Théo ROUMIER
Syndicaliste pour l’autogestion
Abonné·e de Mediapart

109 Billets

0 Édition

Billet de blog 16 mars 2020

Coronavirus: nos solidarités pour rempart

Alors que les morts et les malades se comptent déjà par dizaines de milliers dans le monde, le capital continue sa course mortifère et suicidaire, au mépris de nos vies. Face à la pandémie, l’État a prouvé son incurie. Nous n’avons pas besoin de pouvoir autoritaire face à la maladie. Mais de démocratie et de solidarités collectives, si.

Théo ROUMIER
Syndicaliste pour l’autogestion
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Réussir le tour de force de rendre responsable la population du développement de l’épidémie, c’est ce que tente de réaliser le gouvernement.

La défaillance de l’État est première responsable.

Deux exemples parmi tant d’autres.

Quand le ministre Blanquer annonce dans la journée du 12 mars que « jamais » (!) la fermeture totale des écoles et établissements scolaires n’a été envisagée et qu’il est désavoué le soir-même, on a une idée du niveau d’impréparation des autorités administratives de l’Éducation nationale.

S’en est suivi plus de 48 heures d’improvisation totale, d’ordres et de contre-ordres, laissant encore aujourd’hui nombre de personnels dans l’incompréhension de ce qu’elles et ils doivent faire ou pas, accentuant les risques pour toutes et tous.

Quand Macron déclarait il y a deux ans à une soignante du CHU de Rouen à bout qu’il n’y avait « pas d’argent magique » pour les hôpitaux, ce n’était qu’un témoignage de mépris de plus d’un chef d’État qui a saccagé le système de santé publique comme l’ont fait ceux qui l’ont précédé depuis des années. Nous en payons le prix le plus fort aujourd’hui.

La catastrophe et le drame sanitaire de Lubrizol, à Rouen également, nous avait déjà montré que l’État est toujours au service des plus riches et des plus puissants d’abord.

Et aujourd’hui encore. Alors que nous devons faire face à une pandémie sans précédents.

« L’ordre public » qu’il veut maintenir c’est celui du Capital.

On aura entendu dire dans les médias que les entreprises allaient être « les premières victimes » de l’épidémie. On aura vu s’étaler les sourires indécents de patrons de start-up de soutien scolaire numérique se frottant les mains devant la fermeture des écoles.

Le profit.

C’est ce qui justifie partout dans le monde que les entreprises non nécessaires à enrayer l’épidémie continuent de tourner. On continue de produire des choses qui n’ont aucun sens ni aucune utilité face à la crise sanitaire mondiale.

Et on fait venir et se déplacer au travail des salarié·es qui vont ainsi continuer de propager le virus, de le contracter, au lieu de rester chez elles et chez eux, ce qui est la seule manière à ce jour d’enrayer sa progression.

C’est parce qu’on force des personnes à se rendre au travail que les métros sont bondés. Il faut fermer les usines, les chantiers, les entreprises et les services non-indispensables à contenir la maladie.


Actualisation au 17 mars : C’est ce à quoi appelle la Confédération CGT dans un communiqué très important, « Le monde du travail doit être mobilisé uniquement pour les besoins essentiel ». Et ce n’est pas le discours qu’a eu Macron le 16 mars au soir. Depuis les débrayages, les droits de retrait, se multiplient.


Il faut aussi fermer les Centres de rétention administrative, les CRA, dans lesquels sont enfermé·es femmes, hommes et enfants au seul titre d’être « sans-papiers ». Vers quels pays compte désormais les expulser l’État français alors que les frontières sont fermées ? Il faut libérer les enfermé·es et les mettre à l’abri. Une mise à l’abri valable pour le système pénitentiaire en général.

Et il faut toujours rappeler que « quand c’est dur pour tout le monde, c’est pire pour les femmes ».

Ne pas prendre ces mesures d’urgence c’est exposer davantage les travailleuses et travailleurs de la santé, elles et eux qui sont en première ligne.

Nous ne devons compter que sur nous-mêmes.

Alors les travailleuses et les travailleurs des usines et des chantiers d’Italie sont de plus en plus nombreuses et nombreux à « faire grève… pour ne pas mourir ».

En Grande-Bretagne, des groupes d’entraide horizontaux s’organisent par quartiers dans les villes.

En France, des syndicats alertent sur l’impératif droit de retrait, prennent les responsabilités que les employeurs n’ont pas en informant les salarié·es de leurs droits mais aussi des protections réellement efficaces, appellent à débrayer ou à se mettre en grève (voir – entre autres – la page de l’Union syndicale Solidaires, les communications de la CGT Schindler, de la CGT Culture Ville de Paris, de la CGT PSA, de la CGT Renault Douai…).

