CONTRIBUTION CONFERENCE NATIONALE : AUTOUR OU AVEC

On explore ici quelques aspects de notre positionnement en vue de la séquence présidentielle ARTICLE SUJET A MODIFICATIONS .

 

CONTRIBUTION EN FORME DE POIRE : AUTOUR OU AVEC ?

  • LE CONTEXTE

Que nous fassions, comme Humanité, face à une crise systémique redoublée de plusieurs autres, sans parler de celles à venir, après que beaucoup aient brocardé le PCF qui l’annonçait, plus personne de sérieux ne doute aujourd’hui. Ce qui devrait frapper néanmoins n’est pas l’énoncé de ses caractéristiques qui indiquent l’épuisement historique d’un systéme mais le caractère dorénavant permanent de ses contradictions et moments paroxystiques. Un exemple suffit : un virus nouveau, inédit entraîne la planète dans un tourbillon d’effroi et d’accablement cependant que, alors que hier encore, dix années semblaient nécessaires pour l’invention d’un vaccin, un an aujourd’hui aura suffi et au même moment, ces mêmes découvertes, qui sont- ou devraient être- la propriété commune de l’Humanité, alimentent la pompe à cupidité comme il est rare de le voir. L’inédit devient donc la norme et le banal l’exception.

Peu banal est le tour singulier joué par l’Histoire aux Communistes. Au moment même où, seuls à gauche, leurs analyses fondamentales révèlent leur adéquation et même si l’idée du « communisme » suscite une appréciation positive dans la jeunesse, le PCF apparaît comme le moins susceptible d’en être porteur sans qu’aucune force politique ne puisse songer à s’y substituer. Le détruire, l’annihiler, on en trouve.

Sur le plan mondial, on voit se dessiner la force de la formule de Bertrand Badie : « L’ère de la puissance impuissante ». C’est évidemment vrai des Etats Unis d’Amérique, de la Grande Bretagne, de la France ( Barkane )  et d’Israël, lequel, englué dans la combinazione, les scandales et les monstruosités de tout type poursuit avec obstination une descente aux enfers dont nul ne saurait prévoir l’issue ….

Ce contexte brossé à traits trop cursifs est celui qu’affrontent nos compatriotes et celui auquel le PCF se doit de répondre. Et c’est à l’aune des considérations qui précédent que la formule » c’est la situation, la crise qui « pousse à ce qu’il y ait un candidat communiste à l’élection présidentielle … ». mérite examen approfondi. Cette formule au vu de ce qui précède constitue d’emblée un raccourci décalé et la trajectoire de la flèche est  bien courte.

  • LA LUCIDITE

2)L’EXIGENCE DE LUCIDITE

Le tour joué par l’Histoire au PCF quasiment seul parti communiste dans l’Union Européenne à ne pas avoir renoncé, impose à la fois la lucidité et l’audace.  La lucidité suppose de ne pas faire l’impasse sur l’origine du plafond de verre auquel il se heurte. L’audace consiste, aujourd’hui comme hier à trouver en lui-même ce qui crée l’inattendu. Nous sommes où l’on nous attend et il faut AUSSI être là où on ne nous attend pas.

 La conjugaison des deux ne se résoud ni dans les proclamations tardives et hésitantes ni dans le rejet de ce qui fut à l’origine de la Grande césure du XX° Siècle, savoir qu’un autre monde était possible, encore moins un impensable retour charriot aux images d’Epinal.

Soyons lucides : nous n’écrirons plus jamais sur une page blanche. Lénine écrivit pris d’angoisse » Le prolétariat international comprendra la barbarie , la violence , l’arriération ; il comprendra et pardonnera « ; mais dès les années 60 il cessa de » comprendre » et ne « pardonna » plus. Nous le savions et nous tentâmes de dégager notre visée d’un habit qui la défigurait ; ces efforts comme celui du Comité Central d’Argenteuil (1966) , aussi importants qu’ils aient pu être furent ressentis comme tardifs, à reculons,  et non exempts de rechutes Ce ressenti ne reposait d’ailleurs pas sur rien : nous ne voulions pas jeter le bébé avec l’eau du bain ; mais l'eau avait atteint au cours du temps - très peu de temps -  les fonctions vitales du bébé ....   . Assumer son passé est un exercice exigeant qui ne suppose aucun renoncement mais n’admet aucune conciliation avec un corps étranger.

L’aventure héroïque qui commença en 1917 s’acheva par le désastre peu glorieux d’un systéme s’effondrant dans une indifférence de masse .  

Ne laissons plus jamais à nos adversaires les plus irréductibles le soin de prétendre critiquer en en grossissant les aspects les plus visiblement insoutenables ce qui nous a défiguré : ils étaient des adversaires irréductibles avant même que l’Histoire ne s’écrive .  Ils étaient et sont demeurés des partisans inconditionnels d’un systéme devenu inapte à répondre aux défis de la civilisation , auteur de deux catastrophes mondiales et mûrissant les conditions de la prochaine .

Nous ne sommes pas propriétaires de l’Histoire mais nous sommes collectivement responsables de la nôtre  . Sachons le dire. Ne faisons pas le dos rond . C’est , entre autres , être là où on ne nous attend pas .           

 

L’audace, quant à elle, déjà abordée,   demande plus de développements. Elle exige des actes.

  • LE DEVOIR D’AUDACE

L’inédit devenu banal se retrouve dans nos institutions : constituées entre autres pour assurer une domination sans partage des classes dominantes, l’exigence démocratique provoque simultanément rejet, dégoût, abstention de masse des couches populaires qui, aidées en cela, nolens volens, par les médias mainstream ne s’occupant que de l’éphémère, encouragent la déconnexion des enjeux, voient dans l’élection présidentielle un grand barnum des ambitions. Toutes les forces politiques constituées sont atteintes à divers degrés de cette forme de rejet massif. A droite comme à gauche. Les « programmes » sont vus comme autant de « promesses « qui n’engagent que ceux qui y croient.   L’épisode de 2017 n’était pas une sorte de farce mais le début d’un effondrement.  Aussi indispensables que soient les changements institutionnels donnant à l’exercice de la citoyenneté son essor maximal, tel n’est pour le moment pas le besoin explicite majeur de nos compatriotes ; ce, ou plutôt ces besoins majeurs ne sont pas simplement majoritaires mais véritablement plébiscités dans toutes les enquêtes d’opinion. Leur énoncé ne fait qu’en rapetisser l’ampleur et la diversité.   Cette donnée stable donne en tout cas les contours d’un changement dans les choix politiques auxquels toute la gauche est convoquée. Comment y répondrait-elle si peu que ce soit sans la fertilisation par les initiatives du PCF ?Sans le PCF , la gauche balbutie et dans le monde , à bien des égards , sans visée communiste et un parti qui pour une part l’incarne , les tentatives , aussi importantes qu’elles soient ,  échouent à accomplir .

 Cette donnée stable comporte une autre caractéristique de taille : répondre, si peu que ce soit, à ces besoins majeurs suppose la mise en cause de la logique du capital : pour les communistes cette situation inédite crée l’antipode « du dos au mur » et du « à contre- courant ». 

Nous n’avons pas d’ « alliés » mais des partenaires . Et quitte à me répéter : « Il faudra sans doute apprendre à avancer AVEC ces désaccords de fond qui, en gros, peuvent se résumer à la question de savoir si le capitalisme est compatible ou non avec le développement des capacités humaines et la sauvegarde de notre planète ; je n’ignore rien des nuances de pensée intermédiaires mais la question de fond qui décide en fait des attitudes politiques est celle que je viens d’indiquer. Ces désaccords de fond ne sont pas MOINS importants que les aspects sans cesse plus nombreux qui permettent des causes communes : leur nature est différente. »

L’enfant ne se présente donc pas par la tête mais le forceps est médiéval et son application a des conséquences expérimentées.

Dans ces conditions, pour un parti qui non seulement a une visée unique en son genre, mais ne se contentant pas d’interpréter le monde, entend changer l’existant, hic et nunc, il devrait sembler évident que la constitution d’un pacte, contrat, peu importe les termes, de gouvernement, sur une législature entre toutes les forces disponibles à gauche et écologistes est un objectif sans lequel il ne reste que proclamation et solo funèbre. C’est à l’Assemblée Nationale que les choix politiques deviennent réalité et nulle part ailleurs même si je ne sous-estime en aucune façon les points  d’appui que constituent les instances élues locales ou /et régionales .Faire  de cette question la priorité absolue de notre action dès à présent , est de conséquence : d’abord cela  prend à revers le dispositif rodé depuis Jospin qui tend à faire élire une Assemblée POUR un candidat et non une Assemblée qui souverainement légifère .Ensuite , il permet de rassembler dans une co-construction d’innombrables compatriotes qui y verraient enfin le moyen de s’investir , de proposer, d’inventer ET DE DECIDER  . Que les communistes en soient moteurs dans l’organisation va de soi- qui d’autre ? -, cela n’implique aucunement qu’ils en soient propriétaires ni qu’ils exercent une quelconque hégémonie. Quant à l’élixir politique qui en résulterait, c’est justement là l’innovation majeure à en attendre. Le PCF a ses propositions.  Si personne ne lui fait reproche de contribuer à l’effort collectif, il a tout à perdre en prétendant décider de la hauteur de la barre et des rythmes. Il n’est ni le « maître des horloges « ni celui des accélérations.

Troisièmement, si la question du paysage politique à gauche est un souci, c’est précisément que manque aujourd’hui l’appel d’air qui seul provient d’initiatives faisant grandir l’espoir : c’est là que se jouent les batailles politiques.  Qu’attendre de l’expectative ou de prétendus jours meilleurs ?

Sans doute, même un tel processus ne garantit rien quant à son succès : notre pays est dans l’œil du cyclone et c’est le souci majeur des classes dominantes ; que se lève dans notre pays une alternative politique POPULAIRE est leur cauchemar ; mais, en effet rien ne dit à l’avance que le vent du boulet ne fasse autre chose qu’effleurer les têtes dont le seul et unique objectif est de prévenir toute possibilité de changer de systéme. A tout le moins, même dans ce cas, toutes les forces politiques participant de ce rassemblement sont assurées de sortir de l’épreuve en meilleur état qu’en y entrant et c’est à l’évidence le cas du PCF pour lequel il est vital de pouvoir étendre, en tout cas conserver son Groupe.   Car si le processus finalement n’est pas victorieux il est de toute nécessité que les capacités défensives soient renforcées. Il n’existe PAS DE STRATEGIE REVOLUTIONNAIRE QUI NE SE SITUE QUE DANS L’OFFENSIVE .On attend Grouchy et on a Blücher.

 Enfin , cette méthode est la seule qui soit en continuité avec ses objectifs de longue date et elle menace les institutions actuelles mieux qu’aucun discours .Ne parlons même pas d’une Constituante laquelle ne peut être que l’aboutissement de premiers succès et non un point de départ hors sol .Et il est à peine nécessaire de discuter la portée d’un tel processus de co-construction pour faire disparaitre ou au moins grandement atténuer l’idée selon laquelle le RN pourrait constituer une alternative .

4 )LA QUESTION PRESIDENTIELLE

Reste évidemment à parler de la question de l’élection présidentielle : il est tout aussi hors de question de l’ignorer que de passer du temps à polémiquer avec des contributions au contenu politique vide. L’Histoire, au sujet de cette élection ne nous apprend pas grand-chose, ces élections s’étant toutes déroulées dans des contextes politiques différents. Le seul point commun entre elles, vu depuis les positionnements du PCF, est la déconnexion entre l’élection présidentielle et l’élection législative. Cette observation vaut autant avant la période Jospin qu’après cette réforme qui accroit démesurément le caractère présidentialiste ; en tout cas, il est parfaitement inapproprié de prétendre qu’une candidature issue du PCF s’imposerait à CAUSE de l’aggravation de la crise systémique sauf à en faire une candidature qui prétend rassembler autour d’elle pour les seules solutions politiques qui vaillent. Cette illusion gravissime peut conduire au désastre pour de très nombreuses raisons. Comme on l’a dit , nous n’épiloguerons pas à ce sujet.

 L’élection présidentielle est un fait incontournable ; il revient au PCF de prendre les initiatives qui permettent d’en prendre le contrepied, de bousculer un dispositif qui, non seulement est antidémocratique dans son essence même mais qui prive la masse de nos compatriotes de leur possible intervention sur les choix politiques décisifs. C’est un dispositif entièrement dévoué à priver nos concitoyennes et concitoyens de toute initiative réelle. On ne peut pas plus ignorer cette phase que s’inscrire nolens volens dans sa logique. Le PCF ne peut donc pas en être absent : l’interprétation majoritaire d’un tel positionnement ne pourrait être entendue que comme une déclaration de « hors-jeu ». Les circonstances et notamment le refus de considérer en permanence un paysage politique essentiellement mobile depuis le dernier Congrès mais aussi le positionnement des diverses forces politiques qu’elles soient situées à gauche ou écologistes créent, selon toute vraisemblance, l’impossibilité d’une candidature commune. Elles excluent aussi pour une raison majeure une attitude de repli vers une candidature ayant fait déjà la preuve par deux fois et alors que le PCF la soutenait, de son incapacité à rassembler son propre camp, sans même évoquer ses écarts hallucinants. Sur ce point, ce ne sont pas les écrits récents de sa principale inspiratrice, Chantal Mouffe, qui apportent un éclairage tant soit peu nouveau à sa démarche fondamentale. Pour ces motifs une candidature issue du PCF est inévitable. Avec cela, on n’a encore rien dit :   il existe plusieurs façons de la décliner.   

Pour parler brièvement de celle qui a ma préférence, je partirais du schéma directeur qui précède, à savoir la co- construction législative, laquelle même inachevée ou partielle donne le contour politique d’une candidature issue du PCF. Celle -ci se situerait explicitement dans le prolongement du schéma directeur et aurait d’autant plus de chances d’être entendue qu’elle serait d’abord l’écho des exigences issues du processus précédent et non celui des propositions du PCF lesquelles ne sauraient être considérées a priori comme les seules susceptibles de dessiner une alternative de progrès majoritaire. Ce positionnement influencerait d’ailleurs toutes les forces politiques de gauche et écologistes qui ne pourraient s’en évader qu’au prix d’une évidente déconnection politique. Le PCF apparaîtrait ainsi comme incontournable par rapport à tout changement réel.

Rien , au demeurant n’exclut , dans le même temps, que cette candidature n’explore , au fil des « débats » médiatiques lesquels à n’en pas douter seront encore plus corsetés qu’auparavant – toutes les rédactions mainstream se mettant dès à présent au diapason- des pans importants de ce qui fait la singularité du PCF et notamment une vision très différente du monde à construire dans la coopération , la solidarité , la paix ,le désarmement,  toutes dimensions absentes du paysage dominé par les agendas convergents de la droite et de l’extrême droite pour ne nous en tenir qu'à quelques aspects .   AVEC OU AUTOUR, TELLE EST LA QUESTION         

 

 

 

 

 

 

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