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Billet de blog 1 déc. 2020

Assassinés aux Etats-Unis, lynchés en France: qui nous protège de la police ?

« Certes, il existe quelques policiers racistes qui jettent l’opprobre sur toute une profession mais la police française n’est pas raciste ». Jusqu’à quand va-t-on encore devoir supporter d’entendre cette affirmation qui résonne comme une sentence qui autorise à tabasser les Noirs en France en toute impunité au prétexte que tous les policiers ne sont pas racistes ? Par Thiaba Bruni, Vice-présidente et porte-parole du CRAN.

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« Certes, il existe quelques policiers racistes qui jettent l’opprobre sur toute une profession mais la police française n’est pas raciste ». Jusqu’à quand va-t-on encore devoir supporter d’entendre cette affirmation qui résonne comme une sentence qui autorise à tabasser les Noirs en France en toute impunité au prétexte que tous les policiers ne sont pas racistes ? Nous en avons assez d’entendre cette rengaine qui sonne comme une fin de non-recevoir qui permet aux autorités publiques, en se barricadant derrière le principe de l’Universalisme Républicain, d’être dans le déni des violences policières afrophobes afin de ne pas prendre les mesures qui s’imposent pour révoquer ces policiers délinquants et racistes.

Adama Traoré, Zyned Benna et Bouna Traoré, Lamine Dieng, Gaye Camara ; oui la police assassine des Noirs en France. Théo Luhaka en février 2017, Adama Traoré en juillet 2016, le jeune Sofiane, devant le lycée Bergson à Paris en mars 2016 ; oui la police française blesse, mutile et use trop souvent de la force de façon disproportionnée et illégitime envers les Noirs de France.

Selon le rapport du Défenseur des Droits intitulé « Contrôle au Faciès » paru en 2017, « les jeunes hommes perçus comme Noirs ou Arabes ont une probabilité vingt fois plus élevée que les autres d’être contrôlés par la police. Cette réalité est d’autant plus vraie dans les cas de décès puisque 95% des victimes de la police sont noires ou maghrébines. »

L’instinct de survie pousse trop souvent un grand nombre de Noirs et de Maghrébins de France à changer de trottoir pour ne pas avoir à croiser la police même lorsqu’ils n’ont rien à se reprocher. Nous savons pertinemment que le contrôle d’identité inopiné nous guette et qu’en cas de bavure policière, la couleur de notre peau permettra aux agents de police de s’abriter derrière la légitime défense, la rébellion ou l’outrage. En effet, être Noir ou Arabe est toujours un aveu de culpabilité dans notre beau pays des Droits de l’Homme. C’est le cas de Michel Zecler ; sans la présence des caméras, le 21 novembre au soir, ce producteur de musique aurait sûrement été poursuivi et condamné pour violence sur personnes dépositaires de l’autorité publique, sur la seule foi de procès verbaux mensongers dressés par ces policiers voyous.

La police n’est pas raciste ? Alors pourquoi 54% des policiers avouaient en 2017 avoir l’intention de voter pour le Rassemblement National selon une étude du Cevipof (centre de recherches de Sciences Po) ? Pourquoi ces témoignages de plus en plus nombreux de policiers Noirs et maghrébins qui disent être harcelés  en raison de leur origine par leurs collègues ?  Pourquoi découvre t-on l’existence de groupes de discussion de policiers racistes sur « Whatsapp » ou autre réseaux sociaux ? Pourquoi parmi ces dizaines de policiers présents au domicile de Michel Zecler, pas un n’a su ramener les autres à la raison ? Pourquoi le lynchage de Michel Zecler nous laisse une impression de déjà vu ? Dans ces circonstances comment peut-on encore parler de quelques brebis galeuses racistes, minoritaires dans les rangs de la police ? 

Les Etats-Unis n’ont pas le monopole des violences policières sur les minorités raciales, la France excelle tout autant dans ce domaine. Mais, apparemment, notre président, monsieur Macron n’en a pris conscience qu’avec la vidéo de Michel Zecler devenue virale en France et à l’étranger. Quelle hypocrisie d’Etat ! En effet, notre Président de la République et la France auraient dû avoir honte de ces passages à tabac répétitifs il y a bien longtemps déjà. Cela aurait sûrement permis de mettre hors d’état de nuire cette racaille en uniforme républicain, dépositaires de l’autorité publique de surcroît. La patrie des Droits de l’Homme honorerait la République en mettant fin à sa complaisance envers les forces de l’ordre : dans 90% des cas, les agents impliqués dans des faits de violence ne sont pas condamnés. Le CRAN a donc décidé pour toutes ces raisons de se porter partie civile au procès contre les agresseurs de Michel Zecler. Affirmer vouloir lutter contre les discriminations, comme le prétend actuellement Emmanuel Macron, sans faire véritablement des victimes les parties prenantes des décisions prises pour elles est un leurre inacceptable et paternaliste qui ne dupe plus personne. Nelson Mandela ne disait-il pas « tout ce qui se fait pour nous, sans nous, est toujours contre nous. » ? Tout comme invoquer le séparatisme tout en tolérant des différences de traitement flagrantes entre les citoyens Français basées sur leurs origines est indigne de la patrie des droits de l’Homme. Prenez garde, les séparatistes ne sont pas forcément ceux que l’on pointe du doigt.

Thiaba BRUNI, Vice-présidente et porte-parole du CRAN

NB : Le CRAN se porte partie civile au procès de Michel Zecler. 

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