«À force on s'habitue», chronique de l'abandon permanent des banlieues populaires

Chômage, abandon des pouvoirs publics, délabrement, ennui; 50 ans plus tard, ce film, réalisé à Aulnay-Sous-Bois dans le cadre des "assises de la jeunesse" nous aide à comprendre les maux des "banlieues" et surtout comment les gouvernements successifs ont laissé la situation empirée et ses populations être paupérisées.

BA - A force, on s'habitue de Jean-Pierre Gallèpe © Tënk

Aulnay-sous-Bois, dans les années 1970. Filmés sur leurs lieux de vie – la cité de la Rose des Vents, la maison de la jeunesse, le conservatoire de musique... – des adolescents, garçons et filles, parlent de leur vie sur horizon de béton et de chômage. Avec lucidité, inquiétude, mais également avec humour, ils partagent leurs interrogations, dénoncent les stigmatisations et les déterminismes des systèmes éducatifs et sociaux.

À force on s'habitue

De Jean-Pierre Gallèpe (1979, 90 minutes)

En avril et mai 1979 se sont déroulées, à l’initiative d’une municipalité de la région parisienne, les « assises de la jeunesse ». Dans ce cadre sept courts métrages furent réalisées extrêmement rapidement afin de servir de support aux débats. Ces courts métrages traitaient des rapports des jeunes avec l’école, l’emploi, l’amour et la sexualité, la musique, l’habitat et la famille, la marginalité, les loisirs et les vacances. « A force on s’habitue » est directement issu de cette masse de documents. On y découvre des jeunes gens de 13 à 20 ans qui prennent la parole, se confient et nous parlent de leur vie sur horizon de béton et de chômage. Tous, pratiquement, connaissent l’angoisse, une angoisse qui va parfois jusqu’au désespoir. Souvent drôles, tendres ou poignantes leurs réponses sont autant d’interrogations : quel est leur avenir ? Apprendront-ils le métier qui leur plait ? Trouveront-ils du travail ? Quels garde-fous ont-ils par rapport à la délinquance ? Et pourtant, l’espoir existe. Tel ce centre de vacances dans les Alpes dont ils parlent encore huit mois après. Ils y avaient trouvé l’air pur, les cimes, la musique, le théatre et même cette communication parfois difficile entre eux.

BA - Escale: Eclore, même parmi les ronces © Tënk

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.