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Billet de blog 4 mai 2018

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Escale de Tënk - Des chouettes à midi (Chris Marker)

Tënk a demandé à Arnaud Lambert, auteur de l’ouvrage de référence "Also known as Chris Marker", d’orchestrer une programmation dédiée au grand cinéaste qu’était Chris Marker. 50 ans après Mai 68, cela n’est évidemment pas un choix anodin, et trouve écho dans l’exposition "Chris Marker, Les 7 vies d’un cinéaste" qu’organise la Cinémathèque Française.

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Illustration 1

 "Je ne me suis jamais soucié du "sens de l’histoire" qu’en jouant délibérément sur le mot sens : il ne s’agissait pas d’une direction à suivre, d’un panneau indicateur planté par des chefs infaillibles (là encore, cette ambiguïté du mot "dirigeant" !), mais de la signification possible de cette histoire pleine de bruit et de fureur, racontée, etc. Si jamais j’ai eu une passion dans le champ politique, c’est celle de comprendre. Comprendre comment font les gens pour vivre sur une planète pareille. Comment ils cherchent, comment ils essaient, comment ils se trompent, comment ils surmontent, comment ils apprennent, comment ils se perdent... Ce qui d’avance me mettait du côté de ceux qui cherchent et se trompent, opposé à ceux qui ne cherchent rien, que conserver, se défendre, et nier tout le reste." (Postface à Coréennes - Immemory - 1997)

Le Joli Mai (1962) © Chris Marker et Pierre Lhomme

Programmer une Escale dédiée à Chris Marker, cinquante ans après Mai 68, n’est évidemment pas un choix anodin. Cette Escale trouve d’ailleurs son écho dans la rétrospective et l’exposition "Chris Marker, Les 7 vies d’un cinéaste" qu’organise la Cinémathèque Française pour commémorer 1968.

Illustration 3
Cinetract 005 (1968) © Anonyme

Chris Marker a été, c’est un fait, une figure importante du cinéma engagé des ANNÉES 68. Anticipant les événements de Mai et les pratiques du militantisme cinématographique qui s’épanouiront alors, il a, dès 1967, participé à l’aventure des Groupes Medvedkine, ces ouvriers de la Rhodiacéta à Besançon, puis de Peugeot à Sochaux, devenus cinéastes pour pouvoir témoigner de la réalité de la condition ouvrière. La même année, il a coordonné le projet Loin du Vietnam, en opposition à la guerre impérialiste menée par les États-Unis, point de départ de l’aventure de la coopérative SLON-ISKRA. Soit une décennie d’expression collective et politique, sublimement ramassée en 1977 dans un film-somme, Le Fond de l’air est rouge (diffusé en mars et avril sur Tënk).

Illustration 4
Loin du Vietnam (1967) © Chris Marker, Joris Ivens, Jean-Luc Godard, William Klein, Claude Lelouch, Alain Resnais

Mais au-delà de ces années d’incandescence, c’est toute son œuvre qui s’inscrit dans un long demi-siècle d’Histoire - la reflétant parfois, bien souvent cherchant à l’infléchir ou à la transformer. Cette Escale Marker en atteste, même si c’est de manière cruellement fragmentaire.

De l’éducation populaire et l’engagement "existentialiste" (Chris Marker a été l’élève de Sartre au lycée de Neuilly) dans l’après Seconde Guerre mondiale, à la lutte anti-coloniale (Les statues meurent aussi avec Alain Resnais, en 1950) et à la pensée écologique (Vive la baleine avec Mario Ruspoli en 1972 – bientôt sur Tënk), de l’ex-Yougoslavie au refus d’une pseudo "fin de l’Histoire", multiples ont été les formes de son engagement, que reflètent bien les grands temps de sa filmographie.

Sans Soleil (1982) © Chris Marker

Mais Chris Marker ce n’est pas simplement une conscience fortement inscrite dans son époque, une curiosité politique toujours vive, c’est aussi un trajet de cinéaste de plus en plus nettement travaillé par le motif obsédant de l’Histoire. À ce titre, l’œuvre de Marker connaît à la fin des années 1970 (et ce film décidemment charnière qu’est Le Fond de l’air est rouge) un tournant. Cette œuvre, habitée depuis le début par le sentiment du temps et un certain sens tragique, s’épanouit et d’une certaine manière se rejoint elle-même : cet art de la distance qui a toujours caractérisé le regard markérien (amusé et détaché, parfois en surplomb) trouve son ton ou sa figure : le cinéaste se réinvente comme historien des images. Lui qui s’est essayé au cinéma direct en 1962 renoue avec sa véritable nature, celle d’un essayiste de nos imaginaires.

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Sans Soleil (1982) © Chris Marker

Son ultime projet, un ensemble d’installations resté inachevé et intitulé "Owls at noon" ("Des chouettes à midi"), s’inscrivait d’ailleurs pleinement dans cette trajectoire, puisqu’il ne s’agissait rien moins que de composer un voyage subjectif à travers le 20e siècle ! Des chouettes à midi, des oiseaux de nuit en plein jour : "attirer à la lumière des choses ou des êtres qui normalement n’y ont pas accès. S’attacher à des détails, à des choses infimes que dédaignent les historiens et les sociologues, et par leur maillage, arriver au portrait d’une époque." Et parvenir à une autre représentation, une contre-Histoire peut-être, qui ne soit pas nécessairement celle des vainqueurs.


•• Le Joli Mai de Chris Marker et Pierre Lhomme (145 min, 1962)

•• Nuit et brouillard d'Alain Resnais (32 min, 1956)

•• Loin du Vietnam de  (110 min, 1967)

•• Cinétract 005, Anonyme (3 min, 1968)

•• Sans Soleil de Chris Marker (100 min, 1956)

•• 2084 de Chris Marker (10 min, 1984)

•• Le Tombeau d'Alexandre (120 min, 1993)

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