Parce qu’ils ont peur de ce que nous sommes

Valls, Cazeneuve et le Préfet Cadot semblent déterminés à être les dignes successeurs de Clémenceau, tout à la fois « premiers flics de France » et « briseurs de grève ». Violences, stigmatisations, intimidations… un tel acharnement contre l’action syndicale et le mouvement social ne s’était pas vu depuis longtemps. Parce qu'ils ont peur. Et qu'ils ont peur de ce que nous sommes.

Le mouvement social dans son ensemble (du moins celui déterminé à ne rien céder au gouvernement et au Medef) est soumis depuis plusieurs mois à une répression inédite.

Si la troupe ne tire pas encore à balles réelles sur les grévistes comme aux heures les plus sombres du mouvement ouvrier, la boucle spatio-temporelle dans laquelle la loi El Khomri nous a plongé est quasi bouclée : à un droit du travail régressif et dédié à la précarité et au chômage, répond un « dialogue social » version nasse et flashball.

Rien de bien surprenant pour qui connaît l’admiration de Manuel Valls pour Georges Clémenceau. Le « premier flic de France » était aussi un « briseur de grève » de haut vol qui avait en horreur la CGT syndicaliste révolutionnaire du début du siècle. Il n’hésita pas à user de toutes les ignominies (mouchardages, machinations, crimes, emprisonnements…) pour tenter de réduire son influence dans la classe ouvrière. L’élève Valls rattrapera-t-il le maître ? Il reste des efforts à faire, mais nous n’en sommes plus si loin.

Jean-François, éborgné à Rennes, Txtex tabassé à Bayonne, Antoine emprisonné dix semaines à Lille et interdit de manifestation pendant deux ans dans le Nord, des centaines d’interdictions de manifestations frappant les militant.e.s contre la loi travail à Paris, Nantes, Rennes, des arrestations au petit matin, des journalistes indépendants cibles de la hargne du Préfet Cadot… la répression, féroce, les violences et brutalités policières font système, elles ont atteint directement des centaines et des centaines de personnes. Les pages du livre noir de la répression d’Etat s’écrivent ainsi au jour le jour. Un livre d’horreur où les mutilations, les blessures voisinent avec les cellules et les coups de matraque. Il ny aura ni oubli, ni pardon.

Déclinaison médiatico-politique menée tambour battant, la campagne de stigmatisation de la CGT n’a pas réussi à entamer le soutien populaire à la mobilisation. Reste l’intimidation à l’égard des organisations, directement ciblées. Le saccage des locaux de la CNT de Lille par la police le 20 avril n’aura été qu’un prélude.

Le 23 juin, des militant.e.s de la CGT bloquent le port de Santes (le plus important site portuaire de Lille). Des policiers volent un des drapeaux qui était fixé non loin du barrage, l’emmènent dans leur fourgon, le lacèrent au cutter avant de le remettre à sa place. Une haine symbolique, mais une sacrée haine tout de même…

Le 28 juin, toujours à Lille, c’est cette fois un rond point qui est bloqué. Le « déblocage » se solde par sept interpellations. Les conducteurs de la camionnette de l’UL CGT d’Armentières sont sortis de leur voiture, l’un d’eux plaqué au sol et menotté… et c’est un policier qui repart au volant de la camionnette CGT. Plus tard, lors du rassemblement devant le commissariat de Lille exigeant la libération des interpellé.e.s, une grenade lacrymogène est lancée à l’intérieur de la camionnette des syndicats SUD-Solidaires.

Mais c’est à Paris que l’intimidation, une fois de plus imaginée par le Préfet Cadot, prend une ampleur inégalée. Le même 28 juin, alors que se tient une assemblée générale interprofessionnelle, les CRS encerclent la Bourse du Travail de Paris. Assiéger des syndicalistes : compétence validée pour l’élève Valls.

Violences, stigmatisations, intimidations… un tel acharnement contre l’action syndicale et le mouvement social ne s’était pas vu depuis longtemps. Sans doute la crise sociale et celle de la « représentation politique » n’y sont-elles pas étrangères. Parce qu’ils ont peur. Et qu’ils ont peur de ce que nous sommes.

Dans un petit ouvrage publié récemment, l’historien Stéphane Sirot revient sur la loi de 1884 qui reconnaissait officiellement les syndicats et leurs unions. Les débats parlementaires sur la légalisation du syndicalisme ont alors pour toile de fond le développement des grèves allié à une peur panique : « que le mouvement syndical s’aventure à menacer l’ordre républicain en teintant sa réflexion ou son action d’une coloration extraprofessionnelle qui pourrait le conduire à se comporter en champion d’un intérêt général alternatif ». Tout au long de son existence le syndicalisme a été tiraillé entre intégration et accompagnement (appelons ça le « dialogue social ») et attachement à la « double besogne » : lier revendications quotidiennes et transformation sociale.

Et bien, force est de constater que ces bientôt quatre mois de mobilisation remettent précisément l’autonomie ouvrière et cette « double besogne » au goût du jour. Plus personne nattend quoi que ce soit de quelconques promesses électorales. Par contre, en s’opposant massivement à un gouvernement PS-Medef, une grande partie du mouvement syndical et ses soutiens dessinent une autre gauche, celle des luttes, de la rue, des blocages, de la grève et des assemblées générales. C’est bien ça qui insupporte au plus haut point le gouvernement.

Alors ne cédons pas un pouce de terrain. Cette mobilisation qui n’en finit pas et que la répression n’arrive pas à mater nous a engagé sur le chemin qui mène de la résistance à l’alternative. Si nous voulons un autre futur que celui qui s’annonce, avec l’extrême droite en embuscade, empruntons résolument ce chemin. Parce que nous pouvons, parce que nous voulons changer la société.

Un policier s'empare de la camionnette de la CGT d'Armentières le 28 juin © Julien Pitinome Un policier s'empare de la camionnette de la CGT d'Armentières le 28 juin © Julien Pitinome

Nasse de la Bourse du Travail de Paris le 28 juin © Boris Allin Nasse de la Bourse du Travail de Paris le 28 juin © Boris Allin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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