Tire l'aiguille, journal de la création (4)

Ils fondent un genre très particulier que Charles Aznavour qualifie de « Klezmer français ».

Paris dans les années 1930. Front populaire oblige, c’est plus que jamais dans les cafés que ça se passe. Chaque fédération, chaque association de gauche se doit d’avoir ses groupes culturels, ses chorales, ses clubs de théâtre et de poésie. C’est dans un de ces cafés gagnés à « la cause » que René Lebas rencontre Nathan Korb qui deviendra Francis Lemarque …

Plus amoureux de Paris que cette bande d’immigrés juifs, tu meurs !

Renée Lebas, Francis Lemarque et leurs amis musiciens et paroliers, Glanzberg, Wal Berg, Eddy Marnay et surtout les pianistes Michel Emer et Emile Stern, donnent à la chanson française des accents d’Europe de l’Est. Ils fondent un genre très particulier que Charles Aznavour, l’arménien de la bande,  qualifie de « Klezmer français ».

Pour voyager dans l’œuvre de Renée Lebas j'ai trouvé un compagnon de rêve, le roi du Klezmer. Avec Alexis Kune au piano et à l’accordéon, j’ai toute la musique du monde avec moi !

Et comme titre pour le spectacle j'ai choisi le nom de la chanson la plus connue de Renée Lebas, Tire l.aiguille. Son tube ! Grand prix du disque, en 1952. Une chanson tout droit sortie du folklore yiddish : au départ c'est un très ancien thème instrumental sur lequel des paroles seront ajoutée pour devenir le tube que l'on connaît.

 

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Claire Zalamansky est une nomade de la chanson, lancée sur les traces de toutes sortes de chants d’exils et de migrations. On avait découvert ses chants sépharades ; avec Tire l’aiguille, elle explore la tradition ashkénaze et sa fécondité. Le spectacle ressuscite Renée Lebas, chanteuse légendaire qui, avec Aznavour, fit découvrir à la France le son klezmer. Juive d’origine roumaine,

Renée Lebas régna sur la scène française des années cinquante, et distilla la musique yiddish dans la goualante. Célèbre pour sa diction perlée, elle brassait les influences de l’Est avec le musette, mêlait les cymbales à l’accordéon. Interprète d’aujourd’hui, Claire Zalamansky s’empare de ce répertoire qui fleure bon le cabaret enfumé et le Paris populaire, gouailleur et cosmopolite. Et « tirant l’aiguille », elle entremêle les fils de la légende Renée Lebas avec ceux de sa propre histoire familiale, tissée d’exils.

Découvrez Tire l'aiguille au Théâtre d'Ivry Antoine Vitez les 4, 5, 17, 18 et 19 mai à 20h!

 

Autour du spectacle : Éclairages à 18h au bar

Samedi 5 mai : Bertrand Dicale (journaliste chanson à Radio France) viendra nous parler des apports des musiques juives d’Europe de l’Est dans la chanson française.

Jeudi 18 mai : Paulette Greiner, de l’Association pour la mémoire des enfants juifs déportés d’Ivry, viendra nous parler du travail que fait l'association sur la transmission de l’Histoire de la déportation à Ivry.

 

Le Théâtre Antoine Vitez fait hospitalité à toutes formes d’expressions sensibles, savantes et populaires, qui témoignent de la diversité culturelle à l’œuvre dans une société joyeusement cosmopolite. Cette diversité s’exprime notamment par l’ouverture à l’international dans tous les domaines de la programmation mais, avant tout, par l’accueil d’artistes aux racines rhizomes, insoumis à toute assignation à identité.

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