Coronavirus: nos solidarités pour rempart

Alors que les morts et les malades se comptent déjà par dizaines de milliers dans le monde, le capital continue sa course mortifère et suicidaire, au mépris de nos vies. Face à la pandémie, l’État a prouvé son incurie. Nous n’avons pas besoin de pouvoir autoritaire face à la maladie. Mais de démocratie et de solidarités collectives, si.

Réussir le tour de force de rendre responsable la population du développement de l’épidémie, c’est ce que tente de réaliser le gouvernement.

La défaillance de l’État est première responsable.

Deux exemples parmi tant d’autres.

Quand le ministre Blanquer annonce dans la journée du 12 mars que « jamais » (!) la fermeture totale des écoles et établissements scolaires n’a été envisagée et qu’il est désavoué le soir-même, on a une idée du niveau d’impréparation des autorités administratives de l’Éducation nationale.

S’en est suivi plus de 48 heures d’improvisation totale, d’ordres et de contre-ordres, laissant encore aujourd’hui nombre de personnels dans l’incompréhension de ce qu’elles et ils doivent faire ou pas, accentuant les risques pour toutes et tous.

Quand Macron déclarait il y a deux ans à une soignante du CHU de Rouen à bout qu’il n’y avait « pas d’argent magique » pour les hôpitaux, ce n’était qu’un témoignage de mépris de plus d’un chef d’État qui a saccagé le système de santé publique comme l’ont fait ceux qui l’ont précédé depuis des années. Nous en payons le prix le plus fort aujourd’hui.

La catastrophe et le drame sanitaire de Lubrizol, à Rouen également, nous avait déjà montré que l’État est toujours au service des plus riches et des plus puissants d’abord.

Et aujourd’hui encore. Alors que nous devons faire face à une pandémie sans précédents.

« L’ordre public » qu’il veut maintenir c’est celui du Capital.

On aura entendu dire dans les médias que les entreprises allaient être « les premières victimes » de l’épidémie. On aura vu s’étaler les sourires indécents de patrons de start-up de soutien scolaire numérique se frottant les mains devant la fermeture des écoles.

Le profit.

C’est ce qui justifie partout dans le monde que les entreprises non nécessaires à enrayer l’épidémie continuent de tourner. On continue de produire des choses qui n’ont aucun sens ni aucune utilité face à la crise sanitaire mondiale.

Et on fait venir et se déplacer au travail des salarié·es qui vont ainsi continuer de propager le virus, de le contracter, au lieu de rester chez elles et chez eux, ce qui est la seule manière à ce jour d’enrayer sa progression.

C’est parce qu’on force des personnes à se rendre au travail que les métros sont bondés. Il faut fermer les usines, les chantiers, les entreprises et les services non-indispensables à contenir la maladie.


Actualisation au 17 mars : C’est ce à quoi appelle la Confédération CGT dans un communiqué très important, « Le monde du travail doit être mobilisé uniquement pour les besoins essentiel ». Et ce n’est pas le discours qu’a eu Macron le 16 mars au soir. Depuis les débrayages, les droits de retrait, se multiplient.


Il faut aussi fermer les Centres de rétention administrative, les CRA, dans lesquels sont enfermé·es femmes, hommes et enfants au seul titre d’être « sans-papiers ». Vers quels pays compte désormais les expulser l’État français alors que les frontières sont fermées ? Il faut libérer les enfermé·es et les mettre à l’abri. Une mise à l’abri valable pour le système pénitentiaire en général.

Et il faut toujours rappeler que « quand c’est dur pour tout le monde, c’est pire pour les femmes ».

Ne pas prendre ces mesures d’urgence c’est exposer davantage les travailleuses et travailleurs de la santé, elles et eux qui sont en première ligne.

Nous ne devons compter que sur nous-mêmes.

Alors les travailleuses et les travailleurs des usines et des chantiers d’Italie sont de plus en plus nombreuses et nombreux à « faire grève… pour ne pas mourir ».

En Grande-Bretagne, des groupes d’entraide horizontaux s’organisent par quartiers dans les villes.

En France, des syndicats alertent sur l’impératif droit de retrait, prennent les responsabilités que les employeurs n’ont pas en informant les salarié·es de leurs droits mais aussi des protections réellement efficaces, appellent à débrayer ou à se mettre en grève (voir – entre autres – la page de l’Union syndicale Solidaires, les communications de la CGT Schindler, de la CGT Culture Ville de Paris, de la CGT PSA, de la CGT Renault Douai…).

Nous devons nous libérer des exigences de profit et de rentabilité pour décider des activités nécessaires pour endiguer le virus : réorientation de la production pour fabriquer des masques, du matériel médical ; réappropriation publique de tout ce qui est privé en matière de santé ; organisation de réseaux d’entraide pour les plus fragiles d’entre-nous, avec toutes les mesures de protection nécessaires ; s’il le faut se préparer à transformer des équipements collectifs pour accueillir des lits dans des conditions sanitaires les plus sûres possibles...

Préparons-nous à construire dès aujourd’hui une autre société, d’entraide et d’égalité, débarrassée du capitalisme mortifère. Pas besoin pour ça « d’union sacrée ». Au contraire, plus que jamais, nous devons exercer notre vigilance démocratique et avoir nos solidarités collectives pour rempart.


Lire aussi sur le site de la revue Les Utopiques le texte de Patrick Silberstein, « Covid-19 : un virus très politique ».

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