Pourquoi je ne voterai pas Estrosi le 13 décembre

Citoyen sis en PACA-la-douce, j’ai voté Front de Gauche-EELV le 5 décembre. Mis en demeure de choisir au 2d tour entre une benjamine Le Pen et le sieur Estrosi, j’ai décidé, après réflexion, d’aller voter dimanche : blanc. J’ai mes raisons à vous soumettre, les voici.

1.  Contre le retrait des listes de gauche

Considérant : que dans une élection à la proportionnelle il est inepte de s’auto-exclure d’une assemblée représentative ; que le devoir des éligibles est d’assumer d’être élus et, minoritaires ou pas, de représenter les électeurs en défendant les convictions qui ont justifié leur candidature et le recueil des suffrages ; que la seule ligne de front républicain tenable est celle d’un opiniâtre travail d’opposant à la politique que nos adversaires entendent mener,

considérant en outre la situation particulièrement dangereuse prévalant dans cette région détenue par une droite spécialement venimeuse,

j'en déduis que se voter à soi-même l’absentéisme jusqu’en 2021 est un lâchage, un honteux relâchement, bref une lâcheté.

Remarque en prime : je frémis d’entendre Cambadélis disant des colistiers « qui accomplissent ce sacrifice » qu’ils « entrent en Résistance ». Verra-t-on Monsieur Castaner, sémillant maire de Forcalquier, prendre maquis dans la montagne de Lure ? De qui se moque-t-on sans vergogne ? De la Résistance. Je vois plutôt ici la variante d’un abandon des pleins pouvoirs à de sinistres meneurs.

2. Contre le conditionnement du pouvoir-voter dans l’emballage sous vide marqué « tactique boutiquière »

Considérant : que d’une part, n’étant point un grand mystique du suffrage transcendantal, de l’autre j’ai passé l’âge d’obéir sans avoir à me demander à qui et à comprendre pourquoi ; que d’une part, entendant bien la notion de discipline républicaine, de l’autre je la différencie de la militaire ou de l’ecclésiastique autant que l’obéissance aveugle peut l’être du consentement éclairé,

je ne peux accepter d’identifier, subordonner et réduire mon pouvoir-voter à la calculette électorale de l’appareil-PS. Qui fait de notre pouvoir-voter à tous un item statistique envers lequel notre seul devoir serait d’expurger toute subjectivité politique, fût-elle résiduelle et, par force, timorée.

Remarque subséquente : la déréliction envers le vote, ou faculté d’en (dis-)qualifier la nature comme étant de toute façon dérisoire et donc, ridicule son investissement subjectif, ne saurait être abandonnée à personne d’autre qu’à soi-même. Sauf à acquiescer aux railleries brutales que fascismes et nostalgies de toute-puissance (ou de toute-impuissance) ont toujours déversé sur la Démocratie, dont l’humble fierté se rabaisse aisément.

Accepter de voir réduit notre pouvoir-voter à la petite combine statistique, nous faisant accroire que par là nous défendrions ultimement une cause, revient à la démission et à l’impuissance de manière plus certaine encore qu’avec le pouvoir-voter blanc (ou le pouvoir-ne-pas-voter, ou le préférer-voter-ne-pas selon le théorème de Bartleby).

3. Contre la qualification du sieur Estrosi à la dignité de Guignol

Considérant que chercher des épithètes pour qualifier le sieur Estrosi est une perte de temps que ne compense point la jouissance du bon mot enfilé au bon endroit ; idem une carrière niçoise servilement redevable au phare Jacques Médecin puis agressivement montée en sauce sous Sarkozy (Maman tu serais fière !), idem les déclarations racistes passées et récentes dudit, idem le ton de son aéropage où domine le caqueteur considérable qu’est M. Ciotti,

Considérant que le susdit se trouve tout à fait magnanime en « promettant » de ne pas « toucher à l’art moderne » comme gage donné aux « électeurs de gauche » pour prix de leurs suffrages,

alors qu’à l’inverse ce serait aux électeurs, magnanimes au point de se rallier à lui, de lui signifier les conditions politiques sine qua non de leur ralliement — ce dont il n’a jamais été question, tant l’infra-politique a déjà englouti ici toute idée de programme qui puisse donner un minimum de sens et de contenu au ralliement,

je refuse de partager le dilemme d’électeurs de droite devant distinguer celle-là de celui-ci : démagogues outranciers sans projet constructif pour une région dramatiquement inégalitaire, polluée, gangrenée de mafias et d’inerties, en retard de trente ans sur tous les aménagements exceptés les plus mercantiles, les services publics, l'urbanisme, la politique sociale, l'éducation, la vie en commun.

Remarque : Estrosi gérant PACA, c'est un maire de Neuilly ou de Levallois gérant la Seine Saint-Denis, l'Essonne (et la propreté du XVIème arrondissement).

Pour toutes ces raisons, je voterai comme je l’ai dit ci-dessus : vote blanc par défaut, vote blanc de colère, vote blanc par conviction qu’on ne doit pas noircir le tableau plus encore qu’il n’est déjà.

Et pour une ultime raison, qui est que je suis convaincu que si le Front National est élu comme il se peut démocratiquement, cela aura comme unique aspect salutaire qu’il échouera, que ses postures de Matamore se dégonfleront les unes après les autres, qu’alors des forces politiques s’opposant réellement à lui se réveilleront enfin ; qu’il est temps que l’exercice du pouvoir déniaise les ravis de la crèche FN, et qu’une bonne partie de son électorat mérite amplement de ne pas être privée ad vitam æternam de cette démonétisation par les faits d'un fantasme fort malsain.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.