Escale - Algérie, s'inventer un cinéma décolonisé

En six films s’esquisse, dans cette Escale algérienne, la singularité artistique d’un cinéma né avec les années 2000. Il s’agit là, ni plus ni moins, encore et encore, d’inventer une culture, une pensée, un cinéma politique, un cinéma décolonisé, c’est-à-dire affranchi du regard de l’ex-colonisateur toujours pesant, mais aussi affranchi du "roman national" officiel contemporain.

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En 2019, Corsica.Doc consacrait son édition à la question des indépendances. Un thème qui résonne encore dans l'île, française depuis 250 ans. Et une question toujours d’actualité, ici et ailleurs : comment se réapproprier son image, celle de son pays, après et pendant la décolonisation ? Peut-on parler de cinéma algérien, de cinéma cubain, de cinéma africain… avant la libération du joug colonial ?

Dans l’euphorie libératrice des années soixante, un cinéma du "tiers monde" avait émergé, participant à la reconstruction culturelle et identitaire de ces pays. Après ces premières libérations, durant soixante décennies instables, des cinéastes ont poursuivi, vaille que vaille, ce travail de réappropriation. En sept films s’esquisse, dans cette Escale algérienne, la singularité artistique d’un cinéma né avec les années 2000.

À peine sortis du traumatisme d’une terrible guerre civile, pénétrés du poids de l’histoire coloniale et du sentiment de déshérence de la jeunesse de leur pays, de jeunes cinéastes bousculent la représentation de l’histoire récente et passée de l’Algérie, de son peuple, de sa jeunesse, en démultipliant les écritures, les regards, les formes poétiques et cinématographiques.

Il s’agit là, ni plus ni moins, encore et encore, d’inventer une culture, une pensée, un cinéma politique, un cinéma... décolonisé !

Bande Annonce Escale - Algérie, s'inventer un cinéma décolonisé © Tënk


Fragments de rêves de Bahia Bencheikh El Fegoun (2017, 75 minutes)

Le film propose un croisement d’entretiens avec des acteurs de la société civile algérienne et des images d’archives ayant circulé sur les réseaux sociaux autour des mouvements de contestation depuis 2011. Témoignages exclusifs, paroles directes et fortes exprimant un puissant désir de liberté, de dialogue et de paix. Pour une meilleure connaissance du mouvement social en Algérie, de sa nature et de son fonctionnement au-delà du cliché de casseurs qu’on voudrait bien coller aux manifestants.


La Clôture de Tariq Teguia (2003, 25 minutes)

À travers le cri de jeunes Algérois vivant dans le renoncement, "La Clôture" tente de donner à voir et à entendre, dans le labyrinthe d’impasses que constituent Alger et ses environs, une société bloquée, refermée sur elle-même, où le cadre de la parole devient le seul espace de liberté individuelle.


Le Roman algérien  de Katia Kameli (2019, 90 minutes)

"Le Roman algérien" est un film pensé en trois chapitres qui nous éclaire de façon sensible sur les relations complexes d’une nation à son histoire et le rôle des images dans la construction de son roman national et de ses archétypes.

Chapitre 1 (16') - une immersion dans l’Histoire algérienne et dans la mémoire des hommes au travers d’une collection d’images dans un kiosque, rue Larbi Ben M’Hidi, à Alger.

Chapitre 2 (34') - la philosophe Marie José Mondzain nous offre une relecture du "Roman algérien - Chapitre 1".

Chapitre 3 (45') - Fidèle à son approche critique, Marie José Mondzain, qui est née en Algérie, s’efforce de déceler le signifiant dans l'iconographie d’un roman national et familial."


Loubia Hamra de Narimane Mari (2013, 77 minutes)

Les enfants jouent à la bombe dans la mer, pendant que les adultes jouent à la bombe dans la ville : Alger Mars 1962. Ca pète de partout. Et pendant que l’armée française mitraille l’OAS, les enfants pillent l’armée française : de l’huile, du chocolat, la semoule, le sucre, et même un prisonnier de guerre condamné à manger un plat de haricots. Mais la guerre rattrape la belle aventure et ensanglante les haricots.


Atlal de Djamel Kerkar (2016, 111 minutes)

Atlal : une discipline poétique qui consiste à se tenir face aux ruines et à faire resurgir sa mémoire, ses souvenirs du visible vers l'invisible. Entre 1991 et 2002, l'Algérie en proie au terrorisme a connu officiellement la perte de 200 000 vies.


Samir dans la poussière de Mohamed Ouzine (2015, 61 minutes)

Filmé par son oncle, Samir perd peu à peu l’esprit, enfiévré par les vapeurs du pétrole dont il fait la contrebande. Samir se demande quel intérêt son oncle peut bien trouver à sa personne et à ces espaces désolés à la frontière de l’Algérie et du Maroc.

La bataille d'Alger, un film dans l'histoire de Malek Bensmaïl (2017, 120 minutes)

En 1965, trois ans après l’indépendance de l’Algérie, Gillo Pontecorvo entreprend le tournage de "La Bataille d’Alger", reconstituant les combats de 1957 entre les parachutistes du général Massu et le FLN. Gillo Pontecorvo s’était appuyé sur les souvenirs de Youcef Saadi, protagoniste des événements, qui joue dans le film son propre rôle. S’appuyant sur de très nombreux témoignages et des archives exceptionnelles, ce documentaire de Malek Bensmaïl se livre, soixante ans plus tard, à une enquête qui nous mène de la Casbah à Paris, de Rome aux États-Unis.

L'escale "Algérie, s'inventer un cinéma décolonisé" a été élaboré en partenariat avec Corsica.doc et Documentaire sur grand écran.

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