Des images de détenus faisant du karting seraient choquantes en ce que la réinsertion ne passerait pas par ce type d’activités.
Au contraire, la réinsertion passe par le karting. Et aussi par des expositions, des foires, des concerts, des matchs de foot, du chant, du théâtre, et toutes autres activités sportives ou ludiques et socialisantes. Car le partage d’expérience entre les participants, détenus, surveillants et visiteurs, favorise la réinsertion.
Comment punir et réinsérer ?
Le code de procédure pénale prévoit que la sanction pénale a pour objectif de punir et réinsérer.
Or, la fonction de punition dans la détermination de la peine semble avoir pris une part démesurée par rapport à la fonction de réinsertion.
Le quatrième pouvoir a un rôle important à jouer, tant la qualité de l’information au public participe de l’exercice de la démocratie.
Or, la tendance actuelle semble de se saisir des faits divers pour les monter en épingle et réclamer le bûcher pour tous les auteurs. Des dégradations infligées aux biens dans les manifestations aux graves blessures sexuelles : il faut des peines toujours plus longues.
Sauf que personne ne sait punir. Et personne ne pourra jamais savoir punir. Pour une même infraction, à dossier équivalent, la peine peut aller du simple au double selon les juridictions et leurs compositions. Leur seul point commun est qu’on sait qu’on va faire souffrir quelqu’un durant une période déterminée.
Alors qu’on pensait en finir avec la loi du talion, finalement on l’a réglementé : plus les souffrances infligées aux victimes sont graves, plus les tortures infligées aux auteurs dureront.
Car oui, la prison est un centre de torture. On peut faire toutes les circonvolutions pour justifier un système qui est profondément ignoble et contraire aux conventions internationales, mais il n’existe que parce que les Etats ne semblent pas savoir comment réguler la violence dans nos sociétés.
Ce qui ne me semble pas pouvoir arriver sans une remise en cause exigeante et active du patriarcat.
Par ailleurs, 26% des personnes ne sont détenues qu’à titre provisoire, pour préserver la réalisation de mesures d’investigations, et demeurent présumées innocentes. Plus du tiers souffrent de troubles psychiatriques et n’ont rien à y faire. A quel titre, dès lors, il serait justifié de les priver d’une activité de karting, et pourquoi pas de Laser Game, qui pourra les sortir de la torpeur de l’incarcération, et contribuer à leur réinsertion par la socialisation ?
Réinsérer c’est resocialiser
Les détenus sont des personnes désocialisées. Soit par les conditions qui les ont conduit à commettre une infraction, soit par l’incarcération elle-même.
Or, dans le premier cas comme dans le suivant, les activités de socialisation permettent de retrouver les habitudes de la vie en société, retrouver le goût du partage de l’espace public et de l’action en commun et en interaction.
Elles sont tout simplement indispensables pour espérer couper court ou mettre fin à une habitude délinquante. Et elles sont indispensables car ces habitudes peuvent s’aggraver et dériver sur du criminel. Il faut donc s’en prémunir autant que possible.
Le vrai problème ne serait-il pas la diffusion des images ?
Appeler ça un problème est déjà un problème en soi.
Quand va-t-on dépasser le stade de la dissimulation aux victimes que leurs bourreaux demeurent des êtres humains ?
Et que lorsqu’ils sont détenus, en dehors de ces évènements indispensables de resocialisation, ils vivent dans des prisons où ils sont enfermés 22h/24h, à trois personnes dans des cellules prévues pour deux, parfois plus. Ces cellules sont des passoires thermiques, dans lesquelles des rats et des cafards peuvent circuler, entre autres punaises de lit, et qui ne comprennent pas de commodités autres que des toilettes jamais pourvues de fermetures hermétiques. Et il est courant que l’hygiène corporelle des détenus s’accommode de trois douches par semaines.
En outre, ils n'ont presque plus de contact avec leurs familles et proches.
Je ne doute pas que bon nombre de personnes soient tout à fait réjouies de savoir qu’on souffre en prison. On peut parfois faire preuve d’une grande inhumanité lorsqu’on est rongé par l’esprit de vengeance.
Mais jamais, dans une société civilisée, nous ne saurions admettre cela comme un mode raisonnable de régulation de la violence.
Gardons-nous de nourrir un moment autoritariste.