LES DIEUX ONT SOIF (II)

Le fil du temps

Les Dieux ont soif (II)
La gorge nouée , Vadim raconta une fois de plus ; il ne comptait plus les occasions de « raconter » mais le plus souvent c’était des amis ; faire ça devant un Tribunal ….Chaque mot lui enfonçait le poignard dans le cœur .Cette question n’avait aucun sens . Comment Sonitchka pouvait-elle « aller » ? Depuis le diagnostic découvert presque par hasard où , alors que c’était d’habitude un torrent de paroles , d’anecdotes souvent cocasses et parfois tristes , soudain elle s’était mise à buter sur les mots . Vadim n’y prêta pas grande attention ; une certaine émotivité peut-être ; sa fille aînée lui mit la puce à l’oreille ; neurologues …. Marseille , la Timone ,une ville dans la Ville , rendez- vous de tous les drames , de toutes les misères ;dans un ascenseur une dame vêtue à l’orientale lui tint une conversation dans une langue qui eût donné le frisson à un membre de l’Académie française tellement c’était beau , pur , humain…Marine le Pen ne parle pas français ; il le lui dit ; ça lui fit plaisir … Trois examens et « je ne peux rien pour vous ». …c’était maîtrisable au début .Puis il y eut ce dernier voyage à Florence ; elle aimait tant les peintres du Quattrocento … Il s’y produisit l’incident qui lui démontra que c’était fini, une histoire à film comique si la tragédie ne s’y était pas nouée . Dorénavant Sonitchka ne serait plus qu’une sorte de présence . Il n’allait pas raconter ça au Tribunal . « Vous lui rendez visite ? » ; il hoqueta , raconta encore et encore ; il donna des détails . Le Tribunal sembla conclure « qu’il aimait sa femme » . Il se retint ; il n’avait pas besoin de ce type de certificat.
Expliquez à qui vous voudrez qu’il existe des Tribunaux en France pour « juger » de l’amour que vous portez .Il n’était pas en Appel pour ça . Dans la salle , une dame gris souris , attendait son heure ; la Juge demanda à Vadim si elle l’avait reçu . Deux fois ; elle n’avait rien écouté . Se tournant vers la dame gris souris elle lui donna la parole ; celle -ci d’un ton glacial débita son conte à dormir debout d’où résultait qu’ « elle ne payait pas ceci et cela, que l’amour de Mr Rusacher n’était pas le probléme » , débita des mensonges éhontés, que « Mr Rusacher montait facilement dans les tours » puis se tut après trois minutes . La Juge la toisa : « Pouvez-vous dire , Madame, que , hors d’ erreurs d’écriture, Mr Rusacher a lésé les intérêts de son épouse ?» . Un silence arctique répondit à l’unique question importante . Il fut décidé de reporter à trois mois .
Cela s’appelle une « Tutelle » . Pour frapper ainsi l’ange qu’était sa Sonitchka , Vadim s’était dit : « Les Dieux ont soif » mais il ne devina pas  à quel degré c’était vrai .

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