Germaine Tillion ou Notre Famille Humaine

En cette première semaine de mandat présidentiel, l'heure n'est pas aux "ouf", mais il n'est pas non plus aux "pfff". Soyons plutôt aux "bon !". Un peu d'humanisme ne va pas nous faire de mal ! En ce moment sur Tënk, nous vous proposons deux entretiens de l'ethnologue Germaine Tillion : un éloge tout en nuances de l’espèce humaine.

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« Une partie, même vaste et sans route, d’un département français, cela me semblait petit et proche et pas à la mesure de mon immense curiosité du monde… Il convenait toutefois aux débutants et, plus encore aux débutantes, de borner leurs ambitions…» (Germaine Tillion – Il était une fois l’ethnographie. Paris, Éditions du Seuil, 2000, p.14)

En 1970, l’ethnologue Germaine Tillion ouvre les portes de sa maison à Claude Santelli, dans le cadre de l’émission "La porte ouverte". Ce sont les 23 minutes de cette émission que nous vous proposons de regarder sur Tënk : Germaine Tillion ou Notre famille humaine. Alors âgée de 63 ans (elle sera centenaire), celle qui a épousé certains des combats les plus importants du XXe siècle et connu personnellement certaines de ses horreurs, décrit son travail d’ethnologue en Algérie, dans les Aurès, au travers d’anecdotes merveilleuses. 

Arnaud Lambert, programmateur de notre plage Grands entretiens, a choisi de partager avec vous "cette courte émission, d’une vingtaine de minutes, qui confine à l’état de grâce." Il poursuit : "Retraçant une partie seulement de son existence, Germaine Tillion se contente d’allusions à son engagement dans la Résistance ou son rôle pendant la guerre d’Algérie. Le temps n’est pas encore venu pour elle d’évoquer publiquement son expérience de Ravensbrück. Ces silences sont pourtant le hors-champ de cet échange, son envers, et en façonnent chacun des propos : le souci constant d’être à la hauteur de l’expérience passée, de la mémoire de ceux qui ne sont plus, de cette humanité qu’elle a côtoyée dans le désert, dans la lutte ou en prison. La parole s’en trouve chargée d’une gravité particulière, comme il est rarement donné à la télévision. Aucun misérabilisme, bien au contraire : l’expression d’une incorruptible exigence morale !"

Afin de donner suite à cette mise-en-bouche, nous vous invitons à poursuivre la rencontre avec Tillion grâce à Deux fils qui se croisent, Germaine Tillion de Françis Bouchet et Michel Anthonioz.

Quatre années se sont écoulées depuis ce premier entretien. Cette fois, l'ethnologue accepte de revenir sur une période douloureuse de sa vie, la déportation : "L’homme c’est tout. Le pire et le meilleur" dit-elle. En 1943, alors résistante, elle fut arrêtée par la Gestapo, emprisonnée à Fresnes puis déportée. Elle analyse ici le mode de fonctionnement du système concentrationnaire et l’importance de témoigner de cette période. Là encore, la parole est précise, concentrée, grave. C’est de vérité dont il s’agit ! Il s'agit de parvenir à restituer une expérience que l’on a précisément pu traverser parce que l’on s’était promis à soi-même, sur le coup, d’en porter témoignage. En 1974, le temps semble venu...

Son engagement en Algérie, où elle retourne en 1954, en pleine crise, pour une mission d'étude sur la sécurité des populations civiles, constitue le deuxième temps fort du film. Elle raconte ses démarches pour s’opposer à l’usage de la torture par l’armée française, fonder des centres sociaux et rencontrer, en pleine Bataille d'Alger, Yacef Saadi, stratège des attentats anti-français, pour tenter d'apaiser les violences.
"C’est instruite par son passé tragique qu’elle s’est rendue en Algérie au début de la guerre d’indépendance, des années après ses premiers travaux d’ethnologue, pour décrire l’effondrement économique des populations rurales et tenter de s’opposer à la radicalisation des violences (tortures, attentats). C’est le même affrontement de blocs de haine qu’elle reconnaît : cette violence qui avait conduit à la mort de ses camarades de Résistance en 1941… Cette douleur qui ne passe pas et qui fonde une vie entière d’engagements." (Arnaud Lambert)

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•• Germaine Tillion ou Notre famille humaine de Claude Santelli (23 minutes, 1970)

•• Deux fils qui se croisent, Germaine Tillion de Françis Bouchet et Michel Anthonioz (54 minutes, 1974)

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