LA NAUSEE

Libres commentaires sur un épisode lugubre .

                                                                                              LA NAUSEE
De l’exercice présidentiel d’hier , le regretté et talentueux Robert Merle eût tiré sans nul doute un nouveau chapitre de « Fortune de France » , l’un des moins glorieux qui se puisse . Un simple regard rétrospectif et comparatif aux épisodes analogues du gaullisme provoque une sorte de dégoût .
La classe dirigeante française ne sait plus comment procéder à une « Restauration » dont par deux fois elle chercha la figure , la première avec Edouard Balladur , épisode en escarpins ,réplique nulle de « La Fête commence » , la seconde , hier .
A une seule timide exception , nous eûmes droit en direct au compte de gestion d’un syndic habillé en monarque devant sa Cour de féaux , pâmés et la larme à l’œil devant celui qui « fait le job » et entend poursuivre avec détermination.
L’exception fut celle d’une Journaliste à laquelle on devrait rendre hommage si la réponse du syndic n’avait pas semblé soudain calmer une colère légitime ; la France était un peuple de fainéants .
On n’a pas souvenir de pareille déchéance politique dans l’après- guerre.
On ne peut imaginer une seconde qu’un De Gaulle eût ainsi traité de la France ; le gaullisme tomba, comme on sait, poussé par deux forces gigantesques dont en Mai 1968, nul n’eût pu dire laquelle serait déterminante dans la suite . D’un côté , celle d’un Capital régénéré , avide , obsédé de retrouver sa place et décidé à liquider l’héritage de la Résistance , de l’autre celle d’un peuple cherchant à tâtons à le poursuivre dans des conditions nouvelles qui ne supportaient plus un paternalisme social devenu obsolète. Il demeure que l’idée de la Grande Nation puisant son message d’un immense passé restait encore présente au sein des représentations politiques du spectre le plus large. En quelques années, et singulièrement les deux dernières , tout cela fut jeté aux orties . En son lieu et place , à la faveur d’un effondrement idéologique et politique , sortit, par effraction, le visage défiguré d’un pays livré aux appétits du monde financier sans freins et sans limite .
Ce retour charriot sommaire , évidemment simpliste, qui , en dépit de l’apparence ne doit rien à la nostalgie, ne doit pas faire oublier qu’il s’est trouvé hier un personnage pour conclure un monologue apologétique sans contradicteurs , en puisant aux ressorts idéologiques les plus odieux de l’extrême droite s’agissant des « flux migratoires » .
On est tenté de penser que la boucle se referme si les vapeurs fétides des inspirateurs de cette politique, avaient, en quelque sorte trouvé là une acmé . Comme on le sait , hélas , le ventre est fécond . On n’a pas tout vu ni entendu .
Les soubresauts d’une société en gésine depuis des mois sont ainsi relégués au magasin des accessoires ; on continue , le cap est bon .
Comme d’autres , bien mieux que je ne saurais le faire , ne manqueront pas de s’attacher aux aspects factuels , je me contente de noter , ce n’est pas dépourvu d’importance, que hier , la Grande Nation a été enterrée sans fleurs ni couronnes : la déclinaison qui nous est livrée de notre pays puise au fond idéologique du thatchérisme le plus concentré ; « il n’existe rien qui s’appelle société » ; voilà dorénavant le frontispice de ce qui reste des Mairies et d’autres Etablissements publics .
Comme il est impossible de s’y tenir rigoureusement , on y ajoute la figure d’une « République » qui « n’est pas la somme des citoyens qui la composent » .
Nous ne tenterons pas de parcourir l’ensemble du discours ; rien ne manque à l’appel ; en lieu et place de la justice sociale , la compassion saint -simonienne , le mot a été prononcé . C’est là l’ « humain » que le personnage a découvert . 
L’ambition de la France en Europe et dans le monde a disparu . Le soir même , on pouvait apprendre les détails de la complicité de la France dans la tragédie du Rwanda et des terribles marques de la « pensée coloniale » ; depuis d’autres pages s’y sont ajoutées . Rien dans l’épisode d’hier ne laisse envisager qu’on sorte de l’abîme et la Palestine n’eût pas droit à un seul mot au moment même où un diplomate français qui n’est pas de gauche considère publiquement qu’Israël est un état d’apartheid consommé .
Poursuivre ainsi ce parcours ne peut que conduire à la désespérance la plus noire .Telle n’est pas ma trajectoire de pensée , mais d’évidence , la marche sera longue et difficile : tout , absolument tout, devrait appeler à sortir des postures , des pensées courtes , du bégaiement . Nous n’y sommes pas .

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