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Billet de blog 25 avril 2022

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Fado dans les veines

Ce texte fait référence au spectacle Fado dans les veines, écrit et mis en scène par Nadège Prugnard et donné en représentation en l’occurrence les 18 et 19 mars 2022 au Théâtre Joliette à Marseille dans le cadre de la Biennale des Écritures du Réel produite par le Théâtre la Cité officiant à Marseille.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce spectacle porte sur la migration des portugais sous le régime de Salazar et sur la révolution des Œillets. Pour ce texte, j’ai choisi d’évoquer l’univers de la pièce et de la représentation de manière à livrer ce qui m’y a touché.

Portugal. Caralho. Comment dire l’arrachement à son pays ? Comment traduire la violence de la dictature de Salazar et ses conséquences désastreuses ? La perte d’un pays. La perte d’une communauté. La perte d’une identité. Comment traduire ce renversement de situation qu’opéra la Révolution des Œillets et comment partager les valeurs de fraternité que chantait José Afonso ? Ici, l’orchestre, le chant et la poésie ont pris le dessus sur une trame narrative linéaire et limpide. On crie, on chante, on danse, on déclame, on s’exclame. Une grande table au centre de la scène semble évoquer les repas, l’union, l’unité perdue ou en recherche des hommes. Les mots dits, lancés, jetés sont une poésie crue, une poésie de la déchirure. La représentation est ponctuée de fados. Fado, anciennement « destin ». Constitué traditionnellement de chants accompagnés d’instruments à cordes pincées, le fado vient exprimer, pourrions-nous dire, la mélancolie d’une chose que l’on ne retrouvera plus ou la nostalgie d’une chose inaccessible. Ici, c’est un fado qui narre la « déchirure du monde » comme dit Nadège Prugnard. Au-delà des blessures de l’exil, on tente alors de chanter la désespérance. Non pas comme une tristesse, une douleur ou une souffrance isolées, mais comme un mélange de blessure et de joie, d’absence et de surgissement qui viendrait métaphoriser le cœur de nos vies, l’essence équivoque de nos existences. C’est dans cet univers joyeux, chaotique et onirique que les mots de Nadège Prugnard nous emportent, raillant certains travers religieux, raillant la dictature de Salazar, chantant et dévoilant des plaisirs sensuels; ceci pour porter haut la voix d’un peuple pas assez entendu, d’exils trop souvent méconnus et plus généralement d’une humanité qui se tait face à la peur.

Théo Sigognault

Illustration 1
© Jean-Pierre Estournet

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