Rire de tout, sinon rien. Pour Wolinski et les autres.

Vous allez rire : moi la seule chose à laquelle je pense, ce sont à ces dessins qui font partie de mon, de notre rapport familier à la vie — la bonne vie, comme elle va, innocente, quotidienne : les dessins de Wolinski, rigolards, gondolés et cochons, Cabu dans Le Canard, "Charb est méchant" avec ses dessins en direct pendant les meetings… Ces gens si généreux, drôles, talentueux.

Vous allez rire : moi la seule chose à laquelle je pense, ce sont à ces dessins qui font partie de mon, de notre rapport familier à la vie — la bonne vie, comme elle va, innocente, quotidienne : les dessins de Wolinski, rigolards, gondolés et cochons, Cabu dans Le Canard, "Charb est méchant" avec ses dessins en direct pendant les meetings… Ces gens si généreux, drôles, talentueux. Qui possèdent ce génie incroyable, venu de l'enfance joyeuse, de donner, chaque jour, dans le rythme infernal du temps et des folies qui se bousculent, sa respiration profonde à nos pensées.

Au fond, que veulent-ils tuer ? Le rire. Ce rire particulier aussi de la gauche révoltée, anti-cléricale, coquine, basphématoire pour les Inquisiteurs de tout poil, qui plonge ses racines dans les blagues de Danton sur l'échafaud, les journaux des Communards, le Père Duchêne.Hara Kiri, Desproges… C'est toute cette grande famillle de pensée et de talent, de vitalité profonde, de convivialité vraie entre nous tous, qui est en deuil aujourd'hui.

Ils veulent tuer le rire, l'humour. Et surtout l'humour noir, ce trésor de l'être humain entre tous, tellement délicat qu'il faut être à sa hauteur pour oser le manier en toutes circonstances. Nos frères en humour noir, en bonne et vraie et salubre méchanceté joyeuse, enfantine, à qui nous devons des centaines et centaines de rires et de sourires, assassinés, massacrés !

Peine perdue. Je n'ose imaginer ce que Charb, Cabu et Wolinski auraient dessinné pour se rendre un dernier hommage, mais on aurait bien ri, c'est sûr, ils ne nous auraient pas laisser pleurer comme des cons. Et on va continuer en pensant à eux, parce qu'un monde sans ce rire-là — qui est une pointe absolue de la pensée, de l'intelligence, de la liberté — est un monde irrespirable, tout simplement.

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