La politique anti-migrant ne connait pas de confinement

La veille du second confinement annoncé par Emmanuel Macron, des exilés de 15 à 25 ans se sont vus confisquer les seuls biens leur permettant de dormir à l’abri de la pluie calaisienne incessante. Le jour où tous les habitants du territoire doivent se confiner chez eux, ceux-là se voient retirer ce qui s’approche le plus d’un « chez soi ».

Pas de trêve pour les migrants

10h10. Le ciel est gris. La journée commençait pourtant bien : contrairement aux matins précédents, il ne pleut pas. Après un premier arrêt dans le quartier du port, les camions de l’association Salam arrivent au camp des « bambinos ». C’est la deuxième étape de leur tournée quotidienne pour distribuer de quoi subsister aux migrants qui sont restés — et continuent d’arriver — malgré le démantèlement de la célèbre « jungle ».

Mais ce matin, les jeunes Afghans installés près d’une voie ferrée de l’est de la ville ne veulent pas de la nourriture ni des boissons chaudes que les bénévoles leur distribuent. Non, pas aujourd’hui. Car dix minutes plus tôt, des CRS ont mis à sac leur camp de fortune. Tentes et duvets ont été embarqués tout comme la plupart des téléphones. Désemparés, fatigués, énervés, le désespoir est total.

À Calais, ces scènes ne sont pas rares. Et la présence de mineurs dans le groupe n’empêche pas ce genre de pratiques. Cet évènement qui ne fera aucun échos s’inscrit pourtant dans un contexte particulier. La veille, Emmanuel Macron annonçait un nouveau confinement sur l’ensemble du territoire prenant effet dès minuit. Alors que tout le pays se prépare à se confiner sous un toit, eux viennent de perdre le leur.

La situation à Calais toujours préoccupante

Malgré les multiples tentatives pour réduire le nombre de migrants présents dans la ville, femmes et hommes en quête d’une situation meilleure ne cessent d’affluer dans le Nord de la France, avec l’indéfectible espoir de traverser la Manche et rejoindre le Royaume-Uni. Rares sont ceux qui y parviennent : deux jours plus tôt, une embarcation précaire a une nouvelle fois fait naufrage, tuant au moins trois personnes dont deux enfants. Ces évènements aussi font désormais partie du quotidien de cette région endeuillée maintes et maintes fois.

Paradoxalement, les conditions météorologiques difficiles n’altèrent en rien leur arrivée. Au contraire, c’est à cette période que le nombre de traversées clandestines est le plus élevé. Le renforcement des dispositifs de surveillance de la frontière et la présence exceptionnelle des forces de l’ordre n’influent pas davantage. Le balai continue de policiers, gendarmes et CRS qui circulent sans cesse dans la ville et ses environs est pourtant troublant pour celui qui ne vit pas dans la région. Certains estiment que pour chaque migrant — environ 1000 aujourd’hui, quatre agents de l’Etat seraient mobilisés.

Des jeunes au pied du mur à l’arrivée du confinement

Ce matin là, un des jeunes ayant réussi à garder son téléphone montre aux bénévoles les quelques clichés qu’il a pu prendre : comme d’habitude, tous les jeunes sont alignés pour que les forces de l’ordre puissent procéder à leur visite. D’ordinaire, il leur ait demandé de décaler leurs tentes de quelques mètres, volonté non dissimulée de leur faire comprendre que leur présence n’est que temporaire et que toute tentative d’installation ne saurait durer.

Le temps d’expliquer la situation aux bénévoles, un camion de CRS s’est garé à quelques dizaines de mètres du terrain vague où les distributions peuvent normalement avoir lieu. Ces paysages sinistres se sont multipliés dans la ville, fruit de la destruction d’hectares de bois et forêts remplacés par ces espaces sans âme entourés de solides grillages pour empêcher les migrants de s’y installer. Plus que jamais indispensable à l’approche de l’hiver, alors que le froid s’installe déjà dans la moitié nord du pays et que la pluie ne cesse de battre depuis la fin de l’été, ces migrants sont abandonnés à leur sort, sans savoir si les associations leur venant en aide pourront maintenir leur activité pendnant le confinement.

Malgré la pression judiciaire et psychologique quotidienne que subit l’association, les bénévoles de Salam passent des appels en urgence pour trouver de nouvelles tentes à ces jeunes, bien que ces abris de fortune risquent d’être confisqués à nouveau. Plusieurs d’entre-eux iront les chercher tandis que le reste du groupe reprend la route pour continuer la tournée, suivie par le camion de CRS stationné à proximité. La filature, devenue banale pour ces calaisiens solidaires, illustre bien la situation actuelle. La solution à cette crise, aussi bien pour les centaines de migrants que pour les calaisiens, semble bien loin.

 

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