Narcy doit rester ici

Lettre ouverte à Najat Vallaud-Belkacem. Narcy Nkounkou est élève en première Bac Pro au Lycée professionnel Jean Lurçat de Fleury-les-Aubrais. Il est aujourd’hui menacé d’expulsion. Cet élève, vous le connaissez Madame la Ministre.

Madame la Ministre,

Narcy Nkounkou a 18 ans et demi. Il est aujourd’hui sous le coup d’un arrêté l’obligeant à quitter le territoire français. Il a fait appel de cet arrêté, et l’audience se tiendra le mardi 25 avril prochain.

Narcy, Madame la Ministre, vous le connaissez.

Scolarisé en Première Bac Pro Aluminium-Verre et Matériaux de Synthèse, vous l’avez rencontré au Ministère de l’Éducation nationale en septembre de cette année scolaire. Il y représentait le Lycée professionnel Jean Lurçat de Fleury-les-Aubrais. Souriante, vous posiez à ses côtés, vous prêtant au jeu du selfie. Un selfie qu’a conservé Narcy, fier de s’être vu remettre de vos mains la « Clé du meilleur projet ». Ce prix avait été attribué à son lycée pour un projet lié à la sécurité routière dans lequel Narcy s’était particulièrement impliqué.

Délégué de classe, Narcy est élu au Conseil d’administration du Lycée : pourra-t-il siéger lors de la prochaine séance du 27 avril à laquelle il est convoqué ?

Elève engagé dans sa scolarité, il doit normalement passer les épreuves du Diplôme d’études en langue française en fin d’année, en plus du Brevet d’études professionnel (BEP) rénové auquel il se prépare. L’an prochain, c’est aux épreuves du Baccalauréat professionnel qu’il compte se présenter. Mais le pourra-t-il ?

Il participait encore, le 5 avril 2017, au Forum régional des Maisons des Lycéens, tant il croit à l’engagement dans la vie de son établissement. Là encore, ses projets sont remis en question, à la merci d’une expulsion.

Il ne s’agit pas pour autant, Madame la Ministre, de plaider pour une citoyenneté « au mérite ». Non. C’est beaucoup plus simple et cela devrait largement suffire : comme beaucoup d’autres « sans-papiers », comme dautres élèves de létablissement, Narcy vit et étudie ici, il doit rester ici.

Arrivé en septembre 2014 en France, il n’a plus de famille au Congo-Brazzaville dont il est originaire. C’est une parente, habitant dans le Loiret, qui l’a recueilli. Narcy était ignorant des délais de demande de titre de séjour. Début mars, face à la menace d’expulsion, c’est la Cimade qu’il a contacté.

Ses amis, ses proches vivent ici. C’est peut-être ce qui explique la mobilisation importante qui l’entoure : ce sont près de 800 lycéens et lycéennes, étudiant.e.s, enseignant.e.s, parents d’élèves qui ont signé une pétition de soutien en moins d’un mois. Mobilisation qui s’inscrit dans celle, plus large, menée par le Collectif des jeunes isolés étrangers du Loiret qui depuis plusieurs mois se réunit, pétitionne, se rassemble devant la Préfecture.

Alors, Madame la Ministre, je pense que ce n’est pas trop vous demander de décrocher votre téléphone pour appeler le Préfet du Loiret et lui demander d’abroger au plus vite l’arrêté portant obligation à quitter le territoire français et de délivrer à Narcy Nkounkou un titre de séjour mention Vie privée et vie familiale. Cela devrait représenter quelques minutes de votre temps.

Soyez assurée, Madame la Ministre, de mon plus profond attachement à un monde débarrassé des inégalités et des injustices,

Sincères salutations,

Théo Roumier, représentant syndical SUD éducation.


Article de Joseph Korda paru dans L’Humanité du 4 avril 2017 :

 © l'Humanité du 4 avril 2017 © l'Humanité du 4 avril 2017

 Article de Marion Bonnet paru dans La République du Centre du 5 avril 2017 : 

 © La République du Centre du 5 avril 2017 © La République du Centre du 5 avril 2017

 

 

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