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Billet de blog 10 juin 2022

Une « révolution culturelle » éducative à marche forcée ?

Après la nomination de Pap Ndiaye, on peut espérer un dialogue un peu plus apaisé avec les personnels et leurs représentants. Mais en dehors de ce seul aspect éventuellement positif, il n’y a pas lieu de se réjouir davantage. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’adaptation contrainte de l’Éducation nationale à la doctrine du New Public Management n’est pas remise en cause. Bien au contraire.

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                Assumer d’être ministre au sein d’un tel gouvernement c’est d’abord accepter la feuille de route globale que le Président a imaginée pour l’Éducation nationale dans le cadre de son second quinquennat. Pour simplifier, il s’agit de suspendre temporairement les accusations d’islamo-gauchisme et de wokisme pour mieux faire passer l’essentiel : la transformation en profondeur du fonctionnement du service public d’éducation et de l’ethos1 de ses agents dans une direction néolibérale. 

S’il est légitime de se préoccuper des enjeux liés à la mise sous pression budgétaire de l’Éducation nationale (rémunérations, effectifs par classe, suppression de postes, etc.), il convient également de souligner les effets plus insidieux sur le long terme des réformes du monde éducatif. L’éducation n’est qu’un cas particulier d’un projet global de transformation du champ administratif dont le scandale McKinsey est l’illustration idéale-typique. Emmanuel Macron n’a-t-il d’ailleurs pas parlé d’une « révolution culturelle » 2 à venir dans l’Éducation nationale ? On appréciera la référence maoïste…

Pour reprendre l’expression de Hegel, il s’agit au fond de mettre à l’endroit un « monde renversé » car il est figurateur d’un modèle non capitaliste qui donne à voir ce que pourraient être les fondements d’une autre manière de faire société. Comme dans les autres services publics, l’enjeu majeur est celui du statut de fonctionnaire qu’il convient de mettre à mal en renforçant l’hétéronomie 3 du monde éducatif au moyen des doctrines du New Public Management.                                                                                                                                                                                                           

L'enjeu du statut de fonctionnaire

La Loi de transformation de la fonction publique, le projet de réforme des retraites de 2019 et les nouveaux dispositifs éducatifs expérimentés aujourd’hui à Marseille sont les derniers avatars d’un long processus de mise en péril des statuts de la fonction publique. In fine, l’effet central de ce processus revient à supprimer définitivement des sociétés modernes capitalistes cette institution communiste déjà là (ou encore là) qu’est le statut de fonctionnaire 4.

À terme, il s’agit pour ces réformateurs de réintroduire les fonctionnaires dans le marché du travail et son monde (capitaliste). Dans l’Éducation nationale, cela se fera par la signature d’un « nouveau pacte » qui devrait consister en la substitution :

 - du poste à vie par des contrats de travail (CDI, CDD, à mission particulière) plus ou moins précaires ;

 - du salaire à la qualification personnelle - c’est-à-dire d'un droit à un traitement à vie, dont les ressources proviennent d’une socialisation du salaire et dont le montant ne dépend pas de la contribution individuelle ou des fluctuations du marché - par des salaires au mérite et aux résultats (part variable des rémunérations pour « plus d’efforts », contribution à des projets éducatifs, résultats des établissements, etc.) ;

 - des évolutions de carrière homogènes, établies collectivement, par des avancements négociés individuellement auprès des chefs d’établissement et des inspecteurs, de plus en plus chargés du recrutement des personnels.

Dans l’éducation, la « révolution culturelle » va s’imposer par la mise en œuvre des méthodes de la “Nouvelle gestion publique” (New Public Management) et l’extension de la contractualisation, autrement dit le recours croissant à des acteurs venus du privé (enseignants et personnels de direction notamment) dont le recrutement prend maintenant la forme de job dating. Les maîtres-mots de ces méthodes étant flexibilité et efficacité.                                                                                                                                                                                                                                            

L'hétéronomie croissante du monde éducatif

Les procédures de contrôle et d’évaluation du New Public Management ont d’abord été appliquées à la santé, à l’énergie, aux transports et à la justice. Aujourd’hui, ils se diffusent de plus en plus dans les services de l’éducation. 

Dans les années 1990, à mesure que l’autonomie des établissements scolaires s'affirme, l’évaluation des établissements devient progressivement obligatoire. Elle se fait dorénavant tous les 5 ans dans le second degré sur la base de critères d’efficacité chiffrés (on parle dorénavant de “valeur ajoutée” des établissements scolaires) et de la signature de “contrats d’objectifs”.

Un rapport de l’Inspection générale publié en 2017 rappelle les objectifs de ces évaluations :

« L’évaluation a toujours été présentée comme une composante essentielle de la réforme de l’État. [...] Trois objectifs sont généralement poursuivis : s’assurer de l’efficacité des services et des politiques publiques, améliorer leur performance en un temps ou la contrainte budgétaire se fait de plus en plus forte, favoriser l’adaptation des missions et de l’action de l’État »  5. Or, les fonctionnaires en place y opposent une résistance qui déplaît car elle empêcherait la mise en place de réformes porteuses d’efficacité et serait un frein à la performance du système scolaire dans son ensemble. Le rapport constate ainsi que « l’évaluation des établissements suscite encore une « grande méfiance » et peut conduire à des tensions car « les esprits ne sont pas mûrs »  6. Qu’à cela ne tienne, il faut changer les esprits.

