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Billet de blog 28 juil. 2016

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L’unité est décidément un combat

Quatre mois à combattre ensemble contre la loi « travail »… face aux épreuves qui nous attendent, le syndicalisme de lutte devrait emprunter plus résolument encore le chemin de l’unité. Pourtant, après avoir fait interdire les listes du Syndicat des travailleurs corses (STC), c’est au tour du syndicat basque LAB d’être attaqué en justice par la CGT.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le 4 juillet dernier, le tribunal d’instance de Paris, saisi par la CFDT, la CGC, la CGT et FO, invalidait les listes du Syndicat des travailleurs corses (STC) déposées pour le scrutin dans les Très petites entreprises et associations (TPE/TPA) prévu du 28 novembre au 12 décembre prochain. La CGT a quant à elle décidé de s’attaquer seule à LAB (Langile Abertzaleen Batzordeak). L’audience s’est déroulée jeudi 28 juillet, avec un verdict attendu le 4 août. Banale concurrence entre organisations guignant les voix des salarié.e.s ?

Ce serait déjà une atteinte au pluralisme des organisations syndicales assez malvenue quand on connaît l’ancrage de ces structures. Dans son long communiqué « Les syndicats n’ont jamais raison de s’attaquer aux droits d’autres syndicats ! », l’Union syndicale Solidaires fait quelques rappels utiles : « Aux élections prud’homales, aux élections professionnelles, aux élections TPE, le STC est la première force syndicale en Corse. Au Pays basque nord, LAB était la deuxième organisation syndicale lors des élections TPE de 2012, la troisième lors des élections prud’homales de 2008 ».

Mais ce qui ressort du verdict ayant frappé le STC comme des moyens soulevés dans les procédures contre STC et LAB laissent malheureusement présager pire que ça. À l’appui de l’invalidation de ses listes il a en effet été considéré que « sous couvert de droit syndical et de protection des droits des salariés » le STC poursuivait « une action politique spécifique ». C’est la même mauvaise ficelle qui est utilisée contre LAB.

Le STC comme LAB lient évidemment émancipation sociale et émancipation nationale, indépendances de la Corse et du Pays Basque. Soit. Que l’on approuve ou pas ce projet, en portant le fer sur l’action « politique » du syndicalisme, c’est à un jeu dangereux que se prête la CGT. Car depuis son origine le syndicalisme poursuit précisément un but « politique ».

Que l’on parle « d’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste » (selon les propres termes de la Charte d’Amiens), de socialisme autogestionnaire ou plus simplement de transformation sociale, pour les syndicalistes attaché.e.s au combat social, cette finalité profondément anticapitaliste de l’action syndicale lui est constitutive. Le nier c’est inscrire le syndicalisme dans les rouages du système représentatif. Simple « agent de dialogue social » il perdrait alors sa force mobilisatrice. Or, face à l’épuisement du parlementarisme, à la sombre farce des prochaines échéances électorales, l’action syndicale reste un véritable rempart contre la résignation et la désespérance sociale.

Que la CFDT s’engage (et depuis longtemps) sur la voie d’une « modernité » toute technocratique, ce n’est pas une grande surprise. Mais il en va autrement pour la CGT qui (vaille que vaille) porte depuis sa fondation cette aspiration à investir plus largement le champ social dans un sens progressiste, à ne pas être qu’un simple agglomérat d’intérêts catégoriels. Or, dans les procédures lancées par la CGT contre le STC comme contre LAB, il ressort que le fait de contester l’organisation de la société serait« contraire aux valeurs républicaines ». Devons-nous dans ce cas cesser de contester la loi « travail » dès lors qu’elle a été validée « démocratiquement » à coup de 49-3 ? Devons-nous cesser de dire notre refus de l’état d’urgence et des dérives sécuritaires et autoritaires qu’il engendre ?

Se taire n’est visiblement pas le choix de nombreuses équipes CGT. Il y a bien sûr les voix discordantes, comme celle du blog « Où va la CGT ? » ou celle des Communistes libertaires de la CGT qui ont chacun publié un communiqué condamnant ces recours juridiques. Mais ce sont aussi des syndicats CGT, notamment ceux qui ont agi de concert avec LAB au sein du Collectif Jusqu’au retrait, qui dénoncent ces attaques. La priorité de l’heure est-elle à se recroqueviller dans les patriotismes d’organisations ? Ne nous sommes nous pas mobilisé.e.s ensemble quatre mois durant ? N’y a-t-il pas d’autres enjeux démocratiques, d’autres urgences de notre société dont il faut faire nos préoccupations communes ?

Ces quatre mois ne doivent pas être une parenthèse entre deux reconductions de l’état d’urgence, ils doivent être le ferment d’un syndicalisme et d’une action collective incarnant plus que jamais un autre futur, donnant corps à nos solidarités. C’est de ça dont nous avons vraiment besoin.


Motions et démissions - actualisation au 10 août

Le verdict rendu le 4 août par le Tribunal de grande instance de Bordeaux a donc retenu les arguments de la CGT et invalidé les listes de LAB. Le syndicat basque n’abandonne pas et a décidé de se pourvoir en cassation. Du côté des « locaux », l’attaque confédérale dérange. Une pétition a été lancée en ligne et une motion, s'élevant contre l’attaque de la confédération CGT, signée par une dizaine de syndicats rappelle que « les élections ne peuvent pas se gagner ou se perdre sur des recours juridiques, mais sur des débats d’idées ».

Les syndicats CGT des Cheminots de Bayonne, des Cheminots d’Hendaye et de Saint-Jean-de-Luz, du Centre hospitalier de la Côte Basque, des Territoriaux de Biarritz, de Dassault Biarritz, des Autoroutes du Sud de la France Biarritz, de Nid Marin Hendaye, d’EPTA France, d’Alcore Brigantine dénoncent également le fait que les Unions locales CGT n’aient pas été consultées et rappellent que l’UL de Bayonne avait récemment demandé à l’Union départementale de revoir sa position vis-à-vis de LAB, notamment en intégrant ce dernier dans l’intersyndicale.

Une réunion de ces cégétistes, dont plusieurs reconnaissent la légitimité de LAB sur le terrain et dans l’action, doit se tenir le mercredi 10 août à Bayonne. Le site d'information Mediabask évoque des démissions de la centrale et des actions à venir. Et une réunion avec des cadres confédéraux est d’ors et déjà programmée le 2 septembre… peut-être un peu tard.


Première victoire pour la démocratie et les libertés syndicales - actualisation au 13 septembre

Le 9 septembre dernier, la Cour de cassation a finalement reconnu le droit au Syndicat des travailleurs Corses (STC) de se présenter aux élections TPE. C'est une première victoire pour la démocratie et les libertés syndicales qui ouvre la voie à une révision de l'injustice qui touche également le syndicat basque LAB.

Ce dernier de son côté continue la mobilisation - aux côtés de militant.e.s et syndicats CGT du pays Basque - pour recouvrer ses droits. Une pétition ainsi qu'un appel de fonds ont été lancé. Un mini-site dédié, Liberté syndicale/Askatasun sindikala, sert de plateforme à cette campagne. Espérons que les équipes syndicales de LAB pourront, elles aussi, s'adresser aux travailleurs et travailleuses des 28 novembre au 12 décembre prochain comme elles le font au quotidien.

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