Délinquants solidaires au temps du Covid-19

En pleine épidémie, la préfecture du Loiret entame des poursuites judiciaires contre un enseignant, hébergeant solidaire d’un jeune isolé étranger, Chernoh Ibrahim Bah. Et menace de ne pas donner à Chernoh de titre de séjour. Les membres du Réseau éducation sans frontières - Collectif de soutien aux jeunes isolés étrangers (RESF - COJIE) du Loiret se déclarent « délinquants solidaires ».

Communiqué du Réseau éducation sans frontières - Collectif de soutien aux jeunes isolés étrangers (RESF - COJIE) du Loiret

Nicolas DESRÉ est professeur en lycée à Orléans et parrain citoyen depuis 3 ans de Chernoh Ibrahim BAH, jeune majeur isolé étranger, en attente de régularisation.

- Le 15/02/20, suivant l’injonction qui lui avait été adressée à la demande du secrétaire général de la préfecture, Chernoh avait quitté sa chambre de l’hébergement d’urgence, au FJT (Foyer Jeunes Travailleurs). Il habitait pour une semaine chez la premiè re personne qui avait accepté de l’accueillir, sur le principe d’un hébergement solidaire tournant, DONT Nicolas ÉTAIT LE COORDINATEUR.

- Le 17/02 Chernoh avait rendez-vous pour l’état des lieux de sa chambre du FJT. Mais l’Aidaphi, association qui gère son hébergement, lui annonçait au téléphone que la procédure était suspendue. Chernoh est alors resté en possession de sa clé. Il est cependant retourné sur son hébergement solidaire.

- Le 18/02, à l’appel du RESF45-COJIE, nous nous mobilisions pour soutenir la demande de titre de séjour de Chernoh, et une délégation était reçue en préfecture du Loiret, expliquant notamment le principe de l’hébergement solidaire tournant.

- Le 19/02, Chernoh faisait enregistrer en préfecture sa demande de séjour, à laquelle il joignait une attestation d’hébergement rédigée par Nicolas, en tant que coordinateur.

- Le 24/02 n’ayant aucun nouveau contre-ordre, Chernoh est retourné dans sa chambre du FJT.

- Le 12/03, il était à nouveau sommé de quitter sa chambre, pour le 27/03. Ce qu’il n’a pas pu faire, du fait du confinement.

Aujourd’hui, la préfecture omet complètement que Chernoh avait quitté sa chambre entre le 15 et le 24/02 et accuse Nicolas d’avoir produit un faux. Elle l’informe, par courrier du 27/03, qu’elle a saisi le Procureur de la République auprès du tribunal judiciaire d’Orléans aux fins de poursuites pénales éventuelles à son encontre.

Cette accusation n’est qu’un prétexte monté de toutes pièces pour combattre la solidarité, intimider les soutiens et maltraiter une fois de plus un étranger.

En effet, le même jour, la péfecture allègue que Chernoh s’est maintenu de manière indue dans son hébergement. Dans un courrier similaire à celui de Nicolas, elle lui déclare avoir saisi le procureur pour usage de faux, lui demande de quitter le dispositif d’hébergement d’urgence et le menace de ne pas lui délivrer de titre de séjour sans « domiciliation réelle ».

Ceci est formulé en pleine période de confinement, poussant expressément Chernoh à enfreindre ce qui est exigé de toute la population ! De plus le chantage aux papiers pour obtenir la sortie du dispositif d’hébergement est odieux, en contradiction avec ce qui s’est dit le 18/02 en audience en préfecture et illégal.

Ce que la préfecture reproche à Nicolas c’est bien d’avoir fait acte de solidarité envers Chernoh qui, lui-même, s’est toujours comporté de manière honnête et respectueuse.

S’ils doivent être poursuivis, nous demandons à l’être aussi. Car nous avons toutes et tous aidé ou bien aiderons un jour une personne sans papiers.

La solidarité ne doit pas être un délit !
OU BIEN NOUS SOMMES TOUTES ET TOUS DES DÉLINQUANTS SOLIDAIRES

Et nous demandons à nouveau avec force et détermination que Chernoh soit régularisé.
Il vit depuis 8 ans en France. Son avenir est ici !
Ce n’est pas un délit que de l’aider à le construire !

RESF 45 - COJIE, le 25 avril

Page Facebook du RESF 45 - COJIE.

dqos

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.