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Le Club de Mediapart mar. 9 févr. 2016 9/2/2016 Dernière édition

Extrême droite en Ukraine: le cri d'alarme de chercheurs ukrainiens

Suite à l'interview, par Antoine Perraud, de l'historien Yaroslav Hrytsak et à ce qui figure dans l'onglet Prolonger :

http://www.mediapart.fr/journal/international/160214/yaroslav-hrytsak-le-nationalisme-ukrainien-est-pluriel

je donne ci-dessous la traduction (de l'anglais en français) de l'importante déclaration de chercheurs ukrainiens, sur une juste appréciation du rôle de l'extrême droite nationaliste dans la révolution en cours en Ukraine :

Une déclaration collective d’experts du nationalime ukrainien sur le rôle des groupes d’extrême droite au sein du mouvement protestataire en Ukraine, et un avertissement sur les services rendus à l’impérialisme russe par des reportages médiatiques, censément anti-fascistes, effectués depuis Kiev.

Nous sommes un groupe de chercheurs comprenant des spécialistes dans le domaine des études sur le nationalisme ukrainien, et nous sommes pour la plupart des experts de la droite radicale ukrainienne post-soviétique. Plusieurs d’entre nous publient régulièrement dans des journaux scientifiques et dans la presse universitaire. D’autres mènent leur recherche au sein d’organisations gouvernementales ou non-gouvernementales, specialisées dans l’observation de la xénophobie en Ukraine.

Du fait de notre spécialisation professionnelle et de notre expérience de recherche, nous sommes conscients des problèmes, des dangers et des conséquences potentielles de l’engagement de certains groupements extrémistes de droite dans les manifestations ukrainiennes. Après des années d’études approfondies sur ce sujet, nous comprenons mieux que beaucoup d’autres commentateurs, les risques que cette participation de l’extrême droite entraîne pour l’EuroMaidan. Plusieurs de nos commentaires critiques envers les tendances nationalistes ont déclenché des réponses courroucées de la part d’ethnocentristes en Ukraine et dans la diaspora ukrainienne vivant à l’Ouest [de l’Europe].

Bien que nous soyons critiques envers l’activisme de l’extrême droite dans l’EuroMaidan, nous sommes néanmoins choqués par une dangereuse tendance qui se manifeste dans trop de reportages des médias internationaux au sujet des récent évènements en Ukraine. Un nombre croissant d’évaluations du mouvement protestataire ukrainien, à un degré ou à un autre, déforment le rôle, la prépondérance et l’impact de l’extrême droite ukrainienne dans le mouvement protestataire. De nombreux reportages prétendent que le mouvement pro-européen a été infiltré, qu’il est conduit ou dominé par des groupes radicaux ethnocentristes de la frange  fanatique. Plusieurs présentations créent l’impression trompeuse que les acteurs ultranationalistes et leurs idées sont le cœur ou le moteur des manifestations ukrainiennes. Des graphismes, des citations juteuses et de sombres références historiques sont provilégiés. Tout cela se mêle avec une prise en compte disproportionnée d’un élément particulièrement visible, bien que politiquement mineur, dans la mosaïque confuse formée par les centaines de milliers de manifestants avec leurs motivations aussi diverses que le sont leurs parcours et leurs buts.

La résistance à Kiev, qu’elle soit violente ou non-violente, inclut des représentants de toutes les tendances politiques, aussi bien que des personnes sans idéologie qui auraient du mal à se situer politiquement. Ce ne sont pas seulement les manifestants pacifiques, mais aussi ceux qui utilisent des bâtons, des pierres et même des cocktails Molotov dans leur confrontation physique avec les unités spéciales de la police et les voyous employés par le gouvernement, qui constituent un large mouvement, lequel n’est pas centralisé. La plupart des manifestants n’usent de violence qu’en réponse à la férocité policière gradissante et à la radicalisation du régime de Yanukovych (sic). Les manifestants comprennent des conservateurs, des socialistes et des libéraux, des nationalistes et des internationalistes, des chrétiens, des non-chrétiens et des athées.

Il est vrai qu’il existe, parmi les manifestants violents et non-violents, une diversité de radicaux d’extrême droite comme d’extrême gauche. Pourtant, le mouvement considéré dans son ensemble reflète la totalité de la population ukrainienne, jeune et âgée. La focalisation pesante sur les extrémistes de droite dans les reportages des médias internationaux est donc injustifiée et erronée. Une telle sur-représentation a plus à voir avec le potentiel sensationnaliste de slogans, de symboles ou d’uniformes extrémistes ethno-nationalistes, qu’avec la situation actuelle, sur le terrain.

