UNE NUIT SUR LE MONT CHAUVE (II)

Passablement éméchés après avoir descendu des bouteilles de Gaillac, et avoir discuté au bout de la nuit de la victoire éclatante qui se profilait à gauche, nous primes congé, mes amis et moi , puis, je rentrais et tentais de mettre de l’ordre dans mes idées :

 

Passablement éméchés après avoir descendu des bouteilles de Gaillac, et avoir discuté au bout de la nuit de la victoire éclatante qui se profilait à gauche, nous primes congé, mes amis et moi , puis, je rentrais et tentais de mettre de l’ordre dans mes idées :

 

Un de mes amis, maçon, après avoir entendu parler de plan A et de plan B se demandait pourquoi on s’arrêtait après les deux premières lettres de l’alphabet ; j’essayais mais vainement de lui vendre ce qu’un économiste distingué et atterré, soutien d’A. Montebourg puis de B. Hamon avait décliné sur Médiapart en disant que le Plan B était fait pour crédibiliser le plan A ; mais cela n’eut aucun succès. A dire vrai, avec la « force de dissuasion » ça avait fonctionné plus de 50 ans cette affaire, mais là, si le plan B devait être exécuté, bonsoir Madame, Boum. Dans notre cas, mettre un sabre de bois dans les reins de Mr Schäuble, ça ne crédibilisait rien du tout, et en Allemagne pays béni où, selon les propres termes de H Kohl, on descend à la cave pour rigoler, il y avait des chances pour que Mr Schäuble ne prenne même pas cette peine ; Tsipras le savait bien.   

 

Un autre de mes amis, technicien à Tricastin, se demandait comment il allait dire à ses 2000 collègues qu’après avoir sué sang et eau pendant des années pour faire en sorte que leur Centrale fournisse l’énergie électrique à toute une région , sans coupure, et ce en dépit des Lauvergeon et  autres gangsters du nucléaire qui s’ingéniaient à faire des économies imbéciles et dangereuses et trafiquer avec l’argent public  , ils allaient devoir faire en sorte que ladite Centrale meure pour de bon, et qu’il suffirait de transférer leur savoir-faire accumulé dans le démantèlement ;  j’essayais de lui vendre qu’au fond «  faire et défaire c’est toujours travailler » et que , comme disait un vaurien, « y a pas de sot métier …pourvu qu’on me paie » , mais ça ne marchait pas ; il me toisa en disant que comme « révolution citoyenne », on pouvait faire mieux .

 

Mais toutes ces questions étaient mineures somme toute devant la perspective grandiose d’une victoire de la gauche sans précédent.

 

C’est alors que soudain une question qui me glaça surgit dans mon esprit : comment allait-on pouvoir abroger la Loi el-Khomry si Mme Myriam el- Khomry était investie pour la députation? ;  on pouvait être certain qu’elle n’allait pas voter pour abroger son œuvre bien qu’elle ait dû s’engager à appliquer les engagements du Pacte gouvernemental de gauche qui venait d’être signé, justement pour être investie  ; les ennuis recommençaient ; comment avions nous pu ne pas voir que cette investiture  gâchait tout ; une fois élue , elle demanderait le Perchoir et alors, adieu, veaux, vaches ….

 

La fièvre me gagna ; aucune question n’était aussi grave que celle -là ; aucune affaire ne pouvait mettre en péril la victoire qui se profilait comme cette investiture maudite dont je ne vis aucun moyen de me défaire.  

 

Je tâchais de me convaincre qu’elle serait la seule à voter contre l’abrogation mais ça ne marcha pas ; j’avais la fièvre ; qu’allions nous faire, mais qu’allions nous faire dans cette galère ?

 

Je me replongeais dans la description homérique de la Guerre de Troie et la seule pensée que Mme El Khomry se transforme en cheval me fit dresser les cheveux sur la tête.

 

Alors, un violent coup de coude me réveilla et j’entendis la voix de mon aimée glapir : « Arrête de gesticuler comme ça ! Même pas en rêve elle sera élue, la Myriam ! ».

 

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