqué et remarqué  , effervescence trouvant sa trace dans toutes les directions y compris «  au sommet «  ( catégorie dont notre lexique devrait se débarrasser une fois pour toutes ) , produirait à coup sur l’idée majoritaire «  Pas un jour de plus pour cette politique » , réintroduirait le PCF , non dans les mots mais dans les faits, comme partenaire politique incontournable à gauche , mettrait le PCF dans la situation la meilleure pour la séquence législative ;  c’est cela jouer la gagne et il est à espérer que le Congrès du PCF en donne enfin le signal sans aucune équivoque .  

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