"Que la lumière soit" oeuvre pionnière pour comprendre l'enfer de la guerre

Censurée pendant près de trente ans par le gouvernement américain, la caméra de John Houston brise les tabous. S'il paraît aujourd'hui évident de dire que la guerre brise les corps autant qu'elle broie les esprits, en 1946, au seuil de la guerre froide, le seul fait d'évoquer les traumatismes intérieurs était profondément iconoclaste.

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Ce documentaire montre la transformation et la guérison d’un groupe important de militaires. John Huston réussit, de manière remarquable, à nous en décrire un grand nombre en tant qu’individus uniques. Les séquences d’hypnose ressemblent plus à des tours de magie, mais la qualité des prises de vues étalées sur 6 mois permet d’y croire parce qu'elles montrent que les comportements ont changé radicalement. Certains spectateurs, peu attentifs, pourraient voir dans ce documentaire, comme une critique de cinéma l’écrira, "un simple film de propagande à la gloire de la psychanalyse." L’interdiction de la projection du film démontre le contraire. C’est qu'à l’époque les récits sur le trauma étaient systématiquement mis en doute, alors qu’aujourd’hui la souffrance, devenue incontestée, suscite l’empathie et appelle une indemnisation. Le trouble de stress post-traumatique ne sera inclus qu'en 1992 dans la Classification internationale des maladies de l’OMS. Ce film met en évidence a posteriori la révolution anthropologique récente de nos sociétés qui admettent que les bourreaux comme les victimes subissent souvent des troubles mentaux.

Pierre Oscar Lévy, Réalisateur

Que la lumière soit

John Huston (1946, 46 minutes)

Ce film consacré aux conséquences psychologiques de la guerre connues à l'époque sous les noms d'obusite et d'épuisement au combat fut censuré par l'armée jusqu'à ses projections à New York et au Festival de Cannes en 1981. Tourné à l'hôpital Mason de Brentwood (Long Island) à la fin de la seconde guerre mondiale, il suit soixante-quinze vétérans de l'armée américaine ayant vécu des traumatismes au cours du conflit.

Extrait - Que la lumière soit de John Houston © Tënk

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