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Billet de blog 29 avril 2014

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Cambadélis et ses "innovations politiques"

Avant de devenir ENFIN premier secrétaire du PS, Jean-Christophe  Cambadélis publia en Octobre 2012 un fort ouvrage appelé «  La troisième Gauche » ; le livre mérite le détour et la visite ; c’est ce  que nous allons faire ici avec soin ; mais auparavant il faut impérativement citer son propos alors qu’il est maintenant à la tête d’un Parti dont le moins qu’on puisse dire est qu’il est secoué

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Avant de devenir ENFIN premier secrétaire du PS, Jean-Christophe  Cambadélis publia en Octobre 2012 un fort ouvrage appelé «  La troisième Gauche » ; le livre mérite le détour et la visite ; c’est ce  que nous allons faire ici avec soin ; mais auparavant il faut impérativement citer son propos alors qu’il est maintenant à la tête d’un Parti dont le moins qu’on puisse dire est qu’il est secoué

Cambadélis et ses « innovations politiques »

PARTIE I

Avant de devenir ENFIN premier secrétaire du PS, Jean-Christophe  Cambadélis publia en Octobre 2012 un fort ouvrage appelé «  La troisième Gauche » ; le livre mérite le détour et la visite ; c’est ce  que nous allons faire ici avec soin ; mais auparavant il faut impérativement citer son propos alors qu’il est maintenant à la tête d’un Parti dont le moins qu’on puisse dire est qu’il est secoué  ……….

« Si c’est une fronde, il faut savoir terminer une fronde » ; Cambadélis aime les traits « facétieux », comme il dit ; n’est quand même pas Maurice Thorez qui veut ; « savoir terminer une grève LORSQUE SATISFACTION a été OBTENUE », n’a pas tout à fait le même sens …….mais en outre, il faut avoir sa « facétie » à l’esprit en lisant son ouvrage.

D’un travail comme celui-là qui se donne une semblable ambition, non pas celle d’une éventuelle contribution, mais d’une volonté assumée de couvrir SEUL tout le champ politique, il faut s’attendre à une lecture à plusieurs entrées, non linéaire c’est-à-dire qui ne soit pas la lecture au fil de l’ouvrage.

I Les larmes et la raison d’État

Cambadélis nous offre la vision de ce qu’il appelle une « société décente » ; c’est une bien étrange terminologie. Elle souligne néanmoins qu’apparemment, dès le départ, Cambadélis juge que la société actuelle ne l’est pas ; on le suivra sans difficulté sur CE point.

Le livre, on l’a dit, a été publié en Octobre 2012, c’est 5 mois à peine après la nomination du premier gouvernement Hollande, 2 mois avant Florange, qui, on s’en doute n’est pas évoqué.

Le livre commence avec des pleurs ; les constats relatifs à une société fracassée par le capitalisme – on note ici que Cambadélis n’est pas fanatique du mot mais l’emploie de temps à autre, on verra comment plus loin – sont ……… ce qu’ils doivent être ; c’est très émouvant, en tout cas, c’est l’objectif. On ne fait pas pleurer Margot, ce ne serait pas conforme au projet d’une « société décente », mais il y a toutes les raisons de s’indigner et Cambadélis  se réclame de cette capacité d’indignation qui semble chez lui intacte. Tout y passe : les inégalités sociales insupportables, le chômage de longue durée, cancer installé, les destructions et les menaces environnementales, la spéculation effrénée, le racisme, l’homophobie, les violences faites aux femmes, que manque-t-il ?

D’un coup, quelques pages plus loin, le ton change.

De François Mitterrand    à François Hollande en passant par Lionel Jospin, Ségolène  Royal et déjà  Manuel Valls  il y a devant nous la réalisation du dessein ; ni discontinuité ,ni changement d’orientation ,ni a fortiori rupture. (ni le mot  « capitalisme » ni ceux que Cambadélis nomme les « rupturistes » , n’ont de grâce à ses yeux)  ) 

Défaites après défaites n’y changeront rien .Pas une question, pas un doute, pas de remise en cause  même à la marge. Les certitudes des convertis sont impressionnantes.

 Les tables de la Loi sont écrites et les prophètes l’appliquent avec détermination ; il y a ce discours du Bourget ; mais le public d’alors ne disposait pas de l’explication de texte. Le Prophète nous la livre : notre adversaire c’est la finance ; bon début. Cela, nous dit –il, signifie que l’alliance avec le capitalisme industriel est pour la gauche une nécessité pour combattre l’hydre financière. On en reste coi.

