2 ans après, retour sur les luttes des gilets jaunes dans "Imagine, demain on gagne"

Il y a deux ans, nous étions presque le 17 novembre 2018, le jour de ce qui ne s'appelait pas encore le 1er acte du mouvement des gilets jaunes. Nous en sommes loin, en 2020. Loin de ce truc incompréhensible, que l'éditorialiste effrayé catégorisa, que le pouvoir violent condamna, que la bourgeoisie craignit.

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On se rassembla, on parla, on défonça la porte d'un porte-parole du gouvernement (aujourd'hui éloigné des écrans), on hurla, on s'organisa, on parla, on boxa, on défila, on se fit défoncer le visage au LBD, on défila encore, on tint les ronds-points, aussi longtemps qu'on put.

Nous reprogrammons cette semaine Imagine, demain on gagne, de François Langlais et Arthur Thouvenin. 5 mois de la vie des Gilets Jaunes de Saint-Nazaire, entre occupation de leur Maison du Peuple, actions, assemblées, colère et perspectives d'avenir. C'est un anniversaire, mais c'est aussi le rappel d'un moment crucial, où il est devenu flagrant que le pouvoir vrillait. Qu'il était capable d'assumer de blesser et de tuer. Qu'il était de manière manifeste dans le camp opposé au peuple. Que "la-démocratie" ne lui était qu'un mot de façade pour défendre ses intérêts. Qu'il était criminel, quoi. S'il y avait de quoi lutter en 2018, il y aura de quoi faire en 2021 : un pouvoir endurci, les deux pieds dans l'autoritaire et, en face, la nécessité de retrouver l'énergie pour le défaire.

Reste à définir "on" et "gagne", dans "on gagne".

Imagine, demain on gagne d'Arthur Thouvenin et François Langlais (2020, 80 minutes)

Là il se passe quelque chose, il faut y aller.
Il semble que c’est un même mouvement qui incite Kyllian et Esperanza à rejoindre les ronds-points, et Arthur et François à filmer la Maison du peuple de Saint-Nazaire.
Pour l’habituée des combats syndicaux ou l’adolescent qui veut mettre fin à la galère, le mouvement des Gilets jaunes a rebattu les cartes du militantisme.
Les réalisateurs nous rappellent par l’image que vivre et lutter avec les autres est un apprentissage, et que les Gilets Jaunes ont redonné une dimension très concrète à la notion galvaudée du vivre-ensemble.
De l’intuition de la révolte à la formation politique, la force du film est de tisser le trajet de ce collectif qui se construit et transforme les gens qui le composent. Et comme Kylian, on se dit que quoi qu’il se passe maintenant, tout ça n’est pas perdu.

Alizée Mandereau, Chargée de production à Tënk

Bande Annonce - Imagine, demain on gagne de Arthur Thouvenin, François Langlais © Tënk

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