Nous soupçonnons même que, dans plusieurs reportages semi-journalistiques, spécialement ceux des médias sous influence du Kremlin, l’attention excessive portée aux éléments d’extrême-droite dans le mouvement protestataire en Ukraine n’a rien à voir avec de l’anti-fascisme. Paradoxalement, la production, l’influence et la dissemination de tels reportages peuvent eux-mêmes êtres motivés par une forme d’impérialisme ultra-national — de souche russe, en ce cas précis. En discréditant fondamentalement l’une des plus impressionnantes actions de masse de désobéissance civile dans l’histoire de l’Europe, ces reportages contribuent à fournir le prétexte à une implication politique de Moscou, voire, peut-être même, à une intervention militaire russe en Ukraine, comme en Géorgie en 2008. (Dans un blog éclairant, Anton Shekhovstov a récemment détaillé les activitées d’institutions clairement pro-Kremlin, leurs connections et leurs responsables. Voir Pro-Russian network behind the anti-Ukrainian defamation campaign” at http://anton-shekhovtsov.blogspot.com/2014/02/pro-russian-network-behind-anti.html Il y en a probablement encore davantage.)

Etant donné ces menaces, nous appelons les commentateurs, spécialement ceux situés politiquement à gauche, à prendre garde lorsqu’ils expriment des critiques justifiées à l’ethno-nationalisme ukrainien. Les déclarations les plus alarmistes sur l’EuroMaidan sont susceptibles d’être instrumentalisées par les “techniciens politiques” du Kremlin, afin de servir la mise en œuvre des projets géopolitiques de Poutine. En fournissant des munitions à la lutte de Moscou comtre l’indépendance de l’Ukraine, un tel alarmisme aide involontairement une force politique qui est une menace beaucoup plus sérieuse pour la justice sociale, les droits des minorités et l’égalité politique, que tous les etnocentristes ukrainiens rassemblés.

Nous appelons aussi les commentateurs de l’Ouest [de l’Europe] à montrer de l’empathie pour un état-nation qui est très jeune, encore fragile, et qui subit une grave menace étrangère. La situation fragile dans laquelle se trouve encore l’Ukraine et les complications énormes de la vie quotidienne dans une telle société en transition donnent naissance à une grande diversité d’opinions, de comportements et de discours étranges, destructifs et contradictoires. Le soutien au fondamentalisme, à l’ethnocentrisme et à l’ultra-nationalisme a souvent plus à voir avec la confusion permamente et l’angoisse quotidienne d’un peuple vivant dans de telles conditions, qu’avec ses convictions profondes.

Enfin, nous appelons tous ceux qui n’ont pas d’intérêt particulier ou pas de connaissance particulière de l’Ukraine, à ne pas commenter les questions nationales complexes de cette région sans avoir engagé une recherche suffisamment profonde. Etant des spécialistes de ce domaine, plusieurs d’entre nous luttent chaque jour pour interpréter la radicalisation politique grandissante et la para-militarisation du mouvement protestataire ukainien. En contrepartie, on doit toujours rappeler que face à la terreur d’Etat exercée contre la population ukrainienne, un nombre grandissant d’Ukrainiens ordinaires comme d’intellectuels à Kiev, parviennent à la conclusion que, bien qu’elle soit préférable, la résistance non-violente est impraticable. Les reporters qui ont le temps nécessaire, l’énergie et les moyens, doivent venir visiter l’Ukraine, et / ou faire des lectures sérieuses sur les publications qui leur servent de références pour leurs articles. Ceux qui n’en sont pas capables doivent plutôt se consacrer à des sujets plus familiers, plus simples et moins ambivalents. Cela permettra d’éviter, dans le futur, les hélas nombreux clichés, erreurs factuelles et opinions mal informées qui accompagnent souvent les débats sur les évènements en Ukraine.

S I G N A T U R E S:

Iryna Bekeshkina, researcher of political behavior in Ukraine, Sociology Institute of the National Academy of Sciences, Ukraine

Tetiana Bezruk, researcher of the far right in Ukraine, Kyiv-Mohyla Academy, Ukraine

Oleksandra Bienert, researcher of racism and homophobia in Ukraine, PRAVO. Berlin Group for Human Rights in Ukraine, Germany

Maksym Butkevych, researcher of xenophobia in post-Soviet Ukraine, “No Borders” Project of the Social Action Center at Kyiv, Ukraine

Vitaly Chernetsky, researcher of modern Ukrainian and Russian culture in the context of globalization, University of Kansas, USA

Marta Dyczok, researcher of Ukrainian national identity, mass media and historical memory, Western University, Canada

Kyrylo Galushko, researcher of Ukrainian and Russian nationalism, Institute of Ukrainian History, Ukraine

Mridula Ghosh, researcher of human rights abuses and the far right in Ukraine, East European Development Institute, Ukraine

Olexiy Haran, researcher of Ukrainian political parties, Kyiv-Mohyla Academy, Ukraine

