En manif avec Mathieu Colloghan

Mathieu Colloghan est un dessinateur (il peint aussi) habitué des publications militantes. On ne compte plus les autocollants, articles, brochures illustrées de ses personnages qui luttent, dénoncent ou critiquent. Avec humour en plus, ce qui ne gâche rien. Il publie aujourd’hui son premier roman graphique : « Manif », aux éditions Adespote.

Trois copains dans une manif parisienne. Vraisemblablement pas une des plus réussies. Une de celles qui ressemblent tant à un rituel de fin de semaine, mais qu’il faut faire, et qu’on aime bien faire quand même parce qu’on s’y retrouve pour échanger, discuter, s’engueuler parfois, mais toujours battre le pavé du même pas. C’est le cas de ces trois potes donc qui vont tenter de nous faire partager, comme nous le promet la quatrième de couverture, « l’engagement politique comme on ne vous l’a jamais raconté : à hauteur d’homme. ».

Au départ ils ont l’air de s’emmerder sec. Puis pour tromper l’ennui, ils parlent, longuement chacun et parfois tous à la fois. Et le dispositif, loin de lasser, se met à fonctionner, case après case. On les écoute alors (enfin on les lit et on les regarde) se remémorer leurs défilés, leurs habitudes – et leur régime alimentaire – de manifestants. Les inénarrables cortèges des premier mai. Ceux aussi où la colère reste intacte rien qu’à s’en souvenir. En 1996, les sans-papiers de Saint-Bernard sont expulsé.es, « avec humanité et cœur » paraît-il. Plus de vingt ans après, les pages que nous donne Colloghan sur la manifestation sauvage qui s’ensuivit font revivre tant l’écœurement des militant.es ce jour-là que leur rage et leur dignité.

Mais le roman graphique de Mathieu ne se limite pas à Paris – et à la pluie qui traque nos personnages et finit par les obliger à faire retraite dans un bar entre Répu’ et Nation. Pour celles et ceux qui ne l’ont pas connu, c’est l’occasion d’avoir un aperçu de ce qu’a pu représenter le cycle de contestation altermondialiste ouvert à Seattle en 1999. L’évocation des forums sociaux de Porto Allegre (2002) et Nairobi (2007), c’est ici celle de l’irruption des contestations, bousculant parfois la norme guindée de ces grandes démonstrations et/ou interrogeant en leur sein les mécanismes de domination persistants.

Parce que même si l’humour est toujours présent l’ouvrage n’en aborde pas moins nombre de questions sérieuses et toujours actuelles, comme lorsque nos trois amis discutent des rapports de la gauche aux quartiers populaires. En fait, le mieux c’est de la lire cette BD parce qu’il y a plein d’autres choses dedans. Manif, de Mathieu Colloghan, aux éditions Adespote, à commander en librairie « tous ensemble et toutes ensemble ! ».

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