Au sujet des visas, du coelacanthe et du spectacle Obsession(s)

Sept interprètes sont prévus dans la distribution du spectacle Obsession(s) qui fera ses premières dates au Théâtre d'Ivry Antoine Vitez en novembre, mais trois d’entre eux (un trio de musique soufie) ne peuvent quitter le territoire des Comores, aujourd’hui, à cause d’une crise diplomatique. L’État français refuse d’octroyer des visas aux Comoriens...

PÉRIL VISA EN FRANCOPHONIES !

Sept interprètes sont prévus dans la distribution du spectacle Obsession(s) qui fera ses premières dates au Théâtre d'Ivry Antoine Vitez en novembre, mais trois d’entre eux (un trio de musique soufie) ne peuvent quitter le territoire des Comores, aujourd’hui, à cause d’une crise diplomatique. L’État français refuse d’octroyer des visas aux Comoriens tant que L’État comorien n’admet pas les refoulements de leurs ressortissants à Mayotte. Cette situation dure depuis le mois de février dernier. Elle relève d’une complexité politique, celle d’une décolonisation inachevée des Comores. Le droit international considère que la France occupe la quatrième île de l’archipel, Mayotte. Une vingtaine de résolutions de l’ONU condamne la France à ce sujet depuis 1975, une condamnation soutenue aussi par l’Union Africaine et la Ligue des Pays Arabes. Mayotte, devenue département français et région européenne ultrapériphérique (de manière unilatérale ?), considère les « Comoriens » comme étrangers à sa réalité. Paris les refoule dans ce sens. Ce que l’État comorien considère, en référence au droit international, toujours, comme étant un déplacement de population. Il se refuse donc à y participer.  Ce bras de fer, entamé en début d’année, a généré une situation inédite.

Le message de Soeuf Elbadawi © Muzdalifa House

La France bloque toutes les entrées comoriennes dans l’espace Schengen, en représailles. Plus aucune demande de visas n’est acceptée, y compris pour se rendre dans un pays européen. Début septembre, les ministres des affaires étrangères des deux pays se sont rencontrés à Paris, en se promettant de tout faire, pour mettre fin au gel des visas. Mais aujourd'hui rien, la situation reste bloquée, cette décision étant maintenue depuis le plus haut sommet de L’État Français.

A ce jour, nous ne savons pas si ces artistes vont pouvoir ou non quitter les Comores, pour prendre leur part (prévue) dans l’aventure. Nous restons confiants, sauf à accepter de réécrire tout un projet, qui nous semble, au demeurant, essentiel. Si nous le soutenons, c’est bien parce que nous pensons qu’il est nécessaire, et que d’autres tracés encore sont possibles entre nos deux mondes. Obsession(s), se situe « hors des mémoires dites exclusives, avec la volonté de renouer avec une histoire en partage, de s’affranchir d’un récit mutilé et de s’ouvrir à une pluralité des regards ».

Le travail de Sœuf Elbadawi essaie de déconstruire un legs, et d’élargir la perspective de lecture, quant au fait colonial. Il rejoint les débats actuels entre la France et l’Afrique, dans un esprit d’apaisement et décrispation. C’est ce qui explique notre engagement à son égard. Mais pourra-t-il faire aboutir ce travail, pleinement, si trois visas l’en empêchent ? Nous demandons à tous de nous aider à défendre cette parole, qui contribue, comme il l’écrit, à « faire entendre la part de l’ombre ».  Est-il normal dans ce pays (France) où la culture a toujours été le lieu de la main tendue (dialogue) que l’on puisse « fracturer » un tel travail à sa base ? Nous restons persuadés que l’expression d’une parole aussi inventive contribue à forger un autre regard sur les réalités qui nous occupent, entre le Nord et le Sud.  Aidez-nous ! (contact Gwénola Bastide  billkiss@orange.fr )

 

Obsession(s)

"Il est une histoire à écrire. Une histoire qui rassemble. Et nous voulons en être."

Un trio soufi contant la détresse d’un archipel, un artiste rendu fou à force de digérer sa destinée dans l’ombre, un manipulateur d’objets québécois conversant avec un poisson réchappé du crétacé, un conteur des Amériques devisant sur la geste passé de ses semblables…

Ce spectacle naît du besoin de questionner la fabrique coloniale, d’une volonté de renouer avec une histoire en partage, du besoin de s’ouvrir à une pluralité des regards et de s’affranchir d’un récit mutilé.

Obsession(s) un objet pluridisciplinaire, qui s’échappe d’une prison à ciel ouvert, les Comores, pour retrouver les chemins du monde et « dire la complexité de nos vis-à-vis, entre Sud et Nord, encore sous tutelle » nous confie son auteur, Sœuf Elbadawi.

Sœuf El Badawi, auteur, metteur et comédien, est un intranquille à l’intranquillité partageuse, contagieuse. Intranquille… comme on dirait indigné, révolté, insurgé ou plus simplement humain. Furieusement humain. Un obsédé du genre humain !

Ce spectacle est programmé au Théâtre d'Ivry Antoine Vitez dans le cadre des Théâtrales Charles Dullin, en coproduction avec Le Tarmac , et le Théâtre Studio d'Alfortville.

Texte et mise en scène Sœuf Elbadawi

Conception théâtre d’objets et manipulation Francis Monty  en complicité avec Julie Vallée-Léger et pour la fabrication Chann Delisle   Avec André Dédé Duguet, Leïla Gaudin,  Francis Monty, Sœuf Elbadawi, et Mourchid Abdillah, Mohamed Saïd, Chadhouli Mohamed du chœur Soufi Lyaman (distribution en cours)

Scénographie  Margot Clavières et Julie Vallée Léger

Régie générale, lumières Matthieu Bassahon

 

Découvrez Obsession(s) au Théâtre d'Ivry Antoine Vitez les 8, 9, 12, 15 et 16 novembre à 20h

Toutes les infos sur les réservations, accès, etc. : ici

Le Théâtre Antoine Vitez fait hospitalité à toutes formes d’expressions sensibles, savantes et populaires, qui témoignent de la diversité culturelle à l’œuvre dans une société joyeusement cosmopolite. Cette diversité s’exprime notamment par l’ouverture à l’international dans tous les domaines de la programmation mais, avant tout, par l’accueil d’artistes aux racines rhizomes, insoumis à toute assignation à identité.

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