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Billet de blog 27 juillet 2025

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Montpellier 2026 : une sécurité qui protège et qui construit

Alors que Jean-Luc Mélenchon a obtenu 40,73% des voix à Montpellier lors de l'élection présidentielle de 2022, faisant de LFI la première force politique de la ville, et que l'échéance municipale de 2026 se profile avec de réelles chances de victoire pour la gauche, il convient de traiter la sécurité publique comme une problématique de santé sociale.

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Car si nos programmes écologique et social ont atteint une maturité remarquable, force est de constater que la question sécuritaire reste le parent pauvre de notre réflexion municipale. Or, cette lacune risque de nous coûter cher électoralement, dans un contexte où les citoyens attendent des réponses concrètes à leurs préoccupations quotidiennes.

L'échec de la logique répressive

Les faits sont têtus. Jordan, 19 ans, habitant du 12e arrondissement de Paris, cumule selon l'enquête de Basta! 30 000 euros de dette d'amendes. Chamas, 27 ans, doit selon StreetPress 9 000 euros pour les mêmes motifs : avoir traîné dans son quartier. Le phénomène touche toute la France. Pourquoi Montpellier y échapperait-elle ? Dans nos quartiers de la Paillade, de la Mosson, du Petit Bard, la logique répressive est la même.

Or, cette approche purement punitive s'avère non seulement inefficace, mais contre-productive. Les recherches académiques françaises convergent toutes vers la même conclusion. Laurent Mucchielli, Sebastian Roché, Mathieu Zagrodzki : tous démontrent que l'expansion des polices municipales n'a pas prouvé son efficacité sur la délinquance, et que le sentiment d'insécurité reste stable malgré les moyens déployés en surveillance et répression.

D'ailleurs personne ne sait réprimer. Et personne ne pourra jamais savoir réprimer. Pour une même situation de galère juvénile, la réponse peut aller de l'amende de 135 euros au placement en centre fermé, selon l'humeur du fonctionnaire et la composition du tribunal. Le seul point commun de ces approches répressives est qu'elles consistent à faire souffrir quelqu'un durant une période déterminée, sans jamais s'attaquer aux causes profondes qui génèrent les comportements problématiques.

La démonstration Baltimore

Au contraire, la prévention fonctionne. Et nous en avons désormais les preuves. La ville de Baltimore, confrontée à des niveaux de violence particulièrement élevés, a radicalement changé d'approche en investissant massivement dans la jeunesse plutôt que dans la répression. Le maire Brandon Scott a mis en œuvre des programmes de camps d'été, centres sociaux ouverts jusqu'à 23 heures, médiateurs de quartier, formations rémunérées : toute une politique de prévention par l'occupation et l'accompagnement.

Les résultats mesurés parlent d'eux-mêmes : réduction de 33% de la violence armée dans le Western District lors des 18 premiers mois de mise en œuvre, diminution de 66% des victimisations par balle chez les jeunes en 2024, baisse de 23% des fusillades non mortelles dans le cadre du programme Safe Streets. Ces chiffres ne relèvent pas de l'anecdote, mais bien d'une politique publique systématique et évaluée scientifiquement.

Car contrairement à ce que voudraient nous faire croire les tenants de l'ordre répressif, investir dans la jeunesse coûte moins cher que de la criminaliser. Le Fonds Interministériel de Prévention de la Délinquance dispose de 52,7 millions d'euros en 2025 pour la France entière, largement sous-utilisés au profit d'une logique d'amendes et de surveillance qui ne produit aucun résultat tangible.

Un programme pour Montpellier

Dès lors, que pourrait donner une politique de sécurité préventive à Montpellier ? D'abord, transformer radicalement l'offre publique à destination de nos jeunes. Extension des horaires d'ouverture des centres sociaux jusqu'à 23 heures dans les quartiers prioritaires, création de postes de médiateurs de quartier recrutés parmi les habitants et formés durant 6 à  12 mois, mise en place d'équipes mobiles d'intervention composées de travailleurs et travailleuses sociales, de médiateurs et d'agents municipaux, capables d'intervenir sous 48 heures dès signalement de tensions.