C’est bien cette doctrine de transformation de la fonction publique et de son ethos qui justifie le recours à des travailleurs issus d’autres univers professionnels. Les autorités estiment d'ailleurs qu’ils vont « redynamiser » le métier d’enseignant en y important les valeurs et les pratiques acquises dans ces univers. Ces travailleurs (essentiellement des cadres du privé) sont donc invités à participer à des job dating de 30 minutes pour devenir enseignants. Ignorant à peu près tout du métier, ils manifestent souvent un enthousiasme un peu naïf et une « motivation » exemplaire. Des qualités qui manqueraient apparemment aux membres du corps enseignant. Entre 2010 et 2019, le nombre d’enseignants contractuels a ainsi augmenté de 47 % tandis que les taux de démission parmi les enseignants titulaires du 1er degré et du 2nd degré étaient respectivement multipliés par 5 et 3 sur la même période 7

Parallèlement, au cours des 40 dernières années la multiplication des “maux du travail” (burn out, dépressions, suicides) chez les enseignants 8 n’a pas conduit à une reconnaissance réelle, de la part des pouvoirs publics, de la dégradation de leurs conditions de travail ou de leur démotion sociale. Au contraire, elle se traduit par deux accusations. Celle d’un « manque de motivation » et celle du refus de s'adapter, de se transformer. Cette injonction à l’adaptation permanente par la mise en concurrence généralisée, supposément productrice d’innovations, est l’un des fondements de la philosophie néolibérale 9. Sous ce prisme, le « corporatisme » enseignant est perçu comme un archaïsme (et qualifié comme tel), comme la rémanence d’un monde appelé à disparaître. 

En droit, un corps administratif se définit comme « un ensemble d'agents soumis aux mêmes règles administratives pour leur déroulement de carrière ». Dans un sens sociologique, on pourrait définir un corps comme l’ensemble des agents d’une profession partageant un statut et une identité collective et dont la propriété fondamentale est le conatus, soit la persévérance dans son être. Cette persévérance passe notamment par le contrôle des « droits d’entrée » dans ce corps, c’est-à-dire du recrutement de ses membres. Par ces mécanismes de contrôle, les agents d’un même corps tendent ainsi à être globalement dotés des mêmes dispositions, des mêmes schèmes de pensée, d’action et d’appréciation. Bref, du même ethos. En intégrant au corps enseignant des agents qui ne partagent pas le même ethos, on remet en question la norme fondamentale du champ scolaire.

Mais l’effritement du corps enseignant passe aussi par le recours à la diversification des catégories de postes chez les enseignants titulaires eux-mêmes (stagiaires de tous types, TZR, titulaires fixes, postes à profil, postes spécifiques, « postes à exigences particulières » 10, etc.). En cassant le corps (et son esprit) on affaiblit les résistances collectives que l’homogénéité des situations et des conditions tend à favoriser. À l’orée des années 2000, les sociologues de l’action publique avaient pourtant mis en évidence les effets durablement délétères de la transformation des pratiques et des personnels dans les services de l’assistance sociale 11 ou dans les services de santé 12. Elle commence d'ailleurs à concerner des professions administratives qui en étaient jusque-là relativement préservées (le corps diplomatique notamment). 

Résister à ces procédures d’évaluation et de classement revient à s’opposer à l’engrenage qui fera de « l’école un hôpital comme un autre ».            

Lutter contre la mise à l'endroit des mondes renversés

Dans les sociétés capitalistes, les mondes renversés sont des ordres sociaux, des microcosmes, dans lesquels la loi fondamentale est inverse à celle du champ économique. Le nomos 13 de ce champ est parfois exprimé par la tautologie « les affaires sont les affaires », et en affaires il n’y a pas de place pour les conduites altruistes.

Dans les mondes renversés, les attitudes et les motivations désintéressées sont valorisées, les actions orientées vers la maximisation des intérêts individuels par le calcul rationnel des gains et des coûts sont mises à distance. Parmi ces mondes à l’envers on peut mentionner le champ artistique dont la tautologie fondatrice serait « l’art pour l’art », le champ scientifique (« la science pour la science ») ou encore le champ religieux. Mais c’est également le cas du monde administratif tel qu’il s’est constitué depuis trois siècles et dont les services d’éducation font partie. Un monde orienté vers une fonction de services rendus au public. Du fait de son histoire, les agents du champ bureaucratique ont « un intérêt particulier à l’intérêt universel » 14 et en défendant leurs intérêts individuels et collectifs ils défendent aussi l’intérêt général. 

