Raharimanana : Journal du vide (2)

"Que peut la parole quand l’eau s’engouffre dans les gorges et que les corps flottent ?" Journal de la création, Parfois le vide

 © Raharimanana © Raharimanana

 

 Que peut la parole quand l’eau s’engouffre dans les gorges et que les corps flottent ? Je me pose constamment cette question. A quoi sert l’écriture ou la parole face aux tragédies du monde ? Je suis tenté comme beaucoup de capituler. Pourquoi faire du théâtre quand tout se joue dans la réalité ? Pourquoi faire du théâtre quand tout s’est joué déjà ?

Prévenir, éduquer, résister ?

Je n’ai pas de réponse, j’offre mes mots à des inconnus, à ceux qui viendront voir la pièce, j’offre cette musique intérieure à ceux qui cherchent, qui fouillent en eux sans toujours trouver, j’offre des images fabriquées sur le tâtonnement pour réveiller des sensations, pour confirmer des évidences, je ne fais que du théâtre, je pose la vie, je parie sur la toile qui nous relie tous.

Troisième jour de répétition, les mots s’enchevêtrent dans l’inachevé, il faudrait les laisser ainsi, dans l’enchevêtrement pour que soient possibles toutes hypothèses, la vérité est tout autour, il faut prendre corps.

 

 © Raharimanana © Raharimanana

 

 Parfois le vide, c'est le récit d'un voyageur entre eau, terre et ciel, survivant ou noyé. Un de ces héros des tragédies contemporaines qu'on nomme "migrants", qui exercent leur liberté contre la violence des frontières. Un héros qui pourrait venir de partout et nulle part, avoir vécu toutes les traversées, tous les naufrages, toutes les dérives.

L'œuvre se présente comme un poème épique, dit et chanté, un oratorio qui renoue avec la tradition malgache : s'emparer en voix et musique du récit du monde. Ce chant lucide, amer et révolté mais non dénué d'humour, Raharimanana le livre en duo avec la chanteuse Géraldine Keller. Tao Ravao accompagne la scansion du récit, dont il souligne l'enracinement originel, tandis que les subtiles percussions de Jean-Christophe Felhandler nous invitent à l'écoute du vaste monde.

« Un personnage entre les eaux et le ciel, il est parfois oiseau, souvent noyé/nageur. Il va vers, ou peut-être qu’il fuit… on dit qu’il migre. Appartient-il à une terre, à un pays ? Mais il n’y a plus de pays depuis que les dirigeants ont vendu l’eau comme l’air, les dessous de terre comme les frontières, les dessous de ciel comme les horizons. »

Découvrez le spectacle Parfois le vide, au Théâtre d'Ivry Antoine Vitez : jeudi 16 mars, jeudi 22 mars, vendredi 23 mars, jeudi 29 mars, vendredi 30 mars & samedi 31 mars, à 20h.

Toutes les infos sur les réservations, accès, etc. : ici

 

Et autour des représentations :

* jeudi 22 mars 18h au bar du Théâtre, avant le spectacle, Laurence de Cock nous proposera un éclairage "histoire et mémoire" autour du post colonialisme, notamment à Madagascar, suivi d'un temps d'échange avec le public.

* jeudi 29 mars avant et après la représentation, débats, discussions animés par des associations malgaches : Laterit prod, Mémoires de Madagascar et Soamad (sous réserve).

*samedi 31 mars 18h : lecture par Isabelle Fruleux de textes en échos au spectacle : Frères migrants de Patrick Chamoiseau, des extraits de textes de Frantz Fanon et Aimé Césaire.

 Le Théâtre Antoine Vitez fait hospitalité à toutes formes d’expressions sensibles, savantes et populaires, qui témoignent de la diversité culturelle à l’œuvre dans une société joyeusement cosmopolite. Cette diversité s’exprime notamment par l’ouverture à l’international dans tous les domaines de la programmation mais, avant tout, par l’accueil d’artistes aux racines rhizomes, insoumis à toute assignation à identité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.