Ensuite, garantir à tous nos jeunes un été municipal digne de ce nom, avec au minimum 4 semaines d'activités, de camps ou d'emplois d'été. Créer une régie municipale d'insertion offrant des CDI prioritaires aux jeunes en difficulté, avec des formations rémunérées dans les métiers verts et le numérique, mais aussi un accompagnement vers la poursuite d'études supérieures pour ceux qui en ont la capacité et l'envie. Car l'insertion, qu'elle soit professionnelle ou universitaire, reste le meilleur rempart contre la délinquance.

Mais au-delà de ces mesures d'accompagnement, c'est toute notre conception de la gouvernance sécuritaire qu'il faut révolutionner. Instauration d'un budget participatif confiant aux habitants 20 à 30% des décisions budgétaires en matière de sécurité et de prévention, création de conseils citoyens de sécurité dans chaque quartier pour définir les priorités annuelles et évaluer l'action municipale, réorientation de notre police municipale vers des missions d'accompagnement plutôt que de sanction pure.

Enfin, renforcement des services publics de première nécessité : places d'hébergement d'urgence garanties 24 heures sur 24, médiation locative gratuite pour prévenir les expulsions, lutte renforcée contre l'habitat insalubre. Car on ne peut espérer de sécurité durable sans s'attaquer aux racines sociales de l'insécurité.

Les financements existent

Cette politique n'a rien d'utopique sur le plan financier. Outre le FIPD déjà mentionné, le Fonds Social Européen Plus dispose de 6,7 milliards d'euros pour la France sur la période 2021-2027, en grande partie destinés à l'insertion et à la formation. Les contrats urbains de cohésion sociale dans le cadre de la politique de la ville offrent des cofinancements substantiels pour les quartiers prioritaires.

Quant aux ressources propres, une fiscalité progressive locale peut aisément dégager les moyens nécessaires : taxation des bureaux vides pour lutter contre la spéculation immobilière, surtaxe sur les résidences secondaires, réduction des dépenses de vidéosurveillance dont l'inefficacité est désormais documentée. Sans compter les économies réalisées par le retour en régie de certains services aujourd'hui externalisés.

Le cadre juridique, par ailleurs, ne pose aucune difficulté particulière. Le Code général des collectivités territoriales comme le Code de la sécurité intérieure offrent aux communes toutes les compétences nécessaires pour mener cette politique. Il ne s'agit pas de révolutionner le droit, mais d'utiliser intelligemment les marges de manœuvre existantes.

L'enjeu de 2026

Car l'enjeu dépasse largement Montpellier. Si nous parvenons à démontrer l'efficacité d'une politique de sécurité préventive, sociale et démocratique dans notre ville, nous offrirons à la gauche française un modèle duplicable et une crédibilité retrouvée sur ces questions. Montpellier peut devenir la vitrine nationale d'une sécurité qui protège et qui construit, l'exemple qui essaime dans d'autres municipalités.

Face à Michaël Delafosse, dont le bilan sécuritaire se résume à quelques caméras supplémentaires et à la gestion des manifestations, nous aurions enfin une alternative crédible à proposer. Une vision qui réconcilie efficacité et humanité, pragmatisme et valeurs progressistes.

Or, cette alternative n'est pas seulement souhaitable, elle est nécessaire. Car faute de proposer des solutions concrètes aux préoccupations sécuritaires légitimes de nos concitoyens, nous risquons de laisser le terrain libre aux démagogues de droite et d'extrême droite, qui prospèrent sur notre silence.

Nos jeunes méritent mieux que des amendes qui les enfoncent dans la précarité. Nos quartiers valent mieux que de la surveillance qui ne résout rien. Notre ville peut incarner une sécurité à la hauteur de nos ambitions.

La question n'est plus de savoir si nous pouvons gagner Montpellier en 2026. Mais si nous saurons proposer un projet municipal complet, assumant toutes les dimensions de l'action publique locale. Y compris la sécurité.

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