Les macronistes se succèdent pour prétexter tantôt un risque de déficit, tantôt le fait qu’on vive plus longtemps.
Or, le déficit envisagé dans le scénario du Conseil d’orientation des retraites est temporaire et pris en charge par les fonds dédiés.
Or, c’est grâce à la retraite que nous vivons plus longtemps. Les capitalistes révèlent ainsi qu’ils préfèrent écourter nos temps de vie plutôt que de partager les richesses.
Dans leurs œuvres, ils trouvent toujours des traitres dans le mouvement social pour introduire des discussions perdantes sur les trimestres, le niveau des pensions, ou encore les annuités.
D’ailleurs, la CFDT a déjà annoncé son souhait d'une augmentation du nombre d'annuités en échange d’un maintien à 62 ans, alors que la CGT revendique les 15€ de l’heure, 32h par semaine, 60 ans pour la retraite avec 40 annuités.
La réalité est pourtant plus simple et plus dynamique : la retraite est le fruit d’une conquête sociale qui consiste à prélever une partie des richesses produites, via des cotisations, pour financer la fin de vie digne.
Les capitalistes, eux, ont toujours œuvré pour que chaque portion de liberté soit réduite au minimum pour maximiser le temps consacré à la production des richesses qu’ils entendent s’accaparer.
À chaque fois qu’une personnalité politique, économique, lobbyiste, revendiquera une baisse du prix des heures supplémentaires, du travail le dimanche, à coups d’exonérations de charges ou autre, ce sera pour provoquer un double effet kisscool : renforcer le temps de production par les travailleurs et travailleuses, et renforcer leur mise en concurrence avec les chômeurs pour réduire d'autant leurs aspirations . C’est pareil pour la réforme des retraites : c'est du temps de fin de vie qu'ils cherchent à nous spolier pour forcer à produire ou renforcer la concurrence.
À chaque fois que les citoyens résisteront, par la grève, par la culture, par voie de presse, par les actions et manifestations, les capitalistes opposeront une résistance farouche pour imposer leurs vues.
S’ils sont chefs d’entreprises, ils vont guetter la moindre faute et provoquer des licenciements abusifs, ou menacer de fermer la boîte.
S’ils sont dans la culture ou la presse, ils vont censurer ou payer des shows ou des chroniqueurs pour défendre leurs intérêts.
S’ils sont au pouvoir, ils vont réprimer sauvagement les manifestations publiques des contestataires, en mettant en œuvre des pratiques de maintien de l’ordre illégales et violentes, tout en protégeant structurellement les forces de l’ordre qui surabuseraient de leurs pouvoirs.
Cette opposition franche entre les capitalistes, spoliateurs des richesses produites, et les travailleurs et travailleuses, qui n'aspirent qu’à la restitution de leur dû, s’appelle la lutte des classes, et confine parfois à une véritable guerre des classes, lorsque des manifestants sont victimes de mutilations, d’arrestations et de condamnations arbitraires.
La résignation qui peut en découler se traduit parfois par le refus de se mobiliser, de voter, de pétitionner, et constitue l’une des béquilles sur lesquelles s’appuient les capitalistes pour asseoir leur domination.
Les collectifs, les associations, les syndicats, les partis, les mouvements doivent redonner le goût de la victoire. Et cela me semble difficilement atteignable avec un journée de perte de salaire le jeudi et une kermesse le samedi.
La menace d’une grève générale interprofessionnelle illimitée doit être annoncée dès février, histoire que les petits capitalistes se rendent compte qu’ils ne sont pas aussi privilégiés que les grands, et réclament l'arrêt du projet, de peur d’être plongés dans la précarité qui ne les gênaient pas plus que ça, lorsqu’ils n'étaient pas concernés.
Les grands capitalistes ayant besoin des petits pour assurer une part de la production et promouvoir leurs intérêts, pourraient renoncer à cette réforme honteuse.
Faute de radicalité, la pire des déceptions seraient d’avoir multiplié les actions symboliques jusqu’à fatiguer, pour finalement perdre à la fois du salaires, des pensions et du temps libre. Car se battre à moitié n’offrira pas de demi-victoire. Seulement de l’échec.