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Billet de blog 17 oct. 2022

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Ce que la grève doit aux grévistes

Tout. C’est ce que la grève doit aux grévistes. Deux choses au moins devraient en découler : 1. que ce sont celles et ceux qui font grève qui décident ; 2. que si l’on veut que la grève soit forte alors il faut des grévistes partout.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Est-il évident que la grève appartient à celles et ceux qui la font ? Visiblement pas pour tout le monde.

Des syndicats « représentatifs » ont par exemple signé un accord qui imposerait l’arrêt de la grève dans les raffineries. Mais de qui et de quoi sont-ils représentatifs ? Pas des piquets de grève, pas des assemblées de grévistes puisqu’ils n’y sont pas représentés.

Il ne s’agit en aucune façon de nier la nécessité de l’action et de l’organisation syndicale, bien au contraire. Mais de ne pas trahir ce qu’elles doivent être : l’expression de la volonté des travailleurs et des travailleuses, particulièrement de celles et ceux qui luttent.

Les quelques concessions, insuffisantes, qui semblent se dégager de ces accords de sommet ne doivent rien, strictement rien, à ce syndicalisme de stylo-bille. Elles n’ont été faites que parce que la grève est menée depuis le 27 septembre par les travailleurs des raffineries avec l’appui d’équipes et de militants CGT, FO et SUD.

C’est sur les piquets et dans les assemblées de grévistes que se font les débats, se confrontent les arguments, que se déterminent les choix qui sont les seuls démocratiquement valables.

Voilà ce que la poursuite de la grève dans les raffineries assène avec force à tous ceux qui ne jurent que par le dialogue social.

Voilà ce que vont répondre à l’unisson des milliers et des milliers de travailleurs et de travailleuses qui vont entrer dans la grève le 18 octobre par une mobilisation aussi urgente que nécessaire.

Urgente parce que les salaires sont dévorés par l’inflation. Le travail que vient rétribuer nos salaires doit nous permettre de vivre décemment.

Nécessaire parce que le droit de grève est frontalement attaqué par les réquisitions de grévistes décidées par le gouvernement. Ce droit est le nôtre, chèrement acquis, nous le défendrons.

Le temps de la grève

« On entre dans la grève » : c’est le titre du tract d’appel au 18 octobre de la Fédération SUD éducation. Il veut dire que ce jour précis, le 18 octobre, est le point d’entrée vers un temps différent. Celui d’un affrontement social d’ampleur qui ne se limitera pas à cette journée. Mais aussi celui dans lequel nous sommes désormais des militantes et des militants de la grève.

Le temps de la grève est un temps en soi. Il ne se borne pas à l’arrêt de travail et à descendre dans la rue.

Le véritable poumon de la grève c’est l’assemblée des grévistes, bien plus en définitive que la manifestation. Parce que c’est là que se construit non seulement le sens mais aussi la force de l’action collective. C’est pour ça que c’est autour des assemblées que tout doit s’articuler : tant la durée de la mobilisation que son rythme.

L’assemblée peut être de site, d’atelier ou d’entreprise, d’établissement ou de département : l’essentiel est de veiller à sa représentativité. Que la parole qui s’y échange émane bien des grévistes, qu’elle soit en lien avec un secteur professionnel, un territoire géographique dont la mobilisation est effective.

Il y a forcément des tâtonnements, des niveaux différents qui se télescopent, et il faut essayer de réfléchir à chaque fois à ce qui peut rassembler le plus pour engager le plus dans l’action.

Partir de l’assemblée de grève, c’est aussi partir des préoccupations des grévistes, de ce qui est le moteur de leur mobilisation.

Par exemple, les personnels des Lycées professionnels avaient déjà fait du mardi 18 octobre une date de grève importante pour s’opposer à la destruction de la voie professionnelle du service public d’éducation engagée par Macron (sur ce projet de démantèlement, voir ici). Il est donc déterminant que des assemblées générales des lycées professionnels se tiennent.

C’est la même chose ailleurs, notamment dans les transports publics, où des processus de mobilisation étaient déjà engagés.

S’organiser ainsi c’est aussi garantir qu’on ne délègue pas l’affrontement à un seul secteur, celui des raffineries en l’occurrence. C’est se prémunir d’une grève par procuration, et à l’inverse engager et construire la grève partout.

Imposer notre démocratie est une des conditions du combat.

Parce que nous contestons un ordre social, un ordre hiérarchique qui assoit la domination capitaliste, chaque jour, sur l’ensemble de nos vies, sur l’ensemble du vivant, alors nous nous devons de dessiner, dans nos mobilisations, un ordre du monde différent, où prime l’égalité de toutes et tous.

Illustration 1
Visuel SUD éducation pour la grève du 18 octobre

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