Quelque part l’auteur cite Machiavel, mais ce serait  faire trop d’honneur au premier  que de se référer au second,  penseur profond pour lequel à son époque « le Souverain » c’est le peuple, pour comprendre Cambadélis.

On peut penser que dès que ces pages sont parcourues, la messe est dite. Mais si on ne CITE pas, on croit qu’il y a là la volonté obsessionnelle   de dénigrer gratuitement.

« Ce n’est pas par calcul ou par malignité que la gauche a accepté de laisser fermer les entreprises ou d’entamer le pouvoir d’achat des Français. C’est par lucidité. Refuser ces évolutions et c’en aurait été fait de la perspective d’une gestion régulière du pays par la gauche. »

Cet extrait n’est évidemment pas de JC Cambadélis ; écrit en 1985, il comporte, sous le titre « La gauche bouge » (une fois de plus ‼), François Hollande sous pseudonyme, Jean-Pierre Jouyet – déjà !- et Jean-Yves Le Drian pour ne citer que les noms les plus connus.

On n’ose imaginer que JC Cambadélis ne connaît pas ce texte ; ce serait lui faire injure.

Regardons maintenant ce qu’il écrit DANS LE TEXTE :

« Je partage en ce domaine la pensée de Hannah Arendt qui fait le rapprochement entre la capacité  politique de réaction aux aléas du destin, la vertu de Machiavel et la virtuosité …… les anciens Grecs comparaient l’activité politique avec le jeu de la flûte , la récitation ou la navigation . Cet art d’ « exécution » François Hollande le maîtrise  au plus haut point » ( p 14 Op cité )

« Je n’ai jamais aimé, en revanche, cette formule de François Mitterrand à qui l’on posait la question : «  Quelle est la plus grande qualité d’un homme politique ? » « L’indifférence »... Derrière le calcul politique, il doit rester une grande capacité d’indignation sinon le cynisme n’est pas loin » ( P44 Op cité)

Prenons la mesure de tout ceci avec le Chapitre III intitulé « Le dessein » :

Passant en revue les grands ancêtres et commençant par une génuflexion devant Jaurès lequel selon lui entend «  pousser le plus loin possible la République pour qu’elle fusionne avec la question sociale » - ce qui est pour le moins un raccourci saisissant, l’a-t-il lu ?- , il poursuit «  Léon Blum voulait que la gauche distingue la conquête de la gestion du pouvoir ( La Conquête et l’EXERCICE pas la « gestion » Mr Cambadélis , respectez au moins les vôtres !) » , Pierre Mendés France souhaitait que celle –ci ne s’exonère pas de la vérité . François Mitterrand pensait rompre avec le système capitaliste puis chercha à inscrire la gauche dans la durée, convaincu que cela permettrait d’autres victoires et d’autres avancées. Michel Rocard chercha à concilier la gauche et l’économie tout en ouvrant le socialisme sur la société civile . Lionel Jospin , lui , voulut démontrer que l’on pouvait être réformiste de gauche dans la mondialisation rétablissant une éthique du dire et du faire ( « L’Etat ne peut pas tout » en est sans doute l’illustration ; ce fut Vilvoorde). François Hollande est l’aboutissement de ce cheminement. »

Retenons pour le moment ceci : la conclusion ne soulève pas de question ; elle est juste et confirme qu’au PS, la continuité de pensée est totale. Jaurès échappe évidemment à ce verdict terrible ; on verra ceci plus loin.

Un instant s’il vous plaît ! Où donc,  chez Mendés France, chez Mitterrand ( ‼ ‼ ) , chez Jospin et à plus forte raison chez François Hollande , ce « maître de l’art d’exécution » «  la grande capacité d’indignation » ? ; On la cherche ; pour le cynisme on le trouve.

Les pages se suivent , on l’a dit, mais leur tonalité change drastiquement d’un chapitre à l’autre , voire d’une page à l’autre . On se demande si JC Cambadélis s’en rend compte mais à vrai dire un peu de réflexion conduisent à ceci : le Chapitre III suit le Chapitre II ……. Or , dans le chapitre II l’éloge de Cambadélis  pour les MILITANTS ( ce n’est JAMAIS FEMINISE chez lui ) du PS est dithyrambique, on y reviendra . C’est là qu’on trouve le passage sur le cynisme et on le conçoit ;une fois cela fait , hommage à la vertu , il FAUT à tout prix réhabiliter aux yeux des militants TOUT l’HERITAGE , en montrer la cohérence et si faire se peut réinstiller l’idée  que l’on peut être somme toute FIER d’appartenir au PS ; chapeau l’artiste !  

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