Militant·es de la grève

On y est. Le 5 décembre est là. Ça fait des mois qu’on la prépare cette journée de grève. Nous sommes des centaines de milliers, par delà les affiliations syndicales, à être aujourd’hui des militantes et des militants de la grève. Elle va être forte et nous ferons tout pour qu’elle dure et gagne. Notre ordre du jour : reconduction, auto-organisation, généralisation.

La grève arrive. Le climat social est brûlant depuis plusieurs semaines : droit de retrait spontané des cheminot·es et grève des technicentre SNCF en octobre, forte manifestation des hôpitaux le 14 novembre dernier, mouvement des pompiers… Sans compter deux manifestations nationales historiques : celle du 10 novembre contre l’islamophobie et pour l’égalité, celle du 23 novembre contre les féminicides et les violences sexistes et sexuelles. Sans oublier non plus la mobilisation des Gilets jaunes, véritable fond de l’air contestataire.

En face, le gouvernement n’est pas au mieux de sa forme mais compte quand même « réformer » les retraites : en fait les saccager.

Tout le monde a compris que la retraite par points, la « règle d’or » les limitant à 14 % de PIB, l’allongement de la durée de cotisation pour toutes et tous aura pour conséquence un appauvrissement considérable des futur·es retraité·es et une chute des pensions de plusieurs centaines d’euros par mois. Les femmes seront les premières touchées.

La colère est de plus en plus ancrée sur les lieux de travail : le terrain est dégagé pour qu’un mouvement social d’ampleur s’élance et dure. Décembre sera bouillant.

Ça fait des mois qu’on la prépare cette journée de grève. Nous sommes des centaines de milliers à être aujourd’hui des militantes et des militants de la grève, par delà les affiliations syndicales.

Et nous sommes nombreuses et nombreux à savoir que nous avons une chance historique devant nous : celle d’inverser la spirale des échecs et de construire une grande et belle victoire qui redonne confiance et espoir à notre classe sociale.

Pour une grève incandescente

Cela veut dire poser les questions stratégiques nécessaires, et dès maintenant. Les populariser auprès de nos collègues de travail, dans nos assemblées générales de boîtes, de secteur, de bassin, de quartier, de ville. Notre ordre du jour est clair : reconduction, auto-organisation, généralisation.

La reconduction est d’ors et déjà assurée dans un certain nombre de secteurs, RATP et SNCF en tête. Ailleurs il faut s’atteler à la construire dès maintenant. La grève c’est la manifestation de notre pouvoir réel, celui que les travailleuses et les travailleurs exercent en faisant chaque jour fonctionner cette société. Arrêter le travail c’est manifester notre capacité politique. L’arrêter ensemble, collectivement, c’est le faire en tant que classe.

Et c’est bien un combat de classe que nous menons face à Macron et son monde.

Pas de législatives ou de présidentielles en vue, pas d’isoloir où s’échouer : nous n’avons que la grève pour nous.

Reconduire la grève, un jour, deux jours, trois jours… c’est se donner le temps et les moyens pour l’organiser. L’auto-organisation de la grève ce n’est pas une coquetterie gauchiste. C’est l’assurance que les grévistes s’approprient leur grève et que ce sont bien elles et eux qui décident. Construire et diriger « sa » grève, collectivement et de manière autonome, c’est la rendre plus forte à coup sûr, plus sûre d’elle.

Et c’est se donner le temps pour en faire une grève marchante, pour aller convaincre les salarié·es de son secteur qui ne sont pas encore entré·es dans le combat, pour aller convaincre celles et ceux d’autres boîtes ou services.

Reconduire et auto-organiser c’est se donner la possibilité de généraliser vraiment la grève. D’éviter le piège de la grève par procuration qui décourage et démobilise.

Inutile de se plaindre des « directions » syndicales. Il n’y a pas de bouton magique « grève générale interprofessionnelle », nulle part, ni à la CGT, ni à FO, ni à Solidaires. La balle est dans notre camp. Plus nous ancrerons la grève sur nos lieux de travail, plus nous étendrons ses ramifications entreprise par entreprise, plus nous permettrons qu’elle devienne une grève générale.

Et peut-être qu’à l’image de celle de 36 et des occupations d’usine, de celle de 68 et des AG souveraines, elle nous surprendra, innovera sur le terrain de la lutte des classes. Nous avons l’opportunité de faire reculer le pouvoir, l’État et le capital mêlés l’un à l’autre. Et reprendre l’offensive.

Assemblée générale à Jussieu, mars 2006 © Thibautcho / UCL Assemblée générale à Jussieu, mars 2006 © Thibautcho / UCL


Pour compléter : « France. La grève générale à partir du 5 décembre », article de Christian Mahieux pour le site À l’encontre.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.