Face à l’islamophobie, des actes

L’offensive islamophobe que nous traversons est d’une grande violence. Après l’attentat de Bayonne, plus personne ne peut se taire ou se mentir : c’est à l’islamophobie en tant que telle qu’il faut riposter. Sans en discuter les termes ou les conditions. Et en sortant de ce qui est trop souvent le premier réflexe à gauche, celui de n’en parler que comme d’une « diversion ».

Il faut savoir nommer les choses pour les combattre. Avec le très large panel de signataires de l’appel « Le 10 novembre, à Paris, nous dirons STOP à l’islamophobie ! », on peut dire que la mesure du danger et l’urgence de la situation a enfin été prise (voir informations en fin de billet). On ne peut que l’espérer.

Car il faut désormais que ce soit clair : non, on ne peut pas avoir « le droit » de se dire islamophobe quand on se prétend attaché à l’égalité et à l’émancipation. Se revendiquer de ce mot-là c’est se revendiquer du cortège de stigmatisations, de discriminations, d’insultes, de violences qui frappent les personnes musulmanes ou désignées comme telles.

L’islamophobie est aujourd’hui l’un des principaux vecteurs de la fascisation de nos sociétés. Il n’y a qu’une priorité : la dénoncer, la combattre, la faire reculer. Et pas en discuter sa réalité où la manière d’en parler.

Mobiliser le camp de l’égalité

Les propos de Blanquer, l’appel à une « société de vigilance », les persécutions et les violences grandissantes à l'encontre des personnes musulmanes, l’attentat de Bayonne, l’entretien de Macron à Valeurs actuelles, l’extrême droite en embuscade... Notre camp, celui de l’égalité, est aujourd’hui mis face à ses responsabilités.

Retrouver dans l’appel du 10 novembre, la signature de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, celles des organisations syndicales FSU et Solidaires, est un signal fort qui peut représenter un tournant majeur dans la riposte à l’offensive islamophobe.

La CGT avait d’ailleurs déjà annoncé son boycott de CNews et qualifié très clairement l’attentat de Bayonne de « raciste et islamophobe ».

Que les organisations syndicales prennent à bras le corps le combat contre l’islamophobie sera décisif. Par le maillage qu’elles ont, par leur légitimité dans une grande partie de la population, par le contre-pouvoir qu’elles représentent concrètement face à l’État, parce qu’elles sont des outils de solidarité concrète : les organisations syndicales peuvent être un élément important pour le rapport de force.

Sur les lieux de travail, les stigmatisations, les discriminations existent… L’action syndicale peut et doit intégrer, concrètement, la lutte contre l’islamophobie et le racisme dans ses priorités*. Bien sûr en respectant, en soutenant toujours l’auto-organisation et l’autonomie des premier·es concerné·es.

Les prises de positions, les appels, les tribunes sont certes importants. Mais pour mettre un coup d’arrêt, pour briser la mécanique islamophobe, c’est une coalition large, une mobilisation ancrée sur le terrain, dans les villes, les quartiers, les entreprises, partout qu’il faut réussir à construire.

La marche du 10 novembre est une première étape, essentielle.

Sortir de la « diversion »

Et pour cela il faut s’attaquer à l’islamophobie en tant que telle : à son agenda, à ses ressorts, à sa réalité de tous les jours.

Ce qui veut dire reconnaître qu’elle s’inscrit dans une histoire et des pratiques, celles du racisme colonial. Ce qui veut dire reconnaître clairement son caractère structurant dans notre société, comme dans l’ensemble des sociétés occidentales contemporaines.

Dire que le racisme nous divise, c’est juste. Mais pour combattre une division, il faut d’abord combattre ce qui divise. La plupart du temps à gauche, à l’extrême gauche, dans les syndicats, le premier réflexe, particulièrement en ce qui concerne l’islamophobie, est de parler de « diversion ».

« Nous sommes d’abord toutes et tous des travailleuses et des travailleurs », « Quand on parle du voile ou de l’Islam, on ne parle pas des vrais problèmes » : ces remarques nous les entendons tout le temps. Sauf que trop souvent elles servent à mettre de côté, à subordonner la lutte contre le racisme et l’islamophobie… en s’exonérant du coup de les combattre comme tels.

Bien sûr qu’il y a un contexte social et que le gouvernement ne s’en prive pas : mais c’est précisément parce que le racisme et l’islamophobie sont toujours là, toujours présents !

L’islamophobie est un « vrai problème ». Le racisme est une question sociale à part entière, un instrument majeur de l’exploitation et de l’oppression contemporaine, qui s’exerce matériellement, concrètement.

Il faut maintenant s’y attaquer avec détermination, sans réserves, sans conditions. Parce qu’être pour l’égalité, c’est être pour l’égalité toute entière.

Théo Roumier, syndicaliste et libertaire, signataire de l’appel au 10 novembre

* Un exemple concret et local : En 2015 dans le Loiret, l’intervention du syndicat SUD éducation avait permis le retrait d’une fiche de l’inspection académique demandant de signaler les « tenues [de parents] manifestant ostensiblement une appartenance religieuse » à la sortie des écoles. On a vu encore récemment avec celle de l’Université de Cergy que ce genre de fiches de signalement faisait partie de l’arsenal islamophobe.


Le 10 novembre à Paris, nous dirons STOP à l’islamophobie

L’initiative de l’appel « Le 10 novembre à Paris, nous dirons STOP à l’islamophobie » a été prise par Madjid Messaoudene (élu de Saint-Denis), Taha Bouhafs (journaliste), le Comité contre l’islamophobie en France (CCIF), le Comité Adama, la plateforme L.E.S Musulmans, l’Unef, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), l’Union communiste libertaire (UCL).

Près de 400 personnalités et organisations y appellent aujourd’hui dont le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, la FSU, Solidaires, le Front uni de l’immigration et des quartiers populaires (FUIQP), l’Action antifasciste Paris-Banlieue, l’Union juive française pour la Paix (UJFP), des responsables PCF, EELV, des médias comme Regards, des universitaires, des artistes…

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