Nous devons nous libérer des exigences de profit et de rentabilité pour décider des activités nécessaires pour endiguer le virus : réorientation de la production pour fabriquer des masques, du matériel médical ; réappropriation publique de tout ce qui est privé en matière de santé ; organisation de réseaux d’entraide pour les plus fragiles d’entre-nous, avec toutes les mesures de protection nécessaires ; s’il le faut se préparer à transformer des équipements collectifs pour accueillir des lits dans des conditions sanitaires les plus sûres possibles...

Préparons-nous à construire dès aujourd’hui une autre société, d’entraide et d’égalité, débarrassée du capitalisme mortifère. Pas besoin pour ça « d’union sacrée ». Au contraire, plus que jamais, nous devons exercer notre vigilance démocratique et avoir nos solidarités collectives pour rempart.


Lire aussi sur le site de la revue Les Utopiques le texte de Patrick Silberstein, « Covid-19 : un virus très politique ».

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Politique
Quand le candidat parle, ses militants frappent
À Villepinte comme à Paris, des antifascistes se sont mobilisés pour ne pas laisser le premier meeting d’Éric Zemmour se tenir dans l’indifférence. Dans la salle, plus de 10 000 personnes s’étaient réunies pour l’entendre dérouler ses antiennes haineuses, dans une ambiance violente.
par Mathieu Dejean, Mathilde Goanec et Ellen Salvi
Journal — Politique
En marge du meeting de Zemmour, des habitants de Seine-Saint-Denis fustigent « sa politique remplie de haine »
Éric Zemmour a tenu le premier meeting de sa campagne présidentielle dans un département qui représente tout ce qu’il déteste. Cibles quotidiennes des injures du candidat d’extrême droite, des citoyens de Villepinte et des alentours témoignent.
par Hannah Saab (Bondy Blog)
Journal — Gauche(s)
À La Défense, Jean-Luc Mélenchon veut montrer qu’il est le mieux armé à gauche
Lors de son premier meeting parisien, le candidat insoumis à la présidentielle s’est posé comme le pôle de résistance à la droite et à l’extrême droite. Il a aussi montré sa capacité de rassemblement en s’affichant aux côtés de nombreuses personnalités de gauche.
par Pauline Graulle
Journal — Europe
En Andalousie, la colère intacte des « travailleurs du métal »
Après neuf jours d’une grève générale qui a embrasé la baie de Cadix, le retour au calme semble fragile. Nombre d’ouvriers des chantiers navals ou de l’automobile n’en peuvent plus de la flambée des prix comme de la précarité du secteur. Ils se sentent abandonnés par le gouvernement – de gauche – à Madrid.
par Ludovic Lamant

La sélection du Club

Billet de blog
Ah, « Le passé » !
Dans « Le passé », Julien Gosselin circule pour la première fois dans l’œuvre d’un écrivain d’un autre temps, le russe Léonid Andréïev. Il s’y sent bien, les comédiens fidèles de sa compagnie aussi, le théâtre tire grand profit des 4h30 de ce voyage dans ses malles aérées d’aujourd’hui.Aaaaah!
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Get Back !!!
Huit heures de documentaire sur les Beatles enregistrant « Let it Be », leur douzième et dernier album avant séparation, peuvent sembler excessives, même montées par Peter Jackson, mais il est absolument passionnant de voir le travail à l'œuvre, un « work in progress » exceptionnel où la personnalité de chacun des quatre musiciens apparaît au fil des jours...
par Jean-Jacques Birgé
Billet de blog
J'aurais dû m'appeler Aïcha VS Corinne, chronique de l'assimilation en milieu hostile
« J’aurai dû m’appeler Aïcha » est le titre de la conférence gesticulée de Nadège De Vaulx. Elle y porte un regard sur les questions d’identité, de racisme à travers son expérience de vie ! Je propose d'en présenter les grands traits, et à l’appui d’éléments de contexte de pointer les réalités et les travers du fameux « modèle républicain d’intégration ».
par mustapha boudjemai
Billet de blog
Sénèque juste avant la fin du monde (ou presque)
Vincent Menjou-Cortès et la compagnie Salut Martine s'emparent des tragédies de Sénèque qu'ils propulsent dans le futur, à la veille de la fin du monde pour conter par bribes un huis clos dans lequel quatre personnages reclus n’en finissent pas d’attendre la mort. « L'injustice des rêves », farce d'anticipation à l’issue inévitablement tragique, observe le monde s'entretuer.
par guillaume lasserre