Sur un nouveau texte alternatif au Projet de Base Commune.

On discute ici sommairement certains aspects d'un second texte à pretention alternative .

Sur un nouveau texte alternatif au Projet de Base Commune.
En guise de prologue
« Je ne peux m’empêcher de rappeler à ce point que Vladimir Lénine , l’éminent révolutionnaire Russe se distraya lui-même en écrivant un essai philosophique ( c’était à un moment où le mouvement révolutionnaire était sur son déclin , et Lénine n’ était pas si occupé par son travail essentiel ) .Je le lus et je dois dire que cet ouvrage n’était pas si stupide . Parmi d’autres idées , il écrivit là que « l’électron est aussi inépuisable que l’atome » . Il pourrait bien avoir raison à ce sujet . Il est malheureux que cet homme n’ait pas choisi une voie moins violente dans la vie Il aurait pu devenir un bon Physicien » (Théorie Quantique des Champs Digestible par Andrei Smilga , edts Springer. 2015 p 168 )
« Il serait évidemment fort commode de faire l’histoire si l’on ne devait engager la lutte qu’avec des chances infailliblement favorables » (Seconde Lettre de Karl Marx à Kugelman)

Notes préalables :
a) Les auteurs du texte alternatif dont il va s’agir veulent que leur texte soit pris pour ce qu’il est ; nous ne chercherons donc pas à y discerner ( ce qui eût été pensable s’il s’était agi d’une Contribution au Projet de Base commune ) ce qui serait intégrable ; ce serait très peu approprié vis-à-vis des auteurs . Nous nous concentrerons par conséquent sur ce qui en fait une prétendue alternative politique.
b) Récemment, une nouvelle forme d’écriture a vu le jour pour marquer le refus de la domination masculine dans les textes écrits . Les Anglo- Saxons ont de l’avance, ce n’est pas coutume ; il est vrai que leur langue s’y prête mieux ; il y a beau temps qu’ils écrivent « the reader …she will … » . Nous avons pris le parti de faire comme eux : nous féminisons les références aux lecteurs en écrivant : « les lectrices…. Nos concitoyennes ….etc.. » . Il est à peine besoin de souligner que les auteurs du texte alternatif tout en manifestant leur intérêt pour le féminisme et ses implications ne font ni l’un ni l’autre.

Le Corps du délit :
Le texte commence par une sorte de mise en bouche et d’elle, nous ne parlerons pas immédiatement. On verra pourquoi. Les Auteures visiblement n’ont pas lu les 22 premières théses du Projet de Base commune. Si elles s’y étaient livrées, elles n’écriraient pas : ( le Projet de base commune ) … « ne permet (pas ) d'analyser précisément la situation du monde et celle de notre parti ». On notera ici la mise sur le même plan de l’état du monde et de celui du PCF. Ne nous attardons pas à ce détail dont on espère qu’il est rédactionnel ; que nous dit le texte alternatif de l’Etat du Monde ? Rien qu’on ne sache si on s’en tient au descriptif ; des auteures, on aurait attendu de grands développements sur la crise systémique ; en dehors de prédictions qui n’apportent rien qu’on ne sache , en dehors du fait lui aussi connu du PCF qu’elles insistent sur des développements à venir, développements catastrophiques bien plus graves que ceux qui se sont déjà manifestés, on n’y trouve rien d’essentiel ; le Projet de base commune quant à lui dans ses 22 thèses affirme que le moment historique présent est celui où le capitalisme a épuisé sa force propulsive , n’est plus en mesure d’affronter et de résoudre les défis qui sont ceux de l’Humanité , de sa perpétuation , laquelle est aujourd’hui menacée par des dangers qui vont au-delà de l’utilisation de l’arme nucléaire et où dans le même temps sont mûres , de façon diverse et inégale , sur toute la planète , les conditions qui permettent d’envisager un horizon nouveau pour l’Humanité , celui du communisme en tant que tâche politique concrète . Ce résumé est d’ailleurs beaucoup trop sommaire pour prétendre être un substitut à la lecture EFFECTIVE du document approuvé par le CN. Néanmoins il donne à voir en quoi ce texte est radicalement neuf dans sa trajectoire de pensée. On n’aurait pas pu l’écrire il y a cinq ans de cette façon : les entrelacs des immenses contradictions insolubles dans le cadre du maintien du capitalisme n’étaient alors qu’en germe. La critique contenue dans le texte alternatif dont la comparaison avec le Projet de base commune sur le plan de l’analyse donne un étrange sentiment de fadeur , tombe aussitôt. On se gardera d’interpréter fallacieusement ce qui précède : les auteures s’emploient à tenter d’aller au-delà de ce qu’écrit le Projet de base commune mais force est de constater qu’elles sont loin d’y parvenir avec cette clarté : l’accumulation des descriptions ne saurait tenir lieu d’une THESE MAJEURE sur le développement ou la possible régression voire la disparition du genre humain. D’autre part malgré ces 22 thèses fondamentales le Projet de base commune est largement perfectible mais ces 22 thèses sont essentielles pour fonder la démarche qui en découle ; on a déjà mentionné le fait que si le lien entre ces 22 Thèses fondamentales et la démarche est fort, lui donne cohérence, il n’est pas de la nature d’une déduction mathématique et de ce fait il y a place pour le débat politique .
