Parlons Big Bang

Un appel a été lancé pour un Big Bang à gauche. Echanger est toujours nécessaire. Mais continuer de plaider pour un débouché aux luttes dans un espace politique qui leur est extérieur n’est pas une alternative. L’heure est à déserter les institutions comme le dialogue social. La priorité à construire des outils de solidarité, des résistances dans nos villes, dans nos quartiers, au travail.

Du Big Bang naît la matière.

Si l’on s’en tient à ça, alors l’appel à un « Big Bang » à gauche pose précisément un problème. Car la matière est déjà là, dans nos luttes et dans nos résistances.

Qu’est-ce qui est « politique » est qu’est-ce qui ne l’est pas ? Trop souvent, en voulant répondre à cette question, on réduit le politique à sa traduction institutionnelle (quelles qu’en soient ses déclinaisons). Le fameux « débouché politique aux luttes » y est cadenassé.

Si, comme le dit l’appel du Big Bang, « la défiance est massive à l’égard des représentants et des partis politiques, et plus généralement à l’égard de toutes les formes délégataires de représentation »… alors abandonnons-les. Sans remords ni regrets. Sans même un regard en arrière.

L’appel du Big Bang prend la peine d’écarter une « improbable union de la gauche ». Mais il s’arrête au milieu du chemin. Dire que des «  forces existent dans la société mais [qu’elles] n’arrivent pas à se traduire dans l’espace politique », c’est continuer de plaider pour un débouché aux luttes dans un « espace politique » qui leur est extérieur. Ce n’est pas une alternative.

Plus encore alors que le mouvement des Gilets jaunes a profondément, et par bien des aspects, percuté le mouvement social.

Loin du dialogue social, aujourd’hui c’est dans les grèves du nettoyage, dans celle des 75 services d’Urgences, dans l’action des dockers de Gênes, du Havre et de Marseille bloquant les cargos d’armes pour la salle guerre au Yemen qu’il y a du politique.

C’est dans le syndicalisme au quotidien et sur le terrain, dans l’auto-organisation des associations de quartier, dans les combats antiracistes et féministes, les actions et expériences écologistes.

On peut évidemment réfléchir, on peut échanger et discuter. C’est important. Mais seule l’action directe des exploité·es et des opprimé·es est à même de bouleverser l’ordre du monde. C’est à y participer et à y travailler que doit résider notre priorité absolue.

Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas imaginer, à l’appui de celles dont se dote le mouvement social, une forme d’organisation politique qui ne soit ni un parti, ni un « mouvement gazeux ». C’est la proposition stratégique des militant·es qui s’apprêtent à créer une nouvelle organisation libertaire, égalitaire et autogestionnaire.

La perspective émancipatrice ne naîtra pas que d’idées, aussi justes, aussi généreuses et aussi belles soient-elles. Sortir du capitalisme, détruire le patriarcat, briser la mécanique raciste implique que des bases sociales puissantes se constituent, conscientes de devenirs et d’intérêts communs.

Que des contre-pouvoirs bien vivants incarnent des solidarités et des résistances dans nos villes, nos quartiers et au travail. C’est sur cette base, et sur elle seule, qu’un pouvoir populaire authentique peut émerger. Et c’est la seule véritable alternative que nous ayons face à la barbarie.

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