John-Paul Himka, researcher of Ukrainian nationalist participation in the Holocaust, University of Alberta, Canada

Ola Hnatiuk, researcher of right-wing tendencies in Ukraine, University of Warsaw, Poland

Yaroslav Hrytsak, researcher of historic Ukrainian nationalism, Ukrainian Catholic University at L’viv, Ukraine

Adrian Ivakhiv, researcher of religio-nationalist groups in post-Soviet Ukraine, University of Vermont, USA

Valeriy Khmelko, researcher of ethno-national structures in Ukrainian society, Kyiv International Institute of Sociology, Ukraine

Vakhtang Kipiani, researcher of Ukrainian nationalism and samizdat, "Istorychna pravda" (www.istpravda.com.ua), Ukraine

Volodymyr Kulyk, researcher of Ukrainian nationalism, identity and media, Institute of Political and Ethnic Studies at Kyiv, Ukraine

Natalya Lazar, researcher of the history of the Holocaust in Ukraine and Romania, Clark University, USA

Viacheslav Likhachev, researcher of Ukrainian and Russian xenophobia, Euro-Asian Jewish Congress, Israel

Mykhailo Minakov, researcher of Russian and Ukrainian political modernization, Kyiv-Mohyla Academy, Ukraine

Michael Moser, researcher of languages and identities in Ukraine, University of Vienna, Austria

Bohdan Nahaylo, researcher of ethnic tensions in Eastern Europe and the CIS, formerly with UNHCR, France

Volodymyr Paniotto, researcher of post-Soviet xenophobia, Kyiv International Institute of Sociology, Ukraine

Olena Petrenko, researcher of war-time Ukrainian nationalism, Ruhr University of Bochum, Germany

Anatolii Podolskyi, researcher of genocide history and antisemitism, Ukrainian Center for Holocaust Studies at Kyiv, Ukraine

Alina Polyakova, researcher of radical right movements, University of Bern, Switzerland

Andriy Portnov, researcher of modern Ukrainian, Polish and Russian nationalism, Humboldt University of Berlin, Germany

Yuri Radchenko, researcher of war-time Ukrainian nationalism, Center on Inter-Ethnic Relations in Eastern Europe at Kharkiv, Ukraine

William Risch, researcher of Ukrainian nationalist thought and politics, Georgia College, USA

Anton Shekhovtsov, researcher of West and East European right-wing extremism, University College London, United Kingdom

Oxana Shevel, researcher of Ukrainian national identity and historical memory, Tufts University, USA

Myroslav Shkandrij, researcher of inter-war Ukrainian radical nationalism, University of Manitoba, Canada

Konstantin Sigov, researcher of post-Soviet discourse strategies of the “Other,” Kyiv-Mohyla Academy, Ukraine

Gerhard Simon, researcher of contemporary Ukrainian history and nationality affairs, University of Cologne, Germany

Iosif Sissels, researcher of hate speech and antisemitism, Association of Jewish Organizations and Communities (VAAD) at Kyiv, Ukraine

Timothy Snyder, researcher of historic Ukrainian nationalism, Yale University, USA

Kai Struve, researcher of Ukrainian radical nationalism and the Holocaust, University of Halle, Germany

Mykhaylo Tyaglyy, researcher of genocide and antisemitism, Ukrainian Center for Holocaust Studies at Kyiv, Ukraine

Andreas Umland, researcher of the Russian and Ukrainian post-Soviet extreme right, Kyiv-Mohyla Academy, Ukraine

Taras Voznyak, researcher of Ukrainian intellectual life and nationalism, Magazine “JI” (L’viv), Ukraine

Oleksandr Zaitsev, researcher of Ukrainian integral nationalism, Ukrainian Catholic University at L’viv, Ukraine

Yevgeniy Zakharov, researcher of xenophobia and hate crimes in today Ukraine, Kharkiv Human Rights Protection Group, Ukraine

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[Project coordinator: Andreas Umland. The statement is also being published on the website of the Kyiv newspaper “The Day.”]

 

 

 

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Note du Dimanche 30 mars  

Cher Jean-Christophe Marti,

je n'ai lu à mon grand regret que ces derniers jours votre billet et cette magnifique et enthousiasmante déclaration de chercheurs ukrainiens, suite au lien redonné par le billet d'Edition de ce 27 mars: "Ukraine: le printemps des peuples est arrivé en Europe ".

Les deux ensemble constituent une base désormais extrêmement solide pour la réflexion et aider à se déterminer ceux qui, à gauche en particulier, hésiteraient encore sur le sens de cet extraordinaire mouvement d'émancipation en cours , malgré tous les dangers qui le menacent... dont ici même, à l'Ouest de l'Europe , avec la propagande des dirigeants russes complaisamment relayée par des secteurs de l'opinion "anti-impérialiste "...


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