Mais pour que ces normes et ces valeurs désintéressées perdurent, il faut un espace public où ces dispositions sont récompensées matériellement et symboliquement. Or, c’est bien ce qui se joue avec les réformes successives visant à la transformation de la fonction publique et, aujourd’hui, de l’Éducation nationale. En détruisant cet espace de récompense, on détruit les conditions qui rendent possibles des conduites désintéressées et, ce faisant, on met fin à ces dispositions pour en substituer d’autres, ici celles du champ économique. Il s’agit donc de mettre ce monde renversé à l’endroit.

Lutter contre la mise à l’endroit des mondes à l’envers ou a minima pour la défense des “conquis sociaux” (statut de fonctionnaire) ne veut pas dire qu'on doit s'enfermer dans le modèle scolaire du XXème siècle. On le sait bien assez, celui-ci participe pleinement à la reproduction intergénérationnelle des positions sociales mais peut-être surtout à celle de l’ordre social dans son ensemble. Par exemple, le mot capitalisme n'apparaît pas une seule fois dans le programme de SES… 

Il fournit par ailleurs aux dominants une “sociodicée 15 de leurs propres privilèges” dans la mesure où l’excellence scolaire de quelques-uns, fondée sur leur prétendu mérite, donne forme aujourd’hui à ce que P. Bourdieu appelait un « racisme de l’intelligence » 16. Les néolibéraux considèrent en effet qu’il existe des capables et des incapables, des rationnels et des irrationnels, des intelligents et des stupides qu’il faut orienter vers les bonnes décisions. De fait, cette ontologie 17 néolibérale est fondamentalement anti-démocratique 18.  

Tout comme les “inspecteurs de fabrique” étudiés par K. Marx, les enseignants occupent une position sociale très ambigüe dans la mesure où ils servent à la fois les intérêts des dominants et fournissent en même temps des instruments nécessaires à l'émancipation des dominés. C’est pourquoi la démocratisation scolaire sous toutes ses formes doit être l’horizon des revendications du corps enseignant. D’une part pour lutter contre la corrélation entre origine sociale et chance de réussite. D’autre part, pour construire des modalités réellement démocratiques de gouvernance du système scolaire, en intégrant systématiquement l’ensemble des participants (élèves, personnels, parents, acteurs associatifs).

L’école doit véritablement devenir la skholé, ce temps de loisir libéré des urgences du monde ordinaire où l’apprentissage de la démocratie dans tous les domaines de l’existence serait la priorité. L’école publique doit travailler à devenir une école de la démocratie, c’est-à-dire un espace où la formation de dispositions démocratiques est rendue possible. Elle doit cesser d’être ce temps où les élèves acquièrent une approche utilitariste du savoir et des dispositions de docilité face aux injonctions du champ économique. Sur ce point, le système de Parcoursup et ses lettres de motivation infernales constitue un exemple flagrant. 

En revanche, cet élan de démocratisation ne pourra pas se faire si le processus de paupérisation de l’Éducation nationale se poursuit. Ni même si l’hétéronomie qu’elle subit s’intensifie. La protection des règles que nous souhaitons conserver et la construction de nouvelles normes que nous souhaitons voir advenir doivent être nos priorités. « L’autonomie est une manière de transformer l’hétéronomie en soumission élective à une règle qu’on a soi-même choisie » 19. Mais il faut pour cela que le corps enseignant s’inscrive dans un mouvement social plus large et s’arrime aux luttes que mènent les autres mondes renversés car, au fond, ils luttent contre le même adversaire. Ne perdons ainsi pas de vue que l’enjeu principal n’est peut-être pas la défense isolée de ces univers particuliers mais bien la construction d’une lutte commune tournée vers le renversement du monde à l’endroit.                                                                                                                                                                              


1 Système de schèmes implicites d’action, de pensée et d’appréciation

2 https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/06/03/a-marseille-emmanuel-macron-entame-sa-revolution-culturelle-dans-les-ecoles_6128739_823448.html

3 Fait d'être influencé par des facteurs extérieurs, d'être soumis à des lois ou des règles établies par une entité extérieure.

4 B. FRIOT & F. LORDON, En travail (2022)

5 Rapport IGAENR, L’évaluation des établissements par l’académie (2017), p.4

6 Ibid, p.16

7 https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/080121/personnels-de-l-education-nationale-des-chiffres-qui-interpellent

8 https://www.education.gouv.fr/les-enseignants-professionnalisation-carrieres-et-conditions-de-travail-4259

9 B. STIEGLER, Il faut s'adapter (2019)

10 http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2022/06/03062022Article637898357842140365.aspx

11 V. DUBOIS, Contrôler les assistés (2020) 

12 F. PIERRU, Hippocrate malade de ses réformes (2007)

13 Synonyme de "loi fondamentale".

14 P. BOURDIEU, L’intérêt au désintéressement. Cours au Collège de France du 17 mars 1988.

15 Justification et légitimation théorique du fonctionnement de la société, de l’ordre social.

16 https://www.monde-diplomatique.fr/2004/04/BOURDIEU/11113

17 Partie de la philosophie qui traite de l'être indépendamment de ses déterminations particulières.

18 W. LIPPMAN, Public opinion (1922)

19 P. BOURDIEU, L’intérêt au désintéressement. Cours au Collège de France du 17 mars 1988.

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