Nos Auteures parlent du communisme comme de « l’objectif ET du chemin » ; même accompagnée de citations de Karl Marx , le rédacteur a beau tourner l’expression en tout sens il ne la comprend pas . S’il s’agit de ne pas rejeter le communisme dans un horizon inatteignable, il ne paraît pas envisageable d’en faire LE chemin qui y conduit ni même « un chemin » .
Tout ce qui précède n’est que hors d’œuvre. Les Auteures , en dépit de leur volonté de penser « monde » font essentiellement du franco- français..( il n’y a qu’à les lire pour s’en convaincre ).Ce n’est pas la seule étrangeté de ce document .
Parmi elles signalons : « Ces erreurs ont un lien avec le doute qui s'est installé sur le communisme après la disparition de l'URSS, semblant consacrer un triomphe définitif du capitalisme. Les enseignements de cette tentative de révolution qui a ébranlé le monde mais a finalement été défaite, continuent de susciter des débats importants dans le mouvement communiste. Ce qui est certain, c'est que la disparition de l'URSS nous plaçait, dans les années 90, au défi d'une analyse approfondie et du choix d'une novation communiste. » Il y a déjà là de quoi tousser mais allons plus loin dans le texte « Après la chute du mur de Berlin et l'échec de l'expérience soviétique, avoir cru qu'il suffisait d'affirmer l'histoire propre du communisme français pour se dégager des conséquences de cet échec était une erreur : un bilan communiste de ce qu'a représenté l'Union soviétique est indispensable pour sortir de la diabolisation construite contre nous par les porte-voix du capital et poursuivre avec ténacité le développement de notre projet original autogestionnaire vers un communisme de notre temps. » On craint ici de comprendre de quoi il s’agit ; le rédacteur est féru de culture soviétique tant scientifique que littéraire, musicale, cinématographique ; on ne saurait lui reprocher de ne pas savoir de quoi il parle ; « sortir de la diabolisation construite contre nous par un bilan communiste de ce qu’a représenté l’Union Soviétique » , on se pince en lisant ces lignes . On n’ose pas penser au retour de l’expression « bilan globalement positif » …. Cela ne peut pas être la pensée des auteures même si elles eussent bien fait de le dire ; de quel « bilan communiste » parlent-elles alors ? De ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ? Mais où est le bébé et où l’eau du bain ?
Entendons-nous bien : les peuples soviétiques ont soutenu dans un héroïsme continu et sans exemple historique leur terre et les conquêtes de la révolution d’Octobre pendant plusieurs décennies. S’incliner devant leur mémoire ne suffit pas .Ces millions de soviétiques n’ont pas combattu pour le régime tel qu’il s’est transformé au cours du temps ; les alertes n’avaient pas manqué ; Vladimir Ilitch Lénine eut l’occasion d’écrire , parlant du prolétariat mondial : « il comprendra la cruauté , la barbarie , l’arriération dans lesquelles nous avons commencé ; il comprendra et il pardonnera » ; je ne prétends pas au verbatim , je n’ai pas l’œuvre sous les yeux ; et le prolétariat mondial a compris et pardonné jusqu’au moment où il cessa absolument de comprendre ce qui n’était plus compréhensible ; pour les générations de l’après- guerre le systéme était devenu repoussant . Un ami d’origine hongroise, grand mathématicien, qui émigra aux Etats Unis en 1956 et qui ne voyait pas l’occupation ouverte ou camouflée soviétique d’un œil favorable m’écrivit « Jusque dans les années 1960, on pouvait ne pas aimer la politique soviétique mais au moins on pouvait comprendre ; après ce n’était plus possible »
L’histoire au sens le plus large de ces années de soviétisme si on me permet cette expression restera à jamais une question chaude. Elle n’appartient pas aux communistes et encore moins au PCF mais à l’humanité toute entière.
Il n’y a aucun « bilan communiste » à tirer de cette tragédie héroïque. S’incliner devant la mémoire de ces générations ne suffit pas ; ce n’est même pas un commencement d’hommage ; cet héroïsme sans mesure exige une toute autre attitude qu’un « bilan communiste » a fortiori français. Leur mémoire demande de reprendre la marche autrement, vraiment autrement ; le PCF peut y prendre une part modeste. Mais même modeste, ce serait immensément productif.
Penser qu’un « bilan communiste » de cette période « nous sortirait de la diabolisation etc… » est une vue de l’esprit ; pour au moins deux raisons ; en dépit de toutes les piqûres de rappel et chaque mois au moins en produit une , par exemple ce qu’inventa la RDA vis-à-vis des enfants de parents « dissidents » ou identifiés comme tels , rien n’efface l’horreur absolue de tout régime fasciste et on n’est pas au bout de l’exploration comme on vient de le voir avec l’exemple espagnol ; rien n’efface, ni n’effacera le fait que le fascisme , s’il prit pour cible l’URSS, fut avant toute chose une réponse du capital à sa propre crise ; il n’existe pas au sein de la majorité du peuple français l’idée selon laquelle le fascisme fut la conséquence d’Octobre ; aucune diabolisation n’y pourra rien . Tout le monde sait que l’anéantissement du fascisme hitlérien ne fut pas l’œuvre primordiale des « Alliés » au premier rang desquels les Etats Unis d’Amérique ; la capitulation nazie fut signée à Berlin devant un Maréchal Soviétique et contresignée ensuite ailleurs par des Gradés des « Forces Alliées occidentales » . Même les forces réactionnaires françaises ont un probléme avec une transfiguration qui cependant fait leur affaire. Même ces forces aujourd’hui sont tenues de saluer la Résistance et celles et ceux qui y furent en première ligne. C’est la première raison mais pas la plus importante ; nos compatriotes ne sont pas , le soir , après le travail ou après l’annonce de leur licenciement obsédés de l’idée d’un « bilan communiste » de la période soviétique ; ce n’est pas qu’ils et elles s’en moquent comme d’une guigne ; les échecs de cette nature ne les laissent pas indifférents mais ce n’est pas ce qui les obsèdent ; c’est à ces obsessions qu’il revient d’abord au PCF de contribuer à apporter réponse en tant que formation politique .CONTRIBUER ET NON PRETENDRE DETENIR LA SOLUTION. Mais c’est anticiper sur la suite .
Les étrangetés du texte se poursuivent :« La Chine, immense pays en état de contester le leadership mondial des États-Unis, mérite une analyse conséquente et sans a priori, d'autant qu'il est dirigé par un parti communiste se réclamant du marxisme. « ; il y a beau temps que le PCF ne rejette pas la Chine dans la nuit comme on ferait d’un cadavre honteux ; mais ce n’est pas de cela qu’il est question ; je ne veux pas me livrer à des hypothèses à savoir la totale ignorance des auteures des deux magistrales biographies jumelles l’une de Maozedong, l’autre de Tchang-Kaï chek ; écrites par un sinologue français Alain Roux lequel n’a pas « quitté le PCF » mais fait partie de celles et ceux « que le PCF a quittés » ; quant au marxisme (auquel je ne connais pas grand’chose sinon qu’aujourd’hui parler « DU MARXISME » est vraiment un retour charriot) , il n’est pas permis de douter de ses connaissances approfondies de la question .Que le PCF ne jette pas aux orties le peuple chinois et ses tragédies multiformes est une chose, mais parler du PCC comme d’un parti se réclamant du marxisme est simplement se moquer du monde . Autre chose est de voir qu’au travers de tourments innombrables la Chine cherche à s’extraire de quelque modèle que ce soit et rien n’y est joué pas davantage que dans notre pays ou dans l’Union Européenne. Rien n’y est joué mais l’expérience de rencontres importantes avec des représentants du gouvernement chinois et du PCC à l’initiative du PCF montre que le chemin est fort complexe pour dire les choses de façon mesurée. Ce n’est en tout cas pas en s’adossant au PCC qu’il y a la moindre chance de trouver des réponses nouvelles, ni pour notre pays , ni pour l’Union Européenne , ni pour le monde . Ecrire comme le font les auteures à ce sujet fait irrésistiblement penser qu’il y a de beaux restes de la nostalgie pour de « grands exemples » ; à défaut de grives ….

On pourrait à loisir s’étendre sur l’insistance des auteures sur « l’entreprise » dont elles font l’alpha et l’oméga . La première phase de bolchévisation passa par là et globalement c’était juste. Nos auteures considérent que si « le travail politique à l’entreprise « est reconnu comme essentiel dans nos textes , et si celui-ci n’est pas couronné de succès c’est simplement qu’il manque la volonté politique …. On ne reproduira pas ce qu’elles écrivent qui reprend sans y changer une virgule les principes de la première phase de bolchévisation du PCF .Sans y changer une virgule ? Et si le monde avait changé du tout au tout ?
Qui peut nier que la politique du MEDEF s’y exprime ( à l’entreprise ) avec toute latitude ? Qui peut oser se dire communiste sans voir que c’est à l’entreprise que nait ou peut naître la conscience de classe ? On ne trouvera rien dans le texte alternatif qui nous éclaire si peu que ce soit sur les contradictions nouvelles induites par les changements technologiques , les rapports complexes entre l’encadrement et l’ensemble du collectif de travail salarié, la mondialisation capitaliste et ses effets etc ; la génuflexion devant la révolution informationnelle n’apporte ici aucune lumiére … ; au-delà des évidences , on ne s’interroge ni sur l’expérience passée qui a beaucoup à nous dire et en particulier que en dépit d’affirmations réitérées , si l’implantation communiste à l’entreprise est chose difficile , bien plus que dans le passé , ce n’est pas d’abord la répression syndicale et politique qui en est cause . L’expérience passée comporte aussi d’autres leçons ; elle a conduit à des luttes spectaculaires, les a boostées en les arrimant aux luttes revendicatives et a produit de nombreux contre effets inattendus. Nous ne les détaillerons pas ici. En tout cas, il est absolument réducteur aujourd’hui de voir la politique du PCF comme dépendant centralement du « travail politique à l’entreprise » . C’est réducteur et mystificateur dussé - je être brulé en place de grève pour des propos aussi iconoclastes. La guerre idéologique est partout. Il n’existe plus de « lieu central » . Les auteures notent la mondialisation capitaliste et ses effets mais relativement à l’objet de ce paragraphe n’en tirent aucune conséquence . Soyons clairs ; il est possible que telle ou telle « entreprise » se prête à une présence communiste en son sein . Cela ne peut venir que du collectif salarié lui-même ; lorsque c’est le cas, ne pas le faire est imbécile . L’idée de compétitivité a envahi le monde salarié ; que cela plaise ou non. Cette idée très contradictoire est travaillée comme jamais par les forces du capital ; tout ce qui dès lors peut apparaître comme facteur qui influence négativement ladite compétitivité est ressentie comme nuisible ; il en va ainsi de la présence du PCF au sein de l’entreprise où le patronat n’est plus seul à la combattre. La pression sur le maintien de l’emploi au travers de la compétitivité est phénoménale. Il existe encore beaucoup d’autres butoirs ; aucun n’est réellement examiné par ce texte qui s’en tient pour ce sujet à des proclamations répétitives sans aucune prise sur le monde réel.
Au chapître des perles on trouve : « Ouvrons le débat sur ce que peut être une société qui se dégage de sa domination mais ne l’a pas encore dépassée pour l'abolir vraiment, une société qui construit sa transition socialiste vers une civilisation supérieure, le communisme. » ; nous voulions ne pas être exagérément cruels mais dans ce passage réapparaît sans qu’on en ait l’air la « théorie des stades « de….Staline .
La façon dont nos concitoyennes font de la politique – et elles en font – a changé . Mesurer ces changements n’est pas renoncer. Les salariées font beaucoup de politique ; à LEUR façon ; à la cantine quand elle existe , au café , en famille au sens restreint ou non , au camping mais le plus souvent en petits groupes de collègues qui se connaissent et s’apprécient . Et si on allait à l’école ? A LEUR ECOLE ?
On pourrait encore beaucoup développer mais ce n’est pas sur cet aspect quoiqu’on pense, que gît le lièvre de ce texte à vocation alternative.
On y vient à présent : commençons brièvement par la question de l’Union Européenne ; les auteures le disent : sur les constats il y a accord général même si , autre étrangeté , elles écrivent « Des camarades pensent qu'on ne peut pas la transformer et qu'il faut affirmer le droit pour chaque nation de désobéir aux traités jusqu'à sortir de l'Union européenne si nécessaire pour respecter la souveraineté populaire. Ils considèrent qu'il faut rendre caduques les institutions européennes, afin de construire un autre modèle de coopération en Europe et dans le monde, libéré des outils institutionnels que se sont donnés les fondateurs de l'Union européenne faite par et pour le capital. La nation reste pour eux le terrain privilégié de la lutte des classes. » ; que pensent les auteures de ces « pensées » ???On aimerait savoir mais on n’en saura rien . Par contre, plus loin elles écrivent » Les élections européennes de 2019 portent sur des enjeux majeurs et sont une étape de la recomposition politique en cours. L'enfermement du débat dans la
fausse alternative « pour ou contre l'Europe » est mortifère pour nos combats de classe. Un nouvel effacement du parti et de ses idées au nom du rassemblement derrière une possible tête de liste issue d'une autre formation politique aurait de graves conséquences aux élections municipales. Menons la bataille sur nos idées et construisons une liste de large rassemblement initiée et conduite par le PCF. »
Nous y voilà. Tout commentaire semble inutile ; d’abord mais c’est un point secondaire on ne voit pas du tout les graves conséquences d’une possible tête de liste issue d’une autre formation politique ( on ne sait pas à qui elles pensent ) , pour les ….élections municipales . Craignons, c’est offensif. Le PCF a désigné un chef de file de ses candidates ; il prend toutes les initiatives pour une liste de rassemblement avec toutes les forces disponibles ; ne pas le faire c’est être stérile ; y parviendra t-il ? Ce n’est pas sur ; s’il n’y parvient pas et si les forces de gauche se présentent divisées , le résultat prévisible est une fois encore catastrophique mais je rassure les auteures ; dans tous les cas les candidates du PCF vont faire un tabac .
Commenter ce passage nous limite : les désaccords fondamentaux proviennent pour une petite part de ce qui précède mais avant tout d’une conception du rassemblement à opérer .Cette conception est introduite par une lecture surréaliste des successions d’ »échecs » du PCF – sans que jamais la période Hue ne soit même mentionnée - : l’analyse produite ici est lumineuse ; ces « échecs » ont une cause unique , commune : celle de l’effacement volontaire du PCF comme formation politique indépendante .
Elles écrivent : » 2007 : notre immersion dans les "comités anti-libéraux", alors que nous aurions dû prendre l'étendard du rassemblement avec nos propositions de fond dès le lendemain du référendum de 2005, débouche sur un nouvel effondrement de notre résultat à la présidentielle. »
Nous n’avons décidément pas vécu sur la même planéte . Tout le corps militant du PCF voulait une telle initiative ; il fallut nombre de rappels que ces Collectifs n’avaient PAS vocation à devenir une nouvelle organisation politique ; la bataille à cet égard fit rage en maints endroits. Où était l’effacement volontaire ? Les tentatives d’une base d’accord politique furent balbutiantes et la désignation d’une candidate commune échoua non pas à CAUSE d’un effacement prétendu mais à cause de l’inverse comme chacun sait , à savoir que Marie George Buffet présenta sa candidature et se trouva confrontée à un hourvari de protestations indignées ; il est parfaitement malhonnête de décrire les choses comme le fait ce texte . Quant au score très dur , le réduire à une cause unique est une absurdité ; l’effet de l’effondrement de l’URSS était encore frais et le capital n’avait pas encore exhalé ses relents pestilentiels comme aujourd’hui ; l’antilibéralisme oui , le dépassement du capitalisme non.
On peut poursuivre mais les auteures se livrent avec délectation à cet exercice et le font avec un sens de la compréhension des choses qui laisse pantois. Le Front de gauche fut une seconde tentative. Due au PCF ; elle échoua à nouveau encore moins suite à « une cause unique » et encore bien moins à la volonté d’effacement du PCF ; le corps militant s’y jeta avec enthousiasme et la plus grande énergie ; la chose était partie pour réussir. Elle échoua cependant. Attribuer cet échec à l’absence de candidature issue du PCF c’est se moquer du monde ; après le premier échec, le corps militant voulait « enfin » être dans le camp des vainqueurs. Et même cela n’explique pas tout . La trajectoire du candidat commun du Front de gauche changea du tout au tout en peu de temps ; il fit du PS sa cible exclusive ; on en a parlé abondamment ailleurs . En même temps diverses tentatives de sabotage pur et simple du Front de Gauche se manifestèrent . On n’y prit pas garde …. Mais ça n’eut pas changé grand-chose : le ver était dans le fruit .
Quand au choc final de cette séquence ai-je rêvé ? Le choix fait par les communistes était de soutenir JLM de façon constructive et critique ; c’était tout sauf un effacement ; ne rien dire de celles et ceux qui sans hésiter signérent une Charte scélérate c’est se moquer du monde . Ils et elles n’étaient pas libres de le faire ; il en résulta un désordre qui ne pouvait pas rester sans conséquence . Et c’est ne rien dire de la complexité de la bataille au sujet de laquelle les auteures ne disent mot . On en arrive au début du fameux texte à vocation alternative ; en définitive , c’est le préambule qui donne le ton et instruit un procés politique . En définitive le reste est au mieux du remplissage : pour les auteures , le rassemblement doit se faire en toutes circonstances AUTOUR DU PCF ; on notera que l’autre texte à vocation alternative fait le même procés et aboutit à des conclusions opposées ; il existe une parenté des deux démarches et nous n’y insisterons pas .
Mon opinion n’a rien à voir avec le score ; serions nous dix fois plus influents ce qui je le répète est hautement souhaitable , la question posée resterait la même et ma réponse identique ; le rassemblement populaire à construire ne le sera pas AUTOUR du PCF mais AVEC LUI , ni SANS LUI NI CONTRE LUI ; ce que les Auteures appellent Direction Principale du PCF avait un mandat qui était une stratégie adoptée à 94% ; elle s’y tint absolument ; il ne lui appartenait pas d’en changer et d’ailleurs il va de soi qu’ici en changer supposait la prise en compte globale d’un paysage politique complétement changé mais dont à l’époque on ne connaissait pas les contours .Le Projet de texte voté en CN innove de ce point de vue bien qu’encore imparfaitement . La discussion ne fait que commencer . Je ne fais pas de pronostic sur ce qui va s’ensuivre . Puisse l’intelligence communiste être mise à contribution pour ne pas choisir la facilité de formules politiques sans prise sur le mouvement réel , puisse t-elle se garder des faux semblants et des boucs émissaires . S’extraire du capitalisme est pensable comme jamais mais c’est une tâche exigeante et pour le coup UNE LONGUE MARCHE . Je pourrais sans difficulté développer beaucoup sur la question du rassemblement mais il suffit . Je partirais sans en avoir tout dit.

 

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