Comment expliquer ce sentiment qui peut animer beaucoup d'entre-nous après les résultats du premier tour des élections présidentielles 2022.
De la rage, après tous les efforts accomplis sur le terrain par des militantes et militants qui allaient partout, pour diffuser des tracts, coller des affiches, publier du contenu sur les réseaux sociaux. Et sans compter la contribution de celles et ceux, cheffes et chefs de fil, qui sont allé sur tous les plateaux télés, dans toutes les radios, dans tous les journaux pour faire valoir un discours, des valeurs ; et pour contester aussi les caricatures et les raisonnements binaires. Hommage donc, aux militante et militants de terrains, ainsi qu'aux Quatennens, Garrido, Bompard, Garnier, et bien d'autres qui se sont battus parfois contre le vent et la pluie.
Mais aussi de l'espoir, car cette campagne était belle !
Mélechon s'est présenté très tôt à l'élection présidentielle en sollicitant et en obtenant le soutien populaire de plus de 150.000 personnes. Aucun autre mouvement à gauche n'a, ne serait-ce qu'envisagé un appel à soutien comparable. La France insoumise a largement ouvert l'élaboration du programme à des intellectuelles et intellectuels, des syndicalistes, des fonctionnaires et des praticiennes et praticiens pour mettre à jour le programme l'avenir en commun, jusqu'à créer le parlement de l'Union populaire. Mélenchon a su surprendre et innover par l'usage de moyens techniques inédits qui permettaient d'observer qu'il s'inscrivait dans la modernité. Et après s'être installé à gauche, il a siphoné les autres mouvements grâce à la qualité de son programme : il était plus écologiste que celui de Jadot, assez communiste pour les électrices et électeurs de Roussel, plus socialiste que celui d'Hidalgo.
Si bien qu'en 2017, alors qu'il a rassemblé 7.000.000 d'électrices et électeurs pour 22% d'abstention, en 2022 il a réussi à en rassembler 7.700.000, pour 25% d'abstention. Les militantes et militants de l'Union populaire sont donc parvenu à aller chercher les 600.000 votantes et votants qui manquaient en 2017 pour atteindre le second tour. Cette fois-ci, il en a malgré tout manqué 500.000 de plus. Et bien Mélenchon a eu raison d'adjurer la relève de faire mieux.
Faisons mieux, allons chercher ces 500.000 de plus ! Et plus encore, si ça ne suffit pas. Il ne reste qu'à trouver où sont ces voix à recueillir. On peut penser aux "fâchés, pas facho", sans pour autant se dédire sur les valeurs d'ouverture et d'anti-discrimination qui irriguent la gauche. On peut penser aussi au monde agricole, le plus éloigné du contact avec des personnes d'origines étrangères et pourtant le plus appétents pour les discours xénophobes.
Et il faut le faire, car le programme l'avenir en commun est le plus beau produit de la gauche depuis l'aube de la Vème République. Imparfait, certes, mais lequel pourrait l'être, et lequel pourrait garantir que toutes les mesures envisagées pourront être prises durant un mandat qui sera traversé par des crises de toutes natures ? Il trace pourtant un horizon qui dépasse tous les clivages à gauche.
Viendra inévitablement la question afférente à l'identité de celle ou celui qui sera porte-parole de ce programme. Nous pouvons raisonnablemement espérer que vienne le temps des femmes.
Mais avant cette discussion, les votants seront libres de prendre leurs responsabilités pour écarter le risque Lepen, et puis il faudra renouveler l'expérience de campagnes victorieuses dans les circonscriptions législatives. Les député-e-s insoumises et insoumis ont fait la preuve de leur efficacité en contribuant au renforcement du droit à l'avortement, à la réhabilitation des militaires fusillés pour l'exemple durant la première guerre mondiale, à la reconnaissance de l'andométriose comme Affection Longue Durée, à l'amélioration de la protection des lanceurs d'alerte, à la valorisation des sapeurs-pompiers, à la protection de l'environnement en antarctique, la protection des enfants, à la bioétique, la défense des libertés, etc. Ce qui n'est pas une petite affaire lorsqu'on est face au rouleau compresseur de LAREM d'Emmanuel Macron qui a renoncé aux promesses sur l'écologie, notamment le glyphosate, et qui détruit le code du travail (moins 30% de saisine du Conseil des prud'hommes).
"Faire mieux" commence donc déjà par porter la lutte aux législatives et envoyer un maximum d'élu-es pour défendre les valeurs républicaines de libertés, d'écologie, de communisme, de socialisme, qui transpirent du programme l'avenir en commun, sur la même méthode que la campagne de Mélenchon pour la présidentielle : rechercher le soutien populaire, présenter le programme l'avenir en commun en faisant usage de moyens techniques inédits, et aller chercher chaque voix.
L'union populaire demeurera non seulement un horizon transversal, mais un socle commun incontestable.