Confessions de grands patrons dans "La Voix de son maître"

Avant la communication politique, avant Twitter, l'insoutenable légèreté de la bourgeoisie, comme titré Usul, était certes plus feutrée mais se vivait pleinement. On peut y voir ces grands chefs d'entreprises qui discours avec entrain du plaisir qu'il y a à être patron. La forme a peut-être vieilli, mais les propos, qu'on imagine très bien tenus au palais Vivienne, eux, n'ont pas pris une ride.

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La voix de son maître

réalisé par Gérard Mordillat, Nicolas Philibert (1978, 96 minutes)

Notre avis : "Ce titre, "La Voix de son maître", je le trouve exécrable", dit un patron à la voix de Gitanes sans filtre. Ça commence bien.
Et la Gitane est révélatrice : nous sommes bien à une autre époque, où l'on pouvait cloper en réunion. Une époque où la langue même est différente : châtiée, et pas encore entièrement vidée de sa substance par les conseillers en communication. Pourtant, ce qui frappe tout au long des monologues qui constituent le film, c'est le sentiment d'être à un tournant. D'assister à la transition entre le patron-pater et le pouvoir des actionnaires. Mais aussi de voir arriver discrètement le manager, le collaborateur, l'entretien annuel d'évaluation : les jolis mots de notre monde professionnel, qui cachent des forêts et qui n'empêchent pas que, dessous, la réalité de l'entreprise existe, avec ses troubles musculo-squelettiques et ses bronchopneumopathies chroniques.

Le résumé : Douze patrons de grandes entreprises parlent face à la caméra. Du pouvoir, de la hiérarchie, des syndicats, des grèves, de l'autogestion... Leurs voix se mêlent, se dispersent, se démultiplient dans la ville et dans les usines. Sous le discours patronal apparait progressivement l'image d'un monde futur dont les bases sont déjà visibles aujourd'hui. Par une écoute et un regard attentifs, Philibert et Mordillat réussissent une critique subtile de cette réalité propre des patrons dont le pouvoir se fait, au fur et à mesure du film, toujours plus équivoque.

Bande-Annonce "La voix de son maître" Gérard Mordillat, Nicolas Philibert © Tënk

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