La Droite raciste se joue des Bleus antiracistes

La polémique du genou à terre des Bleus, pour soutenir les victimes du racisme, lancée au prétexte que cette posture serait porteuse d’un message politique, est une vaste fumisterie. Elle a été organisée par les racistes de l’extrême droite afin de tuer dans l’œuf toute velléité des footballeurs pour lutter contre le racisme anti-Noirs.

La polémique du genou à terre des Bleus, pour soutenir les victimes du racisme, lancée au prétexte que cette posture serait porteuse d’un message politique, est une vaste fumisterie. Elle a été organisée par les racistes de l’extrême droite afin de tuer dans l’œuf toute velléité des footballeurs pour lutter contre le racisme anti-Noirs.

En effet, le sport a toujours été le terrain d’un militantisme politique ; que ce soit aux Jeux Olympiques de Munich en 1936, avec Jesse Owens, quadruple médaillé d’or sous les yeux d’Hitler, théoricien de la suprématie de la race aryenne, en passant par les Afro-Américains John Carlos et Tommie Smith qui, aux Jeux Olympiques de Mexico de 1968, brandirent leur poing ganté de noir sur le podium au lieu de faire allégeance à l’hymne national. Par ce geste, ils dénonçaient les discriminations et la ségrégation raciale aux États-Unis tout comme l’ancien quarterback des 49ers, Colin Kaepernick qui adopta la posture du genou à terre durant l’hymne américain lors d’un match en 2016 pour protester contre le racisme et les violences faites aux minorités aux États-Unis. Il en va de même du boycott historique des joueurs de la ligue de basket de la NBA en août 2020 qui dénonçait les tirs de la police contre l’Afro-Américain Jacob Blake.

En 1980, en pleine Guerre Froide, les États-Unis n’ont-ils pas boycotté les Jeux Olympiques de Moscou suite à l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS ? La participation des athlètes Nord-Coréens aux Jeux Olympiques de Pyeonchang n’a-t-elle pas permise de normaliser les rapports entre les 2 Corées ? Les jeux de la francophonie créés en 1989 n’ont-ils pas pour visée politique de resserrer les liens de la France avec ses anciennes colonies ?

Par conséquent, affirmer que le sport est apolitique est une supercherie. L’expression politique dans le sport n’est pas nouvelle car le baron, Pierre de Coubertin, raciste notoire, fondateur des jeux olympiques modernes affirmait malheureusement, dans le même esprit qu’Hitler, que "l’athlète devait exalter sa race, sa patrie et son drapeau."

Quant au procès fait aux Bleus sur le choix de leur combat, il est tout aussi malhonnête. Antoine Griezmann s’est engagé dans la lutte contre l’homophobie, a soutenu la cause des violences faites aux femmes. Par ailleurs, une minute de silence a été observée lors de l’assassinat de Samuel Paty dans les stades français et de nombreux footballeurs ont twitté pour dénoncer l’assassinant du policier Arnaud Beltrame.

Reprocher aux Bleus de choisir les causes qu’ils défendent procède d’un esprit pervers car c’est le cas d’un tout un chacun de choisir les causes qui lui sont chères en fonction de ses affinités. En l’occurrence, il n’y a rien d’étonnant à ce que les Bleus soient touchés par le racisme antinoirs puisqu’ils y sont directement confrontés.

D’ailleurs, il est évident que si les instances footballistiques avaient véritablement cherché à lutter contre l’Afrophobie, les joueurs n’auraient pas eu besoin de militer pour cette cause. Le souci est qu’en France ni les instances de football ni les politiques ne s’engagent contre le racisme anti-Noirs. Jusqu’à très récemment, lorsqu’un joueur Noir se faisait insulter sur un terrain, il avait droit à la double peine, ce qui est foncièrement injuste. Non seulement il était injurié mais en plus, il était sorti du terrain, s’il réagissait.

On nous soutient à longueur de temps que la France n’est pas raciste car le racisme ne serait le fait que de quelques individus. Mais que penser des propos révoltants et abjects de la sénatrice LR, Valérie Boyer, qui déclare à une heure de grande écoute sur BFM que le racisme anti-Noirs ne mérite pas l’adhésion nationale au même titre que les féminicides, les violences faites aux femmes car la France n’est pas raciste. Ses propos indignes d’une élue de la République, qui est censée représenter tous les citoyens français quelle que soit leur couleur de peau, ne sont-ils pas déjà l’aveu d’un racisme ambiant qui touche même l’élite française et les représentants de la nation.

La réaction du mercredi 23 juin de l’Élysée qui déclare « regretter profondément » la décision de l’UEFA refusant que l’Allianz Arena soit éclairée aux couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la communauté LGBT, n’est-elle pas un aveu supplémentaire du racisme anti-Noir prégnant de la société française. En effet, le Président Emmanuel Macron s’est bien abstenu de prendre fait et cause pour les Bleus dans leur soutien aux victimes du racisme.

Comment peut-on croire en l’Universalisme républicain lorsque même le Président de la République discrimine parmi discriminés ? Dans cette mesure où est l’égalité et où est la fraternité ? Il serait temps que les institutions françaises commencent à décoloniser leurs esprits et à mettent en pratique les grands principes qu’elles prônent en matière d’égalité citoyenne car ce sentiment de république inachevée alimente le ressenti, la violence, la haine et la radicalisation.

 

Thiaba BRUNI

Vice-présidente et porte-parole du CRAN

 

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