En Martinique, luttes agricoles et luttes décoloniales se conjuguent

Véronique Montjean est agricultrice du Morne Rouge et s'est battue pour exercer sa profession. « 125 hectares » parle de réappropriation; des terres, contre la monoculture dédiée à l'exportation, qui ne fait pas vivre la population, mais aussi des corps là où la chlordécone (insecticide cancérigène autrefois utilisé dans les bananeraies) continue de faire des ravages chez plus de 90 % des individus.

125-hectare

125 hectares

Réalisé par Florence Lazar -  2019, 33 minutes

Le résumé : 125 hectares, c’est la superficie du terrain occupé illicitement depuis 1983 par un collectif d’agriculteur·rices dans le nord de la Martinique. Membre fondatrice de ce collectif, Véronique Montjean témoigne de l’histoire de cette occupation. En prenant possession de ce qui était à l’époque une terre en friche pour développer une agriculture de subsistance fondée sur la biodiversité, les agriculteur·rices ont avant tout cherché à contrer des projets immobiliers menaçant les terres exploitables de l’île. Un parti pris agricole et politique qui s’oppose naturellement à la monoculture de la banane mise en place par l’Hexagone, et qui est à l’origine de la pollution à la chlordécone (insecticide cancérigène) d’une grande partie des sols et des rivières. 

Notre avis : Est-ce grâce à la précision des gestes, à la répétition des sons – mats, charnus, feuillus – que "125 hectares" offre la possibilité d’une attention renouvelée à la parole ? Le film ouvre en tous les cas un espace rare pour le déploiement de la pensée, articulant les mots de Véronique Montjean à son travail comme au terrain. Elle parle en s’éloignant de la caméra, ses yeux sondent l’horizon, plongent vers la terre, le passé, le futur ; elle semble deviser sans adresse, ou plutôt sans autre adresse que celle du champ, de l’île, de ses reliefs, de sa météo.
Au cœur de cette pensée, les problématiques soulevées rappellent celles de certaines ZAD – autonomie, occupation de terres, biodiversité. En Martinique, cependant, les marques de l’esclavagisme sont prégnantes, la relation à la métropole aussi. Ce serait alors, pour reprendre les mots de Florence Lazar, une idée de l’anti-plantation qui prend corps dans ce travail devenant ici lieu de lutte, de revendication, de préservation des terres et des savoirs.

Charlène Dinhut, Programmatrice et commissaire d'exposition

Distinctions

  • 2020 : Cinéma du réel - Paris (France) - Section Front(s) populaire(s)
  • 2020 : Sheffield Doc/Fest - Sheffield (Royaume-Uni) - Section Into the World
  • 2019 : IDFA - International Documentary Festival Amsterdam - Amsterdam (Pays-Bas) - IDFA Competition for Mid-Length Documentary

Bande-Annonce : "125 Hectares" de Florence Lazar © Tënk

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