« GLOBULE NOIR » : Le CRAN menace de déposer plainte contre le CNOM et le CNOI

Choquant, hallucinant, raciste ; voici quelques-uns des adjectifs employés pour qualifier « Globule Noir », le groupe de « soignantes afro-descendantes » à l’initiative d’une liste de gynécologues noir-e-s en Ile de France.

Choquant, hallucinant, raciste ; voici quelques-uns des adjectifs employés pour qualifier « Globule Noir », le groupe de « soignantes afro-descendantes » à l’initiative d’une liste de gynécologues noir-e-s en Ile de France.

 L’annonce d’une patiente à la recherche d’une infirmière noire sur le compte twitter de « Globule Noir », le 2 août 2020, a déclenché les foudres de la Licra (Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémistisme) qui a dénoncé « une folie identitaire » et a saisi le Ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran ainsi que la CNIL afin que des sanctions tombent.

Le CNOM ( Conseil National de l’Ordre des Médecins) et le CNOI (Conseil National de l’Ordres des Infirmiers) n’ont pas tardé à se joindre à l’indignation de l’association antiraciste afin de soi-disant « défendre l’honneur des médecins et de la République ». Le compte twitter de « Globule Noire » a d’ailleurs été fermé  depuis lors.

 « Cependant, il aurait été préférable que le CNOM et le CNOI fassent montre d’autant de virulence à défendre leur honneur et celui de la République en luttant voire éradiquant le racisme, l’islamophobie, l’afrophobie, la grossophobie, la lgbt-phobie des rangs de leur profession » a déclaré Thiaba BRUNI, vice-présidente et porte-parole du CRAN.

« Ne serait-il pas venu à l’esprit des membres de ces 2 ordres que « Globule Noir » n’était que le symptôme d’un dysfonctionnement existant dans le secteur de la santé que les pouvoirs publics feignent d’ignorer depuis des décennies», a-t-elle rajouté. Les signalements de racisme systémique  dans le domaine médical ne manquent pas comme le confirme le SNJMG (Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes).

Que faut-il alors incriminer et chercher à éliminer, les causes ou les conséquences de ce dysfonctionnement? Il existe pléthore de témoignages de patients victimes d’humiliation lors de consultations médicales et qui se plaignent d’un traitement différencié dû à leur origine, leur sexe, leur corpulence ou leur orientation sexuelle.« Qu’est-ce qui est le plus choquant » s’est insurgé Thiaba BRUNI « des praticiens blancs qui bafouent le Pacte Républicain et par là même l’article 7 du code de déontologie des médecins qui interdit les discriminations dans la pratique médicale ou des patients qui cherchent à se prémunir de vexations et discriminations et  à obtenir une égalité dans les soins et les traitements médicaux qui leur sont administrés.

LE CNOM condamne « Globule Noire « pour pratique de discrimination professionnelle basée sur la couleur de la peau » mais qu’en est-il des discriminations médicales basées sur la couleur de l’épiderme pratiquées par les praticiens ? L’Ordre des Médecins a toujours fait preuve d’un silence assourdissant et honteux en la matière. Ce mépris envers les patients non-blancs se double en plus d’une discrimination flagrante puisque des annuaires de praticiens communautaires existent depuis des années sans que personne ne s’en soit jamais offusqué : Association des Médecins Israélites de France, Associations des Médecins gay-friendly, Association des Médecins Chrétiens, Association pour la Recherche de médecins Asiatiques…. Pourquoi ce 2 poids 2 mesures alors? Les patients noir(e)s seraient-ils les seul(e)s en France à ne pas avoir le droit de s’organiser afin de lutter contre les discriminations qu’ils subissent.

Les seules fois où cela a été le cas furent en 1685 sous le Code Noir de Colbert, lequel dans son article XVI,  faisait interdiction aux Noirs appartenant à différents maîtres de se rassembler  sous peine de punition corporelle qui ne pourra être moindre que le fouet…et en 1940 sous le régime de Vichy.

 L’épouvantail de « l’Apartheid médical : un soignant noir pour un patient noir » qu’agite la Licra est,  bien entendu, une supercherie de plus pour refuser à « Globule Noir le droit d’exister ». Tout d’abord, le Serment d’Hippocrate interdit aux médecins de choisir leurs patients, seuls les malades y sont autorisés par le Code de la Santé Publique qui offre un choix aux malades qui ne peut nullement s’apparenter à une obligation et ceci, seulement dans le cadre de la médecine privée. Par conséquent, cette règle ne s’appliquant pas dans la médecine publique, nous sommes bien loin du séparatisme médical annoncé par la Licra.

« Il faudrait peut-être rappeler à cette association anti-raciste qu’elle se méprend sur l’objet de sa mission puisqu’elle est censée défendre les populations discriminées et non pas prendre fait et cause pour les racistes », a dénoncé Thiaba BRUNI.

Les sanctions demandées par le CNOM et le CNOI à l’encontre de « Globule Noir » n’ayant aucune base légale, le CRAN a demandé à rencontrer les présidents de ces 2 institutions et se réserve le droit d’engager des poursuites judiciaires à leur encontre.

De toute façon, tant que les pouvoirs publics se refuseront à combattre le racisme de façon efficace, ils devront faire face à un repli communautaire qui est le seul moyen pour les populations discriminées de se protéger. Il ne suffit pas de décréter l’Universalisme République encore faut-il qu’il corresponde à une réalité pour tous les citoyens français.

Thiaba BRUNI

Vice-présidente et porte-parole du CRAN

 

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