Le travailleur immigré, «machine humaine, qui fait tout pour presque rien»

Portrait du terrible parcours du combattant d’un immigré africain à Paris, « Nationalité immigré » raisonne fortement aujourd'hui. Les travailleur.euse.s immigré.e.s on les aime dociles, au volant d'un vélo pour nous apporter notre repas alors que les chaînes d'infos en continu braillent le danger du grand remplacement. Un coup de poing auto-produit qui raconte leur dignité.

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" Souvenirs ternes d'une employée fidèle
Toujours à la traîne derrière cette employée modèle.
Je suis allé faire parlé le cuir usé
D'une valise de près d'un quart de siècle mon aîné,
Dire qu'en 62, les ruines encore traumatisées
De Lomé jusqu'au port de Goré,
Elles témoignent de ces rêves en rupture de sève.
A la levée des passerelles, sous une averse de grêle,
Le mistral du Grand Nord traverse, sans jamais trahir,
Le vieil héritage colonial dominé par des siècles,
Reliant le Havre et ses environs
Depuis la sinistre cale d'un navire d'embarcation.
Quand même les rats et les cafards cohabitent en paix,
Avec les symboles vulgaires de la France d'après guerre,
Il se pourrait que cette valise, confinée dans un coin
Hurle au destin qu'elle n'est pas venue en vain. "

Extrait de la chanson "Le Cuir usé d'une valise" (2002) - La Rumeur

Nationalité immigré

Réalisé par Sidney Sokhona (1975, 90 minutes)

Le résumé : Un ouvrier mauritanien, Sidi, travaille en France. Comme la plupart des ouvriers immigrés, il est employé aux travaux les plus pénibles et les plus dangereux. Sidi et ses camarades sont exploités d’une façon systématique et permanente, aussi bien par leurs patrons que par leurs propres compatriotes qui ont toujours à proposer des cartes de travail truquées, des taudis où les immigrés achètent au plus haut prix leur droit au sommeil. Mais aux prises avec le racisme et l’exploitation économique, les travailleurs immigrés se concertent, s’organisent...

Notre avis : Sidney Sokhona raconte sa vie et celle des autres immigrés noirs à Paris au début des années 70 : il tourne son film sans production, en le payant avec l'argent de son travail, et en le pensant comme un réveil politique pour ses confrères. Son film est un sobre essai brechtien qui nous fait traverser avec justesse et précision accablantes tous les aspects de l'odyssée d'un immigré. Pas de misérabilisme, ni d'hypocrisie humaniste, mais un parcours didactique de prise de conscience à la fois politique – jusqu'à la lutte organisée et commune – et cinématographique – il marque une distance nette avec le cinéma militant français de l'époque. Un manifeste.

254--Nationalite-Immigre--BA--Sidney-Sokhona--Hist--1980mp4 